LOSAKO

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11 juin 2015

"Jeune Afrique" a la memoire qui flanche

Kabila-light

"Jeune Afrique" à la rescousse de "Kabila"

L’hebdomadaire parisien "Jeune Afrique" ou plutôt son directeur de la rédaction François Soudan vient de sceller sa "réconciliation" avec "Joseph Kabila". On oublie tout y compris l’article au vitriol "Joseph Kabila = Mobutu light", publié en 2011 à quelques mois de l’élection présidentielle, sous la plume du même journaliste. A quelques dix-sept mois du second et dernier mandat de "Joseph Kabila", Soudan paraît décidé à défendre le "bilan" du "raïs". Quel est son intérêt? Rappelons qu’à la veille de l’élection présidentielle de 2006, le même journaliste avait publié un "dossier" à la limite d’un "publi-reportage" intitulé "Le vrai Kabila" comportant une litanie de justifications sur le parcours du successeur de Mzee. Un parcours parsemé de zones d’ombre depuis le lieu de naissance, la filiation, le patronyme et le parcours professionnel. François Soudan est donc de retour dans le giron kabiliste.

Sur la couverture, François Soudan note que "pour Denis Sassou Nguesso et Joseph Kabila, l’année 2016 ce sera l’année de tous les défis".

François Soudan écrit en liminaire que les deux chefs d’Etat "s’apprêtent à faire face en 2016 à une échéance présidentielle cruciale, laquelle leur est à priori fermée par leurs Constitutions respectives".

S’agissant particulièrement de "Joseph Kabila", le seul mérite de Soudan est d’avoir pu arracher à celui-ci un début de réponse sur son avenir en 2016. "Joseph Kabila doit dire aux Congolais qu’il ne sera pas candidat à la présidentielle de 2016", écrivions-nous récemment en relayant une certaine opinion congolaise. Celle-ci estime que le mutisme présidentiel ne fait que crisper le climat socio-politique.

Rendre le pays "ingouvernable"

A en croire notre confrère parisien, "Joseph Kabila" appréhendrerait les conséquences d’une telle prise de position. "Pour l’instant, écrit Soudan, la candidature ou non de Joseph Kabila à la présidentielle de novembre 2016 n’est pas, ou plus, au coeur du débat.Pour le pouvoir, la question est inopportune et inactuelle". Il semble que le "raïs" est "convaincu" que s’il s’exprimait "dans un sens ou dans l’autre, le pays deviendra vite ingouvernable". Qui provoquerait cette "ingouvernabilité"? Mystère.

La lecture de l’article de François Soudan laisse par ailleurs apparaîtra la résolution du"clan kabiliste" à maintenir le fameux "calendrier électoral et global" dans sa configuration actuelle. Autrement dit, le processus électoral devrait commencer par les élections locales. Se confiant à Soudan, le ministre de l’Intérieur Evariste Boshab d’argumenter : "(...), il faut terminer le cycle électoral de 2011 et organiser, au minimum, les provinciales d’où sont issus les gouverneurs et les sénateurs." Et d’ajouter : "Pour les populations, l’élu local est plus important que le président de la République, surtout quand on vit à mille kilomètres de Kinshasa". Question : dans cette logique, ne faudrait-il "terminer" également le cycle électoral de 2006?

"Glissement"

On le sait, l’opposition congolaise est d’un avis contraire. Elle redoute que la préséance accordée aux consultations politiques au niveau local entraîne un "glissement" du calendrier électoral. Aussi, tient-elle au "strict respect" de la Constitution en ce qui concerne le délai de la tenue de l’élection présidentielle et des législatives. Sans omettre, les provinciales. Les élections locales, municipales et urbaines devraient être reportées après 2016.

François Soudan présente l’opposition congolaise sous son plus mauvais jour. Selon lui, celle-ci est "minée" par "ses querelles de leadership et l’incapacité de certains leaders de passer la main". Suivez son regard. Il parle d’autres opposants qu’il présente en "francs tireurs". C’est le cas de l"emblématique" Moïse Katumbi qui - contrairement aux chefs de l’opposition qui, tous, "tirent la langue" - "dispose d’une "force de frappe financière considérable".

Du côté du pouvoir, il n’ y a que des éloges. Ainsi, Henri Mova est présenté comme "un universitaire reconnu". Aubin Minaku, lui, passe pour un "brillant magistrat". Pour boucler la boucle, le Premier ministre Augustin Matata Ponyo se voit gratifier du titre de "gestionnaire compétent". A en croire Soudan, Matata "n’est pas pour rien dans le fait que le régime KabilaII soit le plus efficient en termes de reconstruction et de résultats macroéconomiques que le Congo ait connu en près de quarante ans". Soudan se souvient néanmoins que "les inégalités sociales, le niveau des salaires réels, l’accès au marché du travail et le taux de corruption demeurent précoccupants (...)". Pas un mot sur l’incapacité du pouvoir kabiliste à fournir à la population non seulement de l’eau courante mais aussi de l’électricité, des soins de santé et une éducation de qualité.

Après Obama

Depuis la semaine dernière, "Joseph Kabila" mène des "consultations préliminaires" en vue d’un "dialogue". Il a reçu et continue à recevoir les "forces vives". "Joseph kabila se contente d’écouter ses invités sur l’idée qu’ils ont d’un dialogue, confie un observateur du microcosme politique kinois. Personne n’ose lui demander jusqu’ici l’objectif qu’il entend atteindre à travers ces pourparlers". Un confrère kinois d’enchaîner : "Joseph Kabila cherche à gagner du temps. Il a les yeux braqués sur la situation au Burundi. Si Nkuzinza parvenait à gagner son pari d’un troisième mandat, Kabila va faire trainer les choses jusqu’à la fin du mandat de Barack Obama. Il espère que le prochain Président américain le laissera tranquille durant au moins les six premiers mois de l’année 2017".

Concluant son article, Soudan donne la parole à Séraphin Ngwej, conseiller diplomatique de "Kabila" : La communauté internationale ne dit rien à Kagamé ou à Dos Santos, rien aux pays du Golfe ou à la Chine, main elle se complait dans le Congo Bashing". Soudan de prévenir qu’il s’agit d’"’un "deux poids, deux mesures qui n’est pas pour rassurer un Joseph Kabila dont on oublie un peu vite que, puisqu’il contrôle l’usage légitime de la force et l’appareil sécuritaire, rien ne pourra se faire sans lui ni contre lui". Question finale : la légitimité étant une conquête de chaque jour et non un acquis, un pouvoir illégitime peut-il jouir d’un "usage légitime" de la force?

Francois Soudan est de retour. Loin est désormais l’article au vitriol intitulé "Kabila = Mobutu light". Un bel exemple du journalisme de connivence!

Baudouin Amba Wetshi

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