LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

20 novembre 2010

CPI : Bemba entre un procès inique et une improbable «libération conditionnelle»

Jean_Pierre_Bemba_2Soixante-douze heures avant l’ouverture du procès «Le procureur contre Jean-Pierre Bemba Gombo», une «fausse alerte» a circulé au début de la soirée de vendredi 19 novembre annonçant l’imminence d’une «liberté conditionnelle» en faveur du détenu Bemba Gombo. Les amis et sympathisants du leader du MLC ont manifestement été «abusés» par le communiqué pour le moins équivoque publié vendredi par la Chambre d’appel de la CPI.

Jean-Pierre Bemba Gombo va-t-il bientôt affronter le procureur près la CPI en «homme libre»? Il est hasardeux de répondre par l’affirmatif compte tenu du caractère empirique - pour ne pas dire politique - de ce dossier judiciaire. Un dossier complexe.

Cliquer sur le lien ci-dessous pour écouter Maître Aimé Kilolo l'un des quatre défenseurs de Jean-Pierre Bemba

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"Dans ce procès, il y a deux grands absents : l'actuel président de Centrafrique, le général François Bozizé et l'ancien président Ange-Félix Patassé".

Les Charges

Dans un communiqué publié vendredi 19 novembre, la Chambre d’appel de la CPI (Cour pénale internationale) a pris un arrêt demandant «à la Chambre de première instance III de réexaminer la décision relative à la détention de Jean-Pierre Bemba Gombo, et a infirmé sa décision rendue le 28 juillet 2010. Jusqu’à ce réexamen, M. Bemba restera détenu». Expliquant la portée de cette décision, la juge-président Akua Kuenyehia a déclaré en séance publique que "dans l’arrêt rendu aujourd’hui, la Chambre d’appel a indiqué que, lors du réexamen, les chambres doivent examiner si les circonstances ayant motivé leur décision sur la détention ont évolué. La Chambre d’appel a estimé que l’examen mené par la Chambre de première instance III était insuffisant en ce qu’elle n’avait examiné que les circonstances présentées comme nouvelles par M. Bemba.» En langage profane, on pourrait dire que la CPI a ordonné le «réexamen du maintien en détention» de l’accusé Bemba. Nul ne sait cependant le temps que prendra ce "réexamen". En attendant le «Chairman» reste privé de liberté.

moreno_petL’acte premier du procès «Le procureur contre Jean-Pierre Bemba Gombo» va se dérouler lundi 22 novembre à La Haye aux alentours de 14h30. Après avoir passé trente mois en détention, sans jugement, l’ancien vice-Président de la RD Congo va enfin affronter ses adversaires. Certains sont «visibles». C’est le cas notamment du tout-puissant procureur près la CPI, Luis Moreno-Ocampo, qui paraît déterminé à en faire un «procès exemplaire» pour redorer image écornée de cette juridiction internationale. Bemba aura également à affronter des adversaires «invisibles». Dans cette dernière catégorie, on ne pourrait s’empêcher de citer : la FIDH (Fédération internationale des ligues des droits de l’homme) et, à travers elle, certains milieux politiques français ; la «Société civile» centrafricaine ; «Joseph Kabila» et certains transfuges du MLC (Mouvement de libération du Congo) passés avec armes et bagages dans l’écurie kabiliste ; le président François Bozizé de la RCA et son homologue Tchadien Idriss Deby. C’est une redoutable coalition. Question : Où sont passés les co-accusés centrafricains? La plainte transmise en 2006 au bureau du procureur près la CPI ne s’intitule-t-elle pas «l’Etat centrafricain contre Ange Félix Patassé»? Outre Patassé et Bemba, il y a notamment : Martin Koumtamadji alias Abdoulaye Miskine, le général Ferdinand Bombayake, ancien chef d’état-major de l’armée centrafricaine, Victor Ndoubabe et Lionel Gane-Befio. Sans omettre le «super gendarme» français Paul Barril.

Le leader du MLC est poursuivi pour trois crimes de guerre - meurtre, viol et pillage - et deux crimes contre l’humanité - viol et meurtre. Des faits, en réalité, imputés aux troupes du MLC déployées entre 2002 et 2003 à Bangui pour secourir le régime d’Ange-Félix Patassé qui faisait face à une rébellion. Le chef rebelle n’était autre que l’actuel président François Bozize, soutenu par des troupes tchadiennes.

Un procès politico-diplomatique

sar_kabL’ouverture de ce procès semble faire quelques «heureux». Dans un bel exemple de mauvaise foi, Lucille Mazangue de la «Coalition centrafricaine pour la CPI» a déclaré vendredi que «l’ouverture du procès Bemba est un moment historique pour les victimes de la République centrafricaine qui gardent espoir de voir la CPI leur rendre justice» Et d’ajouter : «L’attente des victimes et le dépérissement des preuves s’accentuent à mesure que le temps passe. Nous espérons donc que le procès se déroulera en bonne et due forme sans retard excessif.» Ce citoyen centrafricain laisse sous silence l’absence de ses compatriotes mis en cause. Le même vendredi, la FIDH dit, dans un communiqué, sa satisfaction à l’occasion «de l’ouverture du procès contre Jean-Pierre Bemba». Elle souligne au passage que «ce procès récompense "l’abnégation et le courage des victimes centrafricaines".

Avant de devenir «chef rebelle», Bozizé vivait en exil en France. Dans une interview accordée au quotidien bruxellois «La Libre Belgique» daté du 24 janvier 2003, Jean-Pierre Bemba n’avait pas fait mystère de ses déboires avec la France de Jacques Chirac. Selon lui, une «campagne de déstabilisation» contre sa personne était menée «par un Etat disposant d’une radio internationale afin de me faire payer pour mon intervention en Centrafrique, où cet Etat a participé – j’en ai les preuves – à la déstabilisation du président Patassé, élu avec 53% pc des voix en 1999.» Bemba de poursuivre : «Et, comme par hasard ce serait depuis notre intervention en Centrafrique que nos hommes auraient commencé à manger de la chair humaine».

On ne cessera jamais de rappeler ce courrier électronique adressé, en avril 2006, à Léonard She Okitundu, alors directeur du cabinet de Joseph Kabila, par Karim Mekassoua, alors ministre de la Communication de la RCA. Une copie était envoyée à l’ambassadeur de la RD Congo à Bangui Mugaruka bin Rubibi. L’objet du message est libellé comme suit : «JPB CPI» : «Chers amis, écrivait-il, je vous transmets les infos nécessaires à la très haute attention du PR. Merci de mettre 2 billets A/R à disposition sur AF, pour un départ le 22 avril de Bangui et retour le 24 avril via Douala pour A. Karim Meckassoua et Me Goungaye Wanfiyo Nganatoua. Je confirme le rendez-vous avec Antoine qui a mon contact de Paris (...). Mes respects au PR et merci pour votre diligence.»

fidhLa FIDH et l’AFP

Proche du Quai d’Orsay, la FIDH - qui a pour principal bailleur de fonds l’Etat français - joue un rôle pour le moins trouble dans ce dossier. Elle ne cesse de multiplier des «tirs de barrage» pour faire obstacle à la «libération conditionnelle» de JP Bemba. Motif invoqué : risque encouru par les témoins. Notons que la Fédération a participé aux «enquêtes» menées par la «Société civile» centrafricaine ayant abouti à la confection des «témoignages» à charge des miliciens du MLC. Dans un communiqué daté 5 novembre 2009, soit 18 mois après l’arrestation de Bemba, la FIDH a fait couler quelques larmes de crocodile sur l’iniquité des poursuites engagées contre le leader du MLC. «Jean-Pierre Bemba Gombo ne doit pas être le seul suspect à répondre devant la Cour pénale internationale des crimes les plus graves commis en République Centrafricaine», pouvait-on lire. «Afin de démontrer le sérieux et l’impartialité de son travail sur la RCA mais également pour prouver que nul grand criminel ne peut échapper à la justice, le procureur de la CPI doit délivrer d’autres mandats d’arrêts contre les présumés auteurs des crimes les plus graves commis en RCA. Ceci répond au souhait des Centrafricains, victimes de toutes les parties au conflit». Le texte est revêtu de la signature de la Tunisienne Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH, une personnalité proche de l’Elysée et du «Quai».

kabila_bozizeL’Agence France Presse a fait et continue à faire preuve d’un comportement frisant la connivence - avec certains milieux tant congolais que centrafricains - dans la rédaction des dépêches touchant à l’affaire Bemba. Dans une dépêche datée mardi 1er septembre 2009, l’AFP rapportait que «des coups de feu ont été tirés» dans la nuit du 30 au 31 août «vers les résidences de deux ministres (…), ex-proches de Jean-Pierre Bemba, (...)». L’Agence a été prévenue par les intéressés eux-mêmes. Ceux-ci ont prétendu avoir reçu «des lettres de menaces de mort» : «Si tu témoignes contre Bemba, tu meurs!». L’ex-MLC Alexis Thambwe Mwamba a comme par hasard contacté l’AFP depuis la Libye où il se trouvait en mission officielle. Question : Quelles sont les conclusions des investigations menées par la police?

Le même mardi 1er septembre, l’AFP est revenue à la charge avec une autre dépêche. Cette fois, l’agence s’est contentée de citer une «lettre ouverte» adressée à la CPI par «la famille», sans d’autres précisions, de l’avocat franco-centrafricain, président de la ligue centrafricaine des droits de l’Homme, Nganatouwa Goungaye Wanfiyo. L’homme a été tué dans un accident en décembre dernier. Cette "famille", elle aussi, «s’oppose à la libération» de Bemba. «Tant que l’absence totale d’une implication (…) de Jean-Pierre Bemba dans la mort, le 27 décembre 2008, de Me Goungaye n’est pas judiciairement établie pour les autorités compétentes françaises, nous (…) ne pouvons envisager l’idée d’une libération provisoire.» Qui se cache derrière le vocable «la famille»?

On le voit , Jean-Pierre Bemba, sans être blanc comme neige, fait face une coalition d’adversaires coriaces, décidés plus à avoir la peau d’un bouc émissaire qu’à faire éclater la vérité sur ce qui s’est passé à Bangui.

Baudouin Amba Wetshi

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