LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

20 février 2013

Instabilité et insécurité : Qui tirent les ficelles au Kivu et au Katanga?

KyunguRarement un Etat n’a fait preuve d’autant d’impuissance face aux bandits armés qui non seulement lui disputent l’autorité sur son territoire mais menacent, au quotidien, la sécurité de ses citoyens. Douze années après son accession au pouvoir, «Joseph Kabila» affiche un échec inqualifiable en matière sécuritaire. Un échec que d’aucuns n’hésitent guère à interpréter comme la preuve d’une connivence entre les dirigeants en place - issus pour la plupart d’entre eux de divers mouvements rebelles à savoir AFDL, RCD, RCD K/ML, RCD-N CNDP etc.) et les bandes armées nationales et étrangères qui disputent aux pouvoirs publics congolais ce que les juristes et autres politologues appellent le «monopole de la contrainte organisée». L’Etat n’est le plus le seul à détenir la force. Les informations en provenance de l’arrière-pays démentent les communiqués officiels publiés à l’issue de chaque réunion du conseil des ministres selon lesquels «la situation sécuritaire du territoire demeure relativement calme hormis les cas d’insécurité récurrents enregistrés dans la province du Nord Kivu».     

Les auditeurs de radio Okapi ont suivi le lundi 18 février le ministre congolais des Médias, Lambert Mende Omalanga, qui semblait plongé dans une douce béatitude alors qu’il annonçait que les Forces armées congolaises ont repris le contrôle de la cité minière de Punia, située à 245 kilomètres de la ville de Kindu, dans la province du Maniema. Vingt-quatre heures auparavant, cette localité a été conquise par des miliciens Maï Maï dits «Raïa Mutomboki». «Il y a quelques heures, la cité de Punia vient de rentrer sous le contrôle des Forces armées de la République Démocratique du Congo, coordonnées par le général François Olenga, chef d’état-major de la force terrestre», exultait Mende en soulignant que l’armée nationale étaient «en train de restaurer l’autorité de l’Etat» dans la cité». Vraiment?

A en croire ce ministre qui est lui même issu d’un mouvement rebelle, l’objectif de cette milice est de "piller" les ressources en or de cette contrée. «Il y a des mines d’or, dira-t-il. Et donc, la plupart de groupes armés essaient de faire comme leurs précurseurs, qu’ils étaient censés combattre. Vous le savez, nos envahisseurs étrangers vont vers les zones minières où ils essaient de se rendre maîtres des lieux pour piller.» Où est passé l’Etat ? Quelles sont les dispositions prises pour renforcer la sacro-sainte autorité de l’Etat dans l’arrière-pays ? La défense du territoire et le maintien de l’ordre ne constituent-ils pas les principales missions de tout Etat digne de ce nom ? Le rôle du gouvernement congolais se limite-t-il à contempler ou à résoudre des problèmes ?

Selon des sources, le ministre des Médias n’a pas dit toute la vérité. Il semble bien que les Forces armées de la RD Congo seraient entrées à Punia «sans toutefois reprendre le contrôle de toute la cité». Les affrontements auraient fait 70 tués dans les rangs de l’armée nationale.

Au Nord Kivu, la situation est loin d’être plus engageante. La localité de Nyamilima, située à plus ou moins 200 kilomètres de Goma est occupée, depuis dimanche 17 février, par des miliciens Maï Maï Shetani (traduction : Satan, en langue swahili). Cette milice se réclamerait du gouvernement de Kinshasa. Eh oui! C’est un secret de Polichinelle de relever que le "clan Kabila" entretient des groupes armés dont la logistique est assurée par les «super faucons» de l’entourage présidentiel. Les Maï Maï Shetani auraient pour mission d’affronter de combattre des bandes armées «anti-gouvernementales». C’est le notamment de la milice Nyatura. Selon des sources, le nouveau groupe armé "M26" qui a vu le jour dans le Masisi ferait partie de "l’écurie kabiliste" dont la mission serait de lutter contre les groupes armés d’obédience étrangère. Une manière de combattre le feu par le feu.

Au Katanga, le tout-Lubumbashi était dimanche 17 et lundi 18 février en émoi en apprenant que les «Maï-Maï «Bakata Katanga» du chef Tanda Imena se trouvaient à une quarantaine de kilomètres du chef-lieu de la province du Katanga plus précisément dans la localité de Kinsevere. Celle-ci ne se trouve pas très loin du quartier Kimbembe où se trouve un important camp militaire du même nom. Plusieurs centaines d’éléments de la garde présidentielle dite «Garde républicaine» sont basés dans cette caserne. Bilan : trois morts. Selon une dépêche de l’agence de presse kinoise APA,  il s’agit d’un policier, d’un fonctionnaire de l’Agence nationale de renseignements et du chef du village Kinsevere. Une certaine panique régnait lundi soir à «Lubum’». D’autres sources parlent d’une «simple dispute» ayant opposé le chef du village Kinsevere avec un groupe de jeunes.

Le Conseil provincial de sécurité du Katanga s’est réuni dans la soirée du dimanche 17 afin, semble-t-il, «analyser la situation». Les autorités provinciales n’ont pas jugées utiles d’apaiser l’opinion en fixant celle-ci sur ce qui s’est réellement passé. Au cours du mois de janvier dernier à ce début février, la milice «Bakata Katanga» aurait déjà fait 65 morts dans le territoire de Kasenga à 250 kilomètres de Lubumbashi. Il semble que les promoteurs non-autrement identifiés de ce mouvement exigent ni plus ni moins que «l’indépendance du Katanga».

Il se passe quelque chose de pourri dans la province du Katanga. Une région qui constitue le fief politique de Kabila père et «fils». Depuis le 17 mai 1997, date de la prise du pouvoir par LD Kabila, le cœur de l’ex-Zaïre ne bat plus à Gbadolite. Il bat désormais au Nord Katanga dans le «pays balubakat». En guerre contre ses ex-mentors rwandais et ougandais dont les forces menaçaient la ville de Lubumbashi, LD Kabila lançaient les FAP (Forces d’autodéfense populaire). Des armes seront distribuées à des jeunes désoeuvrés. Un certain Kyungu Mutanga, alias Gédéon, issu des FAP, fera parler de lui plus tard comme chef milicien dans le Nord Katanga. Il en est de même d’un certain Tshinza-Tshinza. Lors de la création de cette milice, «Gédéon» côtoyaient un certain John Numbi Banza et Daniel Mulunda Ngoy. Sans oublier le général-major «Joseph Kabila», alors chef d’état-major des forces terrestres. Arrêté en 2006, Gédéon sera dans un premier temps «enfermé» dans un local au mess des officiers. Un traitement de faveur qui n’a pas manqué de faire jaser. L’ex-chef milicien recevait de la nourriture préparée à la résidence du gouverneur de l’époque, Kisula Ngoy.

joseph-kabila-president-rdc-en-tenue-militaireDevenu président de la République, "Joseph Kabila" pouvait-il l’ignorer? Le futur successeur de Mzee avait-il pris goût à des "liaisons dangereuses" à force de côtoyer des miliciens ? Voici ce qu’il déclarait dans une interview au quotidien « Le Soir » daté du 30 juin 2001: Question : «On accuse Kinshasa de soutenir les mayi mayi du Kivu, de pousser les Interhamwe à s’infiltrer au Rwanda. Réponse : «Nous ne poussons personne, c’est une accusation fausse. Quant aux Maï Maï, mais ce sont des Congolais qui résistent à l’occupation étrangère, des patriotes. C’est toute la population qui résiste à cette guerre, au Kivu et ailleurs, par les armes ou pacifiquement. (…). Et moralement, tous ont notre appui total». 

En 2008, Gédéon et ses camarades seront jugés et condamnés par une juridiction militaire à Likasi pour des actes de viol et des assassinats commis entre 2003 et 2006. Le 7 septembre 2011, détenu à la prison de haute sécurité de Kasapa, l’ex-chef milicien, condamné à mort, s’est évadé en plein jour. Il a été aidé par des individus identifiés comme étant des miliciens Maï Maï. Des policiers appelés en renfort ont mis par moins d’une heure pour parcourir une dizaine de kilomètres. Toute sirène hurlante. Le ministre provincial de l’Intérieur de l’époque déclarait sans rire que Gédéon a pris le large avec 967 détenus sur 1305. Des membres d’un mouvement «indépendantiste» dénommé «Corak» (Coordination d’organisation du référendum d’autodétermination du Katanga) étaient parmi les fugitifs. Que constate-t-on? Aucune autorité provinciale du Katanga n’a été sanctionnée. L’opinion attend toujours de connaître les conclusions de l’enquête ouverte sur cette évasion massive. Selon des sources Lushoises, le chef milicien Kyungu avait traversé la ville de Lubumbashi avant de disparaître. L’homme est depuis lors dans la nature. "Les commanditaires de cette évasion sont connus", murmure-t-on. 

Il ne se passe plus une année sans que l’on déplore une attaque à l’aéroport de la Luano…par des inconnus. La dernière agression date du mois d’août dernier. Cette action aurait été menée par «des individus armés non-identifiés, parlant le Swahili et le Kiluba», dit-on. Comment un tel acte de terrorisme a-t-il pu se commettre dans ce fief du «clan Kabila» alors qu’un contingent de la garde présidentielle se trouve en «stand by» au camp Kimbembe ? Quid des résultats des investigations menées sur ces attaques ? Qui en est le commanditaire ? Des questions qui restent sans réponses.
Selon des sources, la confiance ne serait plus ce qu’elle était entre «Joseph Kabila» et les "grand-maîtres" de la communauté des Baluba du Katanga. Et pourtant, les ressortissants de cette province en général et les Balubakat en particulier passent pour des privilégiés. Ils occupent des postes de premier plan tant dans le gouvernement que dans les grands corps de l’Etat. On peut citer :  le ministère de la Défense nationale, le ministère de la Justice, le ministère de l’Intérieur, le ministère des Mines, le ministère des Travaux publics, le ministère de la Santé, le ministère de la Jeunesse, sports et loisirs. C’est un natif de la province du cuivre qui dirige la Banque centrale du Congo. Il en est de même du Parquet général de la République, de l’Agence nationale de renseignements, de l’état-major de renseignements militaires et la garde présidentielle.

Quelles sont les causes de cette bisbille? Des sources bien informées épinglent au moins deux. Primo : les Balubakats reprocheraient à «Joseph Kabila» de n’avoir rien fait pour moderniser les infrastructures économiques et sociales dans la province du Katanga en général et dans le «pays balubakat» en particulier. Le locataire du Palais de la nation, lui, reprocherait à ses "alliés historiques" de lui accorder, depuis un certain temps, un «soutien mou» alors qu’il traverse des «moments difficiles». Secundo : L’article 2 de la Constitution promulguée le 18 février 2006 découpe le Congo-Kinshasa en 25 provinces. Le pays en compte onze actuellement. L’actuelle province du Katanga devrait éclater en quatre entités : Haut Lomami, Haut Katanga, Lualaba et Tanganyika. L’«élite balubakat» exigerait que le Katanga reste «indivisible». Est-ce de peur que le Nord Katanga, réputé agricole, ne leur prive de leur influence découlant des richesses minières de la partie australe de cette région ? Un analyste des mœurs politiques au Katanga a eu ces mots : "Les attaques répétées de l’aéroport de la Luano, l’évasion du chef milicien Gédéon et les actions de soi-disant milices Maï Maï ne sont que des stratagèmes montés par des Balubakat pour exercer des pressions sur Joseph Kabila. But : contraindre le chef de l’Etat à ne pas mettre en oeuvre le découpage du Katanga».       

Baudouin Amba Wetshi

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