LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

02 avril 2010

Prison de Makala : Les «prisonniers personnels» du «raïs»

Mobutu_20et_20les_20faz_1_Plusieurs militaires et policiers sont détenus depuis une vingtaine de mois à la prison centrale de Makala sans connaître le motif de leur interpellation. Leurs arrestations ont été opérées par des éléments de la garde présidentielle et/ ou par des agents de la Demiap (Renseignements militaires). Preuve si besoin en était que les ordres ont été donnés au niveau de la Présidence de la République. Ces pères et mères de famille ont, pour la grande majorité d’entre eux, deux signes particuliers : ils sont originaires de la province de l’Equateur et ont servi sous le régime de Mobutu Sese Seko. Le sort de ces citoyens dépend du bon vouloir de Joseph Kabila.

Dans une correspondance adressée à l’auditeur général des Forces armées de la RD Congo, en date du 5 février dernier, le sénateur Jacques Djoli Eseng’Ekeli s’est insurgé contre "la détention illégale et arbitraire" à la prison centrale de Makala d’au moins deux cent civils et militaires originaires de la province de l’Equateur. Parmi les personnes incarcérées, on dénombre non seulement des militaires impliqués dans la tentative de coup d’Etat ( ?) dite «Opération Pentecôte» en 2004, mais aussi ceux qui s’étaient rendus à la Monuc, en mars 2007, à l’issue des affrontements entre des éléments de la garde présidentielle, appuyée par des soldats angolais, et des militaires de l’ancien vice-président de la République Jean-Pierre Bemba Gombo. «Environ 90 militaires, proches de l’ancien vice-président, avaient été accueillis au siège de la brigade Ouest de la Monuc à Kinshasa et en novembre 2008, la Monuc les avait rendus à l’armée congolaise», précise une dépêche de l’APA. «Tous ces militaires sont emprisonnés sans procès», écrivait le sénateur Djoli.

Justice à deux vitesses

image_file_361Dans cette correspondance, Jacques Djoli signale également le cas de 14 militaires "enlevés", autrement dit arrêtés sans mandat, entre juin et août 2009. Le sénateur demande à l’auditeur général militaire non pas la libération pure et simple de ces personnes mais «l’application d’une justice républicaine et équitable» à leur égard. Dans une déclaration ultérieure à radiookapi, le parlementaire d’expliquer :

"C’est le ministre de la Justice qui gère les services pénitenciers et les prisons. Il est mieux placé pour connaître la situation de cette centaine des prisonniers qui sont à Makala de manière totalement irrégulière. La semaine passée, nous avons pris l’initiative d’écrire à l’auditeur général pour que nous puissions discuter de cette situation qui interpelle plus d’un Congolais et qui risque de donner l’impression qu’il y a une justice à deux vitesses ".

Qui sont ces détenus? Qui a ordonné leur interpellation? Que leur reproche-t-on ? Pourquoi leurs dossiers pénitentiaires restent-ils désespérément vides ? Ces personnes sont-elles détenues pour avoir commis une infraction à la loi ou simplement du fait de leurs origines ? Dans ce «Congo libéré» où la «loi de la force» fait rage en lieu et place de la «force de la loi», il est coutumier d’être interpellé sans motif et d’être relâché dans les mêmes conditions. Des questions restent donc sans réponse pour le moment.

La garde présidentielle et la Demiap

GSSP3Dans un communiqué daté 2 septembre 2008, l’association de défense des droits humains «La Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme» (VSV) fait état du transfert, la veille, à la prison de Makala, de plusieurs personnes dont des civils, des policiers et des militaires. Selon la «VSV», ces personnes «ont été enlevées» entre le 14 et le 28 mai de cette année par des militaires de la garde présidentielle, rebaptisée «Garde Républicaine» (GR) et ceux de l’état-major du Demiap (Renseignement militaire). Il s’agit notamment de : lieutenant-colonel Tiki Fifa, Isandjola José, major Pascal Segbandono, Lolibakabo Pascal, Ndabeleka Itongo Ezoba Jean-Benoît, Ngenganze, Gbadoma, des capitaines Egbula Nseketele Antho, Kelly Itulu Bolemba, Makiobo Sasa Hyppolite, Adalago, Siboko, des lieutenant Gere, Franck Fangbi, sous-lieutenant Djogo Hahe Lucien, du commissaire Nico Pilipili Pwangangi, de l’officier de police judiciaire (OPJ) Javis Mangangu Mbonga, du policer Gigito, de messieurs Patrick Ndabeleka Itongo (civil), Koko (chauffeur). Dans un autre communiqué, l’association épingle les noms d’autres personnes détenues au pavillon 8, cellules 1 et 9 : Kitoko Lonkiki, adjudant Bombaka Zanga, l’officier de police judiciaire (OPJ) Javis Mangangu Mbonga, Thierry Moleke, lieutenant Kotoko Manaja, lieutenant Kafuti, sergent Mpongo Bomaniama, sous-lieutenant Bowoto, adjudant Ebeka José, major Bafeta, sergent Emoti, sous-lieutenant Diata, major Gerembaya, lieutenant-colonel Nganda Drinks…

Poursuivies, pour la plupart d’entre d’elles, du chef d’«atteinte à la sûreté de l’Etat, détention illégale d’armes de guerre et munitions », ces personnes sont «gardées à vue» depuis plus de vingt mois sans qu’elles soient déférées devant les instances judiciaires compétentes.

Le cas symptomatique du capitaine Kelly Itulu Bolemba

Police_at_Kin_Mazi_re_int_001Après la chute du régime Mobutu en mai 1997, le capitaine Kelly Itulu Bolemba, un commando qui oeuvrait au sein du SARM (Service d’action et de renseignement militaire) a pris le chemin de l’exil. Destination : Brazzaville. Après plusieurs années, la nostalgie du pays et surtout l’ennui se sont faits sentir. «Kelly» décide de rentrer au pays pour, espérait-il, servir à nouveau sous le drapeau. Il avait, selon ses propres dires, reçu des «assurances» de la part d’un officier supérieur. Selon des sources, il s’agit de Didier Etumba, alors chef d’état-major de la Force navale.

Rappelons qu’en juillet 2004, depuis Bruxelles, l’ancien ministre de la Défense nationale, sous Mobutu, Honoré Ngbanda Nzambo Ko Atumba, a commencé des "consultations" avec les officiers et soldats ex-Faz. Le message de l’ancien conseiller spécial est pour le moins limpide : «Le Congo est en danger. Vous devez taire vos querelles pour vous constituer en composante et demander votre intégration dans la nouvelle armée.» Ces rencontres ont été interprété à Kinshasa comme l’amorce d’un mouvement insurrectionnel. Fin juillet 2004, le vice-président Azarias Ruberwa se rend à Brazzaville où il évoque la question du rapatriement des ex-Faz avec le président Denis Sassou Nguesso. Dans la capitale belge, plusieurs délégations dépêchées par la Présidence de la République se succèdent. Le général Didier Etumba, chef des renseignements militaires, le Pasteur Daniel Ngoy Mulunda, conseiller spirituel de Kabila, le général Tim Munkutu Kiyana, le conseiller spécial Samba Kaputo, se succèdent dans un rythme infernal. Mission : négocier le retour des ex-Faz. Sans succès. Au mois d’août de la même année, Joseph Kabila envoie son «Joker». Son nom : Joseph Olenghankoy, alors ministre des Transports et Communications. L’homme reçoit des officiers et sous-officiers : «Je suis envoyé, dit-il, par le commandant suprême des Forces armées de la RD Congo. Il vous invite à venir le rencontrer à Kinshasa. Votre séjour ne sera que de trois jours. Il voudrait connaître vos doléances». «Après Bruxelles, j’irai à Brazzaville pour accomplir la même mission», ajoute Olenghankoy.

A Brazzaville, Joseph Kabila avait envoyé d’autres émissaires. C’est le cas, semble-t-il, de la veuve Nguz née Wivine Landu Kavidi, veuve Nguz a Karl i Bond. Certains exilés avaient mordu à l’hameçon ignorant le danger qui les guettait. C’est le cas du capitaine Kelly Itulu Bolemba. Dans une correspondance adressée à la rédaction du Congoindependant, l’avocat kinois Boale Bokinatendo alertait le journal de son "enlèvement". Les faits ont eu lieu le 19 mai 2008 alors que l’intéressé rentrait de service avec une des ses collègues dans un taxi bus. "Ils ont vu deux Jeeps de la police leur barrer la route au niveau de Kintambo", raconte l’avocat. Aussitôt après, "des hommes en uniforme" ont fait débarquer le sous-officier pour l’amener vers une destination inconnue. Le 19 mai prochain le capitaine Itulu aura passé deux ans en prison. Sans être jugé. Pourquoi?

Le cas du sous-lieutenant Djogo Lucien et du lieutenant Egomada Anamba,

image_file_1189Dans un communiqué daté 6 mai 2007, «La Voix des Sans-Voix» annonce l’arrestation de deux sous-officiers des FARDC. Il s’agit du sous-lieutenant Djogo Lucien et du lieutenant Egomada Anamba, tous les deux travaillent, en qualité d’opérateurs, à la Base aérienne située à l’aéroport de Ndjili. Les deux militaires ont été arrêtés par un certain «capitaine Franck», qui est le secrétaire particulier du «général» John Numbi Banza, alors chef d’état-major de la Force aérienne. Que leur reproche-t-on ? Officiellement, ils sont accusés de «violation de consignes et atteinte à la sûreté de l’Etat». Derrière cette qualification fourre-tout se dissimule des éléments qui mettent en doute la loyauté de la plus haute autorité du pays. Selon la VSV, depuis le 22 mars 2007, des avions (Un Antonov et un Boeing 727) des compagnies aériennes «Mango Airlines» et «Gomair» auraient, en plusieurs rotations, débarqués à l’aéroport de Ndjili (Base aérienne) des hommes «d’origine rwandaise» armés et en tenue militaire «par contingent de 45, 75 et 125 hommes». Ces hommes auraient été cantonnés à la Cité de la Nsele. Les deux sous-officiers sont suspectés d’avoir «trahi» ce «secret d’Etat». Ils sont détenus jusqu’à ce jour.

L’impossible réconciliation

t_josephDepuis la "libération" du 17 mai 1997, trois mots reviennent sans cesse dans la bouche des dirigeants congolais: la réconciliation nationale. Pour avoir mis en place un pouvoir politique "revanchard", Laurent-Désiré Kabila a été combattu les armes à la main moins de deux années après son arrivée au pouvoir suprême. Lors de la signature de l’accord de cessez-le-feu de Lusaka, en juillet 1999, les parties ont convenu d’organiser un dialogue national sans excluve "visant à aboutir à la réconciliation nationale (...)". Dans son allocution d’investiture prononcée le 26 janvier 2001, Joseph Kabila déclarait : "(...), nous allons oeuvrer pour une politique qui privilégie le dialogue et la réconciliation".

Neuf années après, la réconciliation nationale ressemble de plus en plus à un mirage. Un pari impossible. Faute d’une volonté politique déterminée à servir l’intérêt général et surtout à garantir, à chaque citoyen, une égale protection devant la loi. Question : Pourquoi Joseph Kabila a-t-il exhorté les ex-Faz à rentrer au pays alors qu’il s’agissait d’un traquenard? Pourquoi cherche-t-il à anéantir ces citoyens formés pour servir sous le drapeau alors que l’Etat congolais peine à se doter d’une armée dissuasive ? Quelle est en définitive la mission exacte que "Joseph" est chargé d’accomplir à la tête de la RD Congo? A-t-il reçu mission d’affaiblir l’Etat congolais pendant que certains pays voisins tels que l’Ouganda et le Rwanda sont occupés à se consolider au plan économique et sécuritaire?

Les hommes et femmes détenus à Makala sont donc des «prisonniers personnels» du «raïs», chef d’un régime sanguinaire et assoiffé de violence. Jusqu’à quand le personnel politique congolais va-t-il rester tétanisé par les agissements d’un homme rendu manifestement fou par l’exercice du pouvoir d’Etat auquel il n’était nullement préparé? Jusqu’à quand les citoyens de ce pays vont-ils tolérer l’intolérable?

Baudouin Amba Wetshi

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Posté par Losako à 09:17 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Prison de Makala : Les «prisonniers personnels» du «raïs»

    NOUS CONNAISSONS LA 2ème REPUBLIQUE TOUS

    Merci d'informer les internautes dont je fais partie!
    Mais voilà que vous, étant sans doute plus proche des bénéficiaires des activités retrogrades qui ont reculer sur tous les plans le grand Congo zaïrianisé avec la bénédiction des profiteurs immoraux occidentaux, voulez faire croire que "Laurent-Désiré Kabila a installé un soit disant pouvoir politique revanchard et qui a été combattu armes à la mains" par ceux que tous connaissent et que vous n'avez pas le courage de citer dans votre article pour des raisons qui sont de l'ordre de l'incivisme et qui prete confusion avec la trahison de la cause populaire du plus grand nombre des congolais qui surement sont différents de vous qui voulaient le fire regrter la bassesse de la 2ème Republique de triste mémoire.
    Regretez ce que vous avez perdu mais ne deformez pas la vérité pour faire croire demain que la bande à Ngbanda Zambo K Honoré et autres que la CNS a bien indexé et au grand jour bien avant LD Kabila qu'ils ont raison de faire des betises en télécommandant de l'Europe des betises contre l'Etat très fragile de la RDC à laquelle le passé n'a jammais donné la chance de prospérer...
    Tout homme étant faillible, LDK est un esprit supérieur positif que nous devons respecter tous.
    Il a été combattu par les profiteurs occidentaux et ne donnez pas l'impression d'être à leur service pour revendiquer leur action et ainsi les reléguer au second plan, c'est tout à fait ridicule!
    Voilà ma copréhension, modestement de toutes la littérature que vous nous versez régulièrement sur internet.
    Vous avez un bon instrument, il faut bien nous informer.
    Et n'oubliez surtout pas que les nostalgiques de la 2ème république sont potentiellement les plus facilement à se faire recruter pour la salle besogne et donc des potentiels pensionnaires en grand nombre de la prison de Makala et d'ailleurs ils étaient très plétorique dans l'armée de la fois passée, n'est-ce pas?
    Les méthodes de travail et de la justice et des traitements des prisonniers est un héritage malheureux du passé qu'on doit reformer et cela dans la paix sinon àa va trainer. Voilà!
    Merci.

    Posté par Nzonzi' eeto!, 05 avril 2010 à 16:17 | | Répondre
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