LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

30 septembre 2011

La stratégie de la défaite

OpposantsDe tout temps, l’UDPS a toujours constitué un espoir pour les congolais et finalement un désespoir pour la même population. A voir l’évolution de la situation politique avant les élections, j’éprouve un souci majeur à l’idée de la survenance d’un échec lors des prochaines élections. Il me semble que l’UDPS a la peau dure dans ses défauts : une communication maladroite et une totale absence de projection dans ses stratégies. Or, la projection constitue l’essence même d’une politique menée en vue de la gestion de la chose publique. L’UDPS est-elle prête à jouer le rôle que la population congolaise attend d’elle (exercer le pouvoir au sommet de l’Etat) ou fait-elle de la diversion ? Certains cadres et conseillers de ce parti auraient-ils déjà été intéressés en sous-mains ? Je refuserai de répondre à cette dernière question pour m’appesantir aux deux premières.

Revenons aux faits :

- Au mois de février 2011 à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de l’UDPS, le président de ce parti E. Tshisekedi croit nécessaire de déclarer que "celui qui n’est pas d’accord avec le programme de l’UDPS est libre de faire ce qu’il veut, il n’est pas obligé de faire plate-forme avec l’UDPS" ;

- Lors du dépôt de sa candidature à Kinshasa au mois de septembre 2011, le président de l’UDPS rajoute : les tractations sur la candidature unique sont définitivement clôturées ;

- En sortant de sa visite à Thomas Lubanga, actuellement prisonnier de la CPI aux Pays Bas, il déclare sans ménagement que chacun est libre de poser sa candidature et au passage, il égratigne les mobutistes.

En analysant toutes ces déclarations, un observateur a dû mal à cerner les stratégies Udpsiennes pour acquérir le pouvoir au sommet de l’Etat encore moins les objectifs poursuivis. En le disant, quelle dividende gagne-t-il ? Sinon de montrer que son parti est intransigeant et manque de réalisme politique. Bref, une communication chaotique et blâmable qui conduit inévitablement à la défaite si rien ne change.

Aussi bien dans ses déclarations que dans ses stratégies, je pense que l’UDPS se trompe d’époque. Nous ne sommes plus sous le multipartisme à deux où existeraient, d’une part Kabila, et d’autre Tshisekedi comme ce fut à l’époque de Mobutu. Les mentalités et la maturité ont transformé nos populations.

TshisekediL’UDPS doit se raviser et le plus tôt serait le mieux. A travers l’histoire, l’arrogance politique a toujours été meurtrière.

Revenons un peu de manière précise sur ce registre. Avec quel partenaire significatif l’UDPS a-t-elle signé un accord depuis l’amorce de la procédure électorale ? Quelqu’un peut-il me le rappeler ? Pour quel intérêt, Tshisekedi trouve-t-il mieux de négocier avec Thomas Lubanga dont le parti a déjà signer un accord avec l’UNC au lieu de finaliser une négociation avec Bemba, Kamerhe ou Mwanda Nsemi ? Un leader politique disposant d’un fond électoral reconnu ne peut pas ramper auprès d’un autre. Sur ce plan, l’analyse de la situation indique que Kamerhe a jusque là fait de son mieux pour y parvenir mais en vain. Du moins jusque là !

En fait, que coûte-t-il à l’UDPS de signer un accord de gestion du pouvoir avec l’UNC en profitant des électeurs de l’Est notamment ceux du Kivu. Comme on le sait, la politique n’est pas une entité philanthropique ou une association de charité où certains doivent offrir sans rien attendre en retour. En politique, on ne néglige aucune voix surtout quand elle vient d’un leadership confirmé ayant un électorat avéré : c’est le cas de Nsemi, Kamerhe, Nyamwisi, Kengo.

L’UDPS doit cesser de rêver. Répartissons les provinces de manière basique : Tshisekedi prend à son compte les deux Kasai (ce qui rend inopportune la candidature de Kashala qui a dû profiter de cette absence en 2006), Kamerhe prend les Kivu et une bonne partie de la province Orientale, Kabila prend le Nord Katanga.

Comme il s’avère maintenant que Mwanda Nsemi et le MLC ont signé ou vont signer un accord avec l’UNC, le Bas Congo et l’Equateur risquent de rentrer dans l’escarcelle de l’UNC au travers la plate forme AVK ou groupe de Sultani. A mon avis, l’attitude de Kamerhe est prémonitoire de la nouvelle façon de faire de la politique en Afrique : une politique progressiste et de consensus.

Le Bandundu ne votera pas pour Kabila et ne se soumettra pas aux mots d’ordre de Gizenga (ce fut d’ailleurs le cas en 2006), les voix seront partagées entre les autres partis de l’opposition. Kinshasa est une ville incertaine. Tshisekedi y est certes populaire mais Kamerhe, Kengo et le MLC également si l’on s’en tient à leurs rassemblements respectifs. De toute façon, Kinshasa est pour l’opposition.

Qu’on me le dise, par où est passée l’UDPS dans tous ces accords ? Certains risquent de rétorquer que les électeurs ne sont pas esclaves de leur leader. C’est vrai mais cela vaut pout tout le monde. Mais seulement, le fait de signer des accords donne l’image des leaders humbles et rassembleurs aux yeux de l’opinion. L’UDPS doit se raviser.

Dans le domaine de la vision et de la projection politique, l’UDPS a encore des efforts à fournir.

tshitshi_udpsLes manuels les plus basiques en droit et en science politique enseignent que la politique est l’art de gérer la cité et que le parti politique, contrairement à une ASBL, est créé en vue d’exercer le pouvoir de manière démocratique. Par voix de conséquence, le parti politique ne gère pas seulement le présent mais aussi le futur. Le parcours de l’UDPS me laisse un arrière-goût d’absence de projection. De 1980 à ce jour, ce parti n’a pas exercé le pouvoir. Pour peu qu’il s’en ait investi, il a été défenestré à la première occasion. Il s’agit d’un bilan archi négatif pour un parti politique ayant autant de militants déclarés ou supposés.

C’est ici l’occasion de rappeler l’opportunité historique qui est offerte à Tshisekedi et à son parti à travers ces dernières élections. Il aurait dû tout mettre en mettre en œuvre pour les remporter : pactiser, s’humilier devant des partenaires. Malheureusement, l’UDPS voit court.

Que l’on ne se trompe pas, le principal écueil pour chasser Kabila n’interviendra pas avant les élections mais après celle-ci. Nous sommes en Afrique et ce n’est pas un secret que le 06 décembre 2011, le président de la CENI proclamera Kabila, président de la République quand bien même il n’aura été voté que par une minime partie de la population du Nord Katanga. Le scénario le plus intéressant sera la capacité de la mobilisation de la population pour la rue. Mais qui va marcher ? C’est en ce moment que doit apparaitre la nécessité des alliances. Les personnes acquises à Kamerhe, Kengo, Nyamuisi et autres ne marcheront pas pour Tshisekedi ou vice-versa si elles ne sont pas rassurées que leur leader ou leur parti y trouvera son compte. Le jeu politique n’est pas un exercice de charité, je le repète. Ce n’est pas en ce moment là qu’il faudra à la hâte négocier pour maintenir la pression.

En effet, le journal Le potentiel (notamment l’édition de mercredi 21/09 et d’autres antérieures) dont la ligne éditoriale tente de faire croire des jours en jours que l’existence de plusieurs candidats de l’opposition renforce la possibilité pour Kabila de gagner les élections. Cette hypothèse n’est pas plausible. A mon avis, Kabila échouera même s’il existe en face de lui autant de candidats. Le problème réside au niveau de la résistance de la population contre le tripatouillage que va orchestrer le clan Kabila. C’est là que se fera ressentir le bien fondé d’une coalition. L’UDPS doit nous éviter cette politique consistant à agir après coup. La politique est par essence un exercice de prévoyance des évènements ultérieurs. Dans le contexte actuel, je ne vois pas comment l’UDPS, même s’il remporte les élections, pourra résister seuls aux soubresauts d’un pouvoir prêt à tout pour pérenniser son système.

En agissant comme l’UDPS le fait maintenant, il ouvre le flanc à l’échec. Plus que l’échec, il s’agit de la démobilisation des militants du dedans et du dehors convaincu du départ de Kabila lequel ne partira pas sans l’intervention de la rue. L’UDPS est avertie. Elle doit changer et ne pourrait jamais imputer le résultat de sa maladresse à quiconque.

Il faut se le dire : la politique est essentiellement faite de compromis et de consensus.

Aussi, j’invite l’UDPS et son président :

- d’ouvrir les négociations avec les partis politiques les plus significatifs au lieu de s’entourer des individus qui ne représentent que l’ombre d’eux-mêmes ;

- de constituer un ticket gagnant avec Kamerhe, Kengo et consorts ;

- de préparer en concertation avec les autres partis politiques une feuille de route en vue de la résistance durable après le 6 décembre.

La victoire et le départ de Kabila sont à ce prix.

Esim Eddy - Esim_eddy@yahoo.fr

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