LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

03 octobre 2007

El «Che» au Congo

7778251_m«Les pays socialistes sont dans une certaine mesure les complices de l’exploitation impérialiste.» Dans un discours musclé prononcé le 24 février 1965 à Alger, Ernesto «Che» Guevara, envoyé spécial du cubain Fidel Castro en Afrique, officialise sa rupture avec l’Union soviétique et, par là même, avec le lider maximo dont il est toujours ministre de l’Industrie. Tombé dans la nasse soviétique en raison notamment de l’embargo américain décrété sur l’île, Castro ne peut pas se fâcher avec ses puissants alliés qui reprochent par ailleurs à Guevara de chercher le soutien de la Chine de Mao.

A l’issue d’une explication aussi longue qu’orageuse avec le dirigeant cubain dès son retour à La Havane, Guevara, désireux de fomenter des foyers insurrectionnels en Amérique latine, est envoyé faire la révolution en… Afrique. Le documentaire de Jihan El-Tahri décrypte avec minutie la genèse et le déroulé d’une intervention qui, du Congo à l’Angola, va conduire près de 450 000 volontaires internationalistes cubains à exporter dur
ant vingt-cinq ans leur savoir-faire révolutionnaire.
Lorsqu’il débarque au Congo à la tête d’une trentaine de combattants, le «Che» alias «commandant Ramon» alias «Tatu»(le chiffre 3 en swahili) a été rendu méconnaissable par les services secrets cubains. Rasé de près et cravaté, costume strict et lunettes cerclées, Guevara se lance immédiatement dans l’instruction militaire des «lumumbistes», les partisans de l’ancien dirigeant de gauche Patrice Lumumba assassiné quatre ans auparavant sur ordre de Washington. La guerre froide bat son plein et l’Afrique est un enjeu stratégique important.
La force du film d’El-Tahri repose sur les témoignages des acteurs retrouvés de l’époque. Les survivants de l’aventure africaine du Che, les responsables russes, africains ou américains ont tous été passés sur le gril par la réalisatrice. Et notamment Larry Devlin, chef du bureau de la CIA au Congo qui raconte sans état d’âme comment il a reçu la consigne de faire disparaître Lumumba et estime que le Congo, «c’était un peu l’Irak d’aujourd’
hui».

Mais le film est également truffé d’anecdotes sur la vie quotidienne de ces guérilleros latinos dont on apprend par un leader africain hilare qu’ils avaient une «peur bleue des crocodiles» du lac Tanganyka et qui découvrent pour leur part l’abîme culturel qui les sépare de leurs camarades africains. «C’était incroyable ! s’étonne encore Victor Dreke, adjoint d’Ernesto Guevara. Les Africains abandonnaient leur fusil dans le sable pour dormir à côté ! Il y avait des femmes dans les campements et de la musique ! Et les gars partaient toujours en permission !»
L’épopée africaine du «Che» sera un échec. Le Congo reste aux mains du sinistre Mobutu. Guevara retournera faire le coup de feu en Bolivie et y mourra, trahi et assassiné, le 9 octobre 1967. Mais en Guinée-Bissau, au Mozambique ou en Angola, les combattants cubains poursuivront sa lutte jusqu’en 1991.
Par Gérard Tho
mas
QUOTIDIEN : mercredi 3 octobre 2007
Cuba, une odyssée africaine  20 h 40, Arte.

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