LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

02 juin 2007

PPRD : le torchon brûle

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L’échec de l’AMP à l’élection du président du Sénat aura-t-il été la goutte d’eau qui fait déborder le vase ? La tendance est de répondre par l’affirmative à cette interrogation. L’agitation actuelle au sein du Parti du peuple pour le redressement et la démocratie, PPRD, parti leader de l’Alliance de la majorité présidentielle, ne peut que confirmer cette hypothèse : le torchon brûle au sein de ce parti.

Le PPRD est désormais un parti décapité avec l’élection de tous les ténors de cette formation politique au sein des institutions nationales. Dès lors que l’article 98 de la Constitution relève l’incompatibilité avec un mandat électif, les promus sont devant un fait accompli pour autant qu’ils ne peuvent cumuler des fonctions. La léthargie s’est ainsi installée, ouvrant la voie au clientélisme, à la délation, à des ambitions démesurées pour des privilèges du pouvoir, à telle enseigne que rien n’est plus fait pour élaborer et gérer des stratégies politiques visant la promotion du parti politique et la consolidation de la majorité présidentielle. L’échec de l’AMP au Sénat est une illustration parfaite de cette vision écourtée de la gestion de grandes questions politiques. Qui dirige désormais ce parti « sans âme », comme le disait si bien le Premier ministre déchu du Niger pour expliquer la déchéance de la majorité présidentielle nigérienne devant la motion de censure de l’Opposition ? Si le PPRD implosait, l’AMP sombrerait.

Depuis l’élection de Joseph Kabila et Vital Kamerhe respectivement à la présidence de la République et de l’Assemblée nationale, le PPRD est déchiré par une forte crise interne qui menace gravement son existence. A la base de cette situation, on cite entre autres le népotisme excessif et le clientélisme politique. Conséquence: exclusion et marginalisation des cadres loyaux qui ont toujours soutenu Joseph Kabila, absence d’un leadership responsable à la tête du parti et au sein du régime, le clientélisme érigé en critère pour accéder au poste de responsabilité, accumulation des frustrations à la suite de nombreuses nominations tant au gouvernement, au Parlement qu’au cabinet du chef de l’Etat; lesquelles nominations sont décriées puisque ne tenant pas compte des réalités sociologiques nationales (des franges sociologiques importantes privées de la représentation au sein des institutions de l’Etat), amateurisme dans l’élaboration des stratégies d’exercice, de conservation et de partage du pouvoir, trafic d’influence, les maux sont légion.

La dernière défaite de Léonard She Okitundu face à Léon Kengo Wa Dondo lors des élections au bureau du Sénat est venue aggraver le malaise déjà profond au sein du parti de l’avenue Batetela. La base, particulièrement les députés nationaux et sénateurs, en a profité pour critiquer désormais à haute voix, la conduite inconvenante et sans transparence des affaires du parti. Ils dénoncent en outre une gestion légère et irréfléchie des ambitions au sein du PPRD ; ce qui, de l’avis de tous, serait à la base de l’échec de l’ancien directeur de cabinet.

D’OU VIENT LE MAL QUI ENTRETIENT LA CONFUSION?

De l’analyse de la situation, il ressort que la crise de confiance au PPRD est née au lendemain de la déclaration de candidature de Joseph Kabila comme indépendant. A l’époque, des voix s’étaient élevées pour crier à la trahison tant ce parti se réclamait de Joseph, son initiateur. Certains cadres avaient même menacé de quitter le parti pour ne pas cautionner ce que d’aucuns avaient considéré comme un désaveu pour le parti cher à Vital Kamerhe.

Seulement voilà, à l’issue des élections, les différents cadres élus et non élus n’ont cessé de réclamer la tenue d’une réunion d’harmonisation pour examiner sans passion, le dossier relatif à la gestion des ambitions. Personne, alors personne de tous ceux qui ont la charge de conduire le parti, n’a jamais voulu convoquer une telle réunion.

Plus grave encore, alors que le secrétariat général avait consulté les caucus des provinces pour fournir les candidatures à la nomination aux différents postes, les cadres ont été surpris d’entendre, à la publication de la liste du gouvernement comme du cabinet, des noms des personnes jusque-là inconnues au parti et qui, pour certains, avaient ;en2 campagne contre Joseph Kabila et le PPRD.

La base du parti a été davantage écœurée et déçue de voir que même les dirigeants des partis adverses (même s’ils sont dans l’AMP) ont été nommés au cabinet du chef de l’Etat; de quoi confirmer le désaveu envers les cadres qui l’ont soutenu tout au long du processus électoral.

A ce jour, la frustration est à son comble. Elle a gagné tous les cadres et s’étend progressivement à la base. La fronde a déjà commencé. Les cadres du PPRD critiquent désormais ouvertement la direction du parti et du pays qu’ils jugent inefficace et incapable de fédérer les ambitions. Certains, excédés par les maladresses autour du chef, considèrent le régime comme familial et sans ambition ni vision pour le pays. Ils fondent leur argumentaire sur le fait que même à l’Assemblée nationale comme au Sénat, le groupe PPRD est dirigé par des Katangais imposés, ressortissants d’une même ethnie, alors qu’il y a des provinces entières qui ne se retrouvent nulle part. Pour eux, tant que le cercle d’influence et le centre de décision au sein du parti restera aux main des flatteurs, le PPRD ne pourra pas survivre aux vicissitudes du politique congolais. Le parti pourra imploser d’ici à la mise en place des mandataires tant attendue par tous ceux qui n’ont pas été « casés » lors de précédentes nominations. Les élus, surtout eux, menacent de faire basculer la majorité si leurs desiderata ne sont pas pris en compte.

Un autre mal qui ronge le PPRD et qui risque de l’emporter, c’est l’absence de débat interne sur les questions de fond. Bien plus, le climat de méfiance systématique sur fond de délation qui s’est installé au PPRD n’augure pas de lendemains meilleurs. Dans les milieux des élus, irrités par le manque de considération dont ils font l’objet de la part des ténors du régime, nombreux sont ceux qui s’apprêtent à quitter la barque avant le naufrage. « Comme la confusion persiste, nous ferions mieux de nous sauver avant que ne sonne le glas», entend-on du côté du Palais du peuple.

LUTTE EST-OUEST-CENTRE POUR LA DIRECTION DU PARTI

Bien que bon nombre d’élus et cadres du parti cogitent pour leur départ éventuel dans le but de s’aménager un nouvel espace de visibilité dans le paysage politique congolais, d’autres, par contre, se livrent à une guerre acharnée pour conquérir la direction du parti. A ce propos, trois tendances diamétralement opposées, s’affrontent. La première, composée de cadres d’origine katangaise, estiment le moment venu pour diriger le parti. Pour eux, le PPRD est l’instrument du pouvoir de Kabila et pour plus de sécurité, il serait mieux qu’il soit dirigé par un Katangais.

Dans tous les cas, il est absurde de confier la charge du parti à un Katangais dès lors que le président de la République est de même origine. Ce serait décourager encore davantage ceux qui désirent continuer à servir le chef de l’Etat en restant dans les rangs du PPRD. Dans tous les cas, le Katanga est déjà suffisamment représenté à tous les postes de décision tant à la présidence de la République, au gouvernement que dans les services de sécurité et les entreprises.

La deuxième tendance qui revendique la direction du parti est celle des cadres des provinces de l’Ouest. Ils estiment, à juste titre d’ailleurs, que pour besoin d’équité, il serait idéal que le parti soit dirigé par un cadre originaire de l’Ouest et ce, pour compenser la non représentation des cadres du PPRD issus de cette partie du pays dans les institutions de l’Etat. Pour les cadres de l’Ouest, le bloc Est, sous la férule de Vital Kamerhe, a déjà dirigé le parti et s’est bien positionné dans les institutions. Par principe de rotation, c’est maintenant leur tour de diriger le parti.

La dernière tendance, composée de cadres du centre, exige plutôt sa représentation dans les institutions de l’Etat. Ils s’estiment exclus des rouages du pouvoir depuis le départ de Boshab Evariste du cabinet du chef de l’Etat.

Accusé à tort de ne pas avoir élu Joseph Kabila. Tous les cadres du PPRD du Centre, bien connu pour leur engagement kabiliste semblent abandonnées à eux-mêmes. Aujourd’hui, les cadres et les populations lubaphones (Lulua et Baluba) de deux Kasaï attendent de Joseph Kabila plus d’équité et de justice dans le partage des responsabilités. Congolais au même titre que les autres, ils continuent à espérer que justice soit faite. Leur voix sera-t-elle entendue? On ne sait jamais.

Pour préserver son régime d’une éventuelle révolte interne aux conséquences incalculables, Joseph Kabila est appelé à écouter tout le monde. En tant que chef, il devra se dépasser et approcher les cadres de son parti frustrés par l’arrogance et le mépris dont ils sont victimes de la part de son pré-carré. Il doit saisir le temps pour battre le rappel des troupes en organisant rapidement une rencontre de clarification; occasion tant rêvée par la base pour rétablir la confiance et sauver le parti du naufrage.

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