LOSAKO

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07 mars 2013

M23 : Une preuve de plus que le Rwanda tire les ficelles au Congo... Bisimwa succède à Runiga

Bertrand-bisimwaAncien porte-parole du CNDP de Laurent Nkunda - et actuel porte-parole du M23 -, Bertrand Bisimwa a été désigné, ce jeudi 7 mars, Coordonnateur politique du «Mouvement du 23 mars». Il succède à Jean-Marie Runiga Lugerero, destitué le 27 février dernier. On assiste ainsi à une sorte de «réhabilitation» du «général Laurent» à travers ce qui ressemble bien à un retour en force des «Nkundistes» à la tête du CNDP-M23.

Bertrand Bisimwa est désormais le président du M23. L’homme est très peu connu. Son "CV" est introuvable sur le "Net". Il a été investi dans la matinée de ce jeudi 7 mars par le «Congrès» de ce mouvement rebelle. Un mouvement qui dérive du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) créé en 2005 par Laurent Nkunda Mihigo qui, bien que «disparu», n’en reste pas moins le chef historique et charismatique.

Laurent Nkunda

Selon des sources proches du M23, il semble bien que c’est sur «insistance personnelle» de Nkunda que les «congressistes» ont porté leur choix sur Bertrand Bisimwa qui exerçait les fonctions de porte-parole du CNDP jusqu’en janvier 2009. On le sait, Nkunda a été «éliminé» politiquement au cours de la même période - et remplacé par Bosco Ntaganda - suite à un «deal» passé entre «Joseph Kabila» et le président rwandais Paul Kagame. «Dès 2008, Nkunda commençait à prendre une envergure nationale laquelle inquiétait non seulement Kabila mais aussi Kagame» commente un observateur avisé de la situation au Nord Kivu. Les adversaires de Nkunda semblent avoir compris que celui-ci est incontournable. Il est et reste le père-fondateur du CNDP».

Va-t-on assister au durcissement de la «ligne politique» du M23 ? «C’est le retour en force des idéaux fondamentaux de justice au Congo en général et dans la province du Nord Kivu en particulier», réagit un cadre du M23 joint au téléphone, jeudi 7 mars, à Bunagana.

C’est le lieu de rappeler la teneur d’une correspondance datée du 17 mai 2007 que Laurent Nkunda avait adressée à Antoine Gizenga, alors Premier ministre. Une lettre dont le contenu reste d’actualité en marge des pourparlers de Kampala. La lettre a été envoyée au lendemain des affrontements de fin novembre 2006 et du début janvier 2007 ayant opposé les FARDC aux combattants du CNDP. Objet de la lettre : « Problématique sécuritaire à l’Est du pays ».

Après ces deux «guerres», « Joseph Kabila » avait dépêché à Kigali le « général » John Numbi Banza, à l’époque chef d’état-major de la Force aérienne. Des entretiens eurent lieu entre Nkunda et Numbi «sous la modération» du général James Kabarebe qui assumait à l’époque les fonctions de chef d’état-major général de l’armée rwandaise (RDF). De quoi avaient-ils parlé?

«Gentlemen agreement»

Nkunda de rappeler que ces entretiens ont abouti à la conclusion d’un «gentlemen agreement» portant sur les points suivants : «l’instauration immédiate d’un cessez-le feu permanent ; la mise en œuvre d’un processus d’intégration militaire spécifique appelé « mixage », en attendant la réalisation des conditions propices au brassage ; le début des négociations politiques entre le gouvernement et le CNDP en vue de la satisfaction des revendications contenues dans le cahier des charges de celui-ci ». Nkunda de relever que «l’évaluation de cette rencontre» fait apparaître des lacunes au niveau notamment de la formation de la 6ème brigade. Il note dans la foulée que « le processus est en panne au Sud Kivu et dans les territoires de Beni et Lubero au Nord Kivu ». Et que « l’ensemble des forces est mal encadré, sans logistique appropriée et sans moyens de survie nécessaire à l’accomplissement efficace de ses missions». Pour Nkunda, les engagements pris à Kigali « n’ont jamais connu le moindre début» d’exécution.

Le chef historique du CNDP de poursuivre en évoquant trois sujets majeurs pour ce mouvement. A savoir, la présence des miliciens rwandais des FDLR à l’Est, la question relative au retour des réfugiés congolais d’expression rwandophone et les négociations politiques. Dans le premier cas, il écrit : «Il est plus qu’urgent de faire connaître, sans ambiguïté aucune, la position du gouvernement (…) face à cette problématique FDLR : soit on les combat sans merci en vue de l’éradication définitive de leur nuisible présence en RDC, auquel cas, il faut doter les FARDC de tous les moyens adéquats pour ce faire, ou au contraire, il faut trouver une formule consistant à en faire des réfugiés normaux, c’est à dire sans armes et sans agressivité, (…).» Dans le second cas, il note : «Il devient de plus en plus inacceptable qu’aucune initiative ne soit entreprise en vue du retour des réfugiés originaires du Nord Kivu et du Sud Kivu exilés dans les pays voisins (…). Nous voudrions espérer que le gouvernement mettra tout en œuvre, comme son devoir institutionnel le lui exige, pour rapatrier tous les Congolais, sans exception, désireux de regagner au plus vite leur mère-patrie».

«Menaces»

S’agissant du troisième et dernier point, Nkunda use de menaces à peine voilées : « Depuis octobre 2006, le CNDP a déposé un cahier des charges contenant l’essentiel de ses revendications. Il a fait de la satisfaction de celles-ci  la condition «sine qua non» de sa venue sur la scène politique normale du pays. (…), la parole donnée à Kigali, en janvier dernier (Ndlr : janvier 2007), par l’envoyé personnel du chef de l’Etat ne devrait souffrir d’aucun manquement, sous peine de décourager les bonnes volontés qui s’inscrivent pleinement dans la voie de la pacification et de la concorde ( …) ». Copie de cette lettre a été adressée aux chefs d’Etat du Congo-Kinshasa, du Rwanda et de la République Sud africaine. Les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale de la RD Congo font également parties des ampliateurs. Il en est de même du ministre de la Défense, de John Numbi Banza et du patron de la Mission onusienne au Congo.

Question : Pourquoi Laurent Nkunda a-t-il décidé de saisir le chef du gouvernement congolais sur des questions qu’il ne traitait jusque là qu’avec des «envoyés spéciaux» de «Joseph Kabila» à l’insu du gouvernement et du Parlement ? Qui a pu conseiller au «général Laurent» d’élargir le champ de ses interlocuteurs à Kinshasa ? Quelle a été la réponse du Premier ministre Antoine Gizenga? Une chose paraît sûre : «Joseph Kabila» n’a jamais dit toute la vérité sur les causes profondes de l’instabilité qui perdure dans la partie orientale du Congo en général et dans la province du Nord Kivu en particulier. La question mérite pourtant l’organisation d’un vrai «débat national».

La désignation de Bertrand Bisimwa à la Présidence du M23 et la présence du colonel Sultani Makenga à la tête de la branche militaire, deux fidèles parmi les fidèles du fondateur du CNDP, semblent présager le retour aux affaires ou du moins la "réhabilitation" de Laurent Nkunda. Cet événement marque également le retour en force des idéaux incarnés jadis par ce dernier à partir de 2008. C’est le cas notamment de la lutte contre l’exclusion des membres de la communauté tutsie et la «tentation» de conquérir et d’exercer le pouvoir au niveau national…

Baudouin Amba Wetshi

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