LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

25 mai 2010

Lubumbashi : complot ou psychose ?

LubumUne ambiance d’état d’urgence régnait, dimanche 23 mai, dans la ville de Lubumbashi. Des policiers et des militaires ont été déployés à tous les endroits stratégiques de la ville. Au cours de la soirée, les forces dites de sécurité ont procédé à une vingtaine d’arrestations des personnes soupçonnées de participation à un "complot" en vue de proclamer la "sécession" de la province du Katanga. Selon des informations qui restent à vérifier, l’avocat Mbenga Sandonga figure parmi les suspects interpellés. Ancien ministre des Mines sous la Deuxième République, l’homme aurait la réputation de clamer des «idées séparatistes».

Après les deux Kivu, la Province Orientale et l’Equateur, le Katanga va-t-il rejoindre le cercle des régions troublées de la RD Congo? Depuis plusieurs semaines, des journaux kinois parlent de «rumeurs de déstabilisation». Des voyageurs en provenance du Congo démocratique, décrivent une même impression : «Il règne une très mauvaise ambiance au pays. On dirait que quelque chose se prépare. Des troubles pourraient avoir lieu avant le 30 juin.» Ce qui est sûr c’est que l’«année du social» annoncée par Joseph Kabila lors d’une d’une allocution en décembre dernier, tarde à se matérialiser par des premiers signes d’embellie. Au plan politique, le Premier ministre est attaqué par l’opposition parlementaire. Celle-ci l’accuse d’incompétence. En filigrane, c’est le chef de l’Etat qui est ciblé. L’économie continue de stagner. Seul changement visible : les membres de la classe dirigeante affichent une insolente opulence face à une population de plus en plus nécessiteuse. Le "report" du processus de décentralisation n’arrange rien. Devrait-on pour autant parler de l’existence d’une conjuration en vue de changer l’ordre institutionnel ou simplement d’une psychose? Il y a sans doute les deux.

"Indépendance du Katanga"

Une vingtaine de personnes ont été interpellées dimanche dans la capitale du cuivre. Que leur reproche-t-on? Selon le ministre provincial en charge de l’Intérieur, Dikanga Kazadi, ces personnes «projetaient de mettre le désordre dans la ville avec des armes de guerre». Quelle est leur motivation? Dikanga n’a fourni aucune explication, encore moins les noms des prévenus. Il a, par contre, indiqué que des interrogatoires étaient en cours. Selon lui, il s’agirait d’un «gros réseau» et «d’autres interpellations» pourraient intervenir. "On remonte le réseau petit à petit pour pouvoir identifier tous ceux qui sont concernés de près ou de loin", a-t-il souligné. Il faut espérer que les droits de la défense seront scrupuleusement respectés dans ce Congo dit démocratique où la justice est caporalisée par le pouvoir politique. Il faut également espérer que l’opinion nationale sera pleinement informée dans ce pays où les questions militaires et sécuritaires sont gérées avec opacité sous la discrétion du chef de l’Etat et son entourage. En décembre dernier, les «services» avaient arrêté une soixantaine de membres d’une église méthodiste à Lubumbashi. Ils étaient soupçonnés de «tentative de déstabilisation» du régime au pouvoir. Cinq mois après, une dizaine des personnes arrêtées seraient toujours détenues dans des cachots secrets. Sans jugement. La population attend toujours de connaître les tenants et les aboutissants de cette affaire.

angola_lgflagLe FLNC et l’Angola

Selon des sources locales à Lubumbashi, les personnes appréhendées dimanche 23 mai projetaient de s’emparer de l’aéroport de Luano. Un militaire et un policier auraient été tués au cours des combats. D’où la décision du commandant de la région militaire de déployer les forces de sécurité aux endroits stratégiques. On apprend que des membres de la famille Kabila ont été "mis à l’abri" au camp Kimbembe où sont casernés les fameux "Bana Moura", affectés à la garde personnelle de Kabila. Selon les mêmes sources, les personnes arrêtées appartiendraient à une organisation séparatiste, non autrement identifiée, dirigée par un certain Elie Kapend. Ce mouvement aurait comme «objectif à court terme» la proclamation un nouvel «Etat du Katanga». L’ancien «commissaire d’Etat» aux Mines Mbenga Sandonga, 66 ans, aurait été cité lors des interrogatoires. Outre les fonctions ministérielles, Mbenga a été successivement magistrat, attaché juridique à la Gécamines, commissaire du peuple suppléant de la circonscription de Lubumbashi et membre du Comité central du MPR, alors parti-Etat.

Selon une source kinoise, l’attaque de l’aéroport de la Luano devait être menée par des combattants du FLNC (Front de libération nationale du Congo) qui regroupait les ex-gendarmes katangais exilés en Angola. Les fameux «tigres». Pour l’histoire, en 1977 et 1978, les "Tigres", dirigés par Nathanaël Mbumb, ont attaqué la province du Katanga. Lors de la guerre de l’AFDL, plusieurs combattants étiquettés "tigres" avaient rejoint LD Kabila. Déçus par le sort leur réservé, la grande majorité a pu regagner l’Angola. Il semble que les autorités de Kinshasa tentent justement de comprendre le rôle qu’aurait pu jouer le puissant voisin angolais dans cette affaire. Selon une source proche des «services», le personnel tant diplomatique que local angolais avait déserté la mission diplomatique de ce pays à Kinshasa plusieurs jours avant la célébration du 13ème anniversaire de la «libération» le 17 mai. Le pays de José Edouardo dos Santos préparerait-il le renversement de son ancien poulain «Joseph» pour installer un ancien «officier tigre» à la tête de la RD Congo? Depuis plusieurs mois, il n’est plus bon d’être labelisé "angolaphile" au Congo. La résidence du général Faustin Munene a été attaquée l’année dernière par des "hommes en uniforme".

Le duo Kabila-Muzito contesté

Kabila_Muzito2_2Les arrestations opérées à Lubumbashi interviennent au moment où une atmosphère délétère voire de fin de règne plane sur le pays. La légitimité du pouvoir est contestée. La colère couve. Au Parlement, le Premier ministre fait face à une motion de censure. Celui-ci est accusé d’«incapacité notoire» de «mettre en œuvre une politique générale conforme aux engagements qu’il avait pris» devant l’Assemblée nationale et surtout "de rencontrer les aspirations" de la populations. «Nous considérons, par conséquent, que le Premier ministre a trahi la confiance que lui avait accordée la Représentation Nationale. C’est pourquoi nous demandons à cette auguste Assemblée, de bien vouloir en prendre acte et de censurer son gouvernement», peut-on lire dans la motion de censure qui n’a pas encore atteint ses objectifs.

En lisant entre les lignes, Joseph Kabila paraît être le principal destinataire des griefs articulés à l’encontre d’Adolphe Muzito. Quelques passages éloquents : «Le Premier ministre et son gouvernement avaient promis de ramener la paix et la sécurité, ainsi que de restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national» ; «A ce jour, cet objectif n’a pas été atteint. En effet, malgré les accords signés avec les gouvernements de l’Ouganda et du Rwanda, et les opérations militaires conjointes de notre armée appuyée par la MONUC, avec les armées de l’Ouganda et du Rwanda, la paix n’est pas revenue dans l’Est du pays. Comme chacun peut le vérifier, tant dans la Province Orientale (Haut-Uélé, Bas-Uélé ou en Ituri) que dans le Nord et Sud-Kivu, des tueries des populations civiles et des viols ou encore des affrontements entre groupes armés se poursuivent, provoquant encore et toujours des déplacements de populations par milliers.» Quel que soit le sort qui sera réservé à cette motion, le duo Kabila-Muzito est implicitement désavoué.

"Le conseiller spirituel du raïs"

RDC_Rebelles_FDLR_1Le 2 mai dernier, le pasteur Daniel Mulunda Ngoy Nyanga, «conseiller spirituel» de Joseph Kabila, a pris la gravissime décision de transférer 54 combattants des FDLR et 106 membres de leurs familles à Kisenge, au Katanga. La mesure ne procède guère d’une décision délibérée lors d’une réunion de Conseil des ministres. La dernière réunion présidée par Kabila date de novembre dernier. L’homme passe désormais le clair de son temps dans sa Ferme à Kingakati sur la route de Bandundu.

Pour ne rien arranger dans les rapports entre le gouvernement central et les provinces, le ministre de l’Intérieur a annoncé l’échec de la mise en œuvre du processus de décentralisation. La RD Congo devait passer de 11 à 26 provinces aux termes de l’article 226 de la Constitution. Et ce, 36 mois après la promulgation de la nouvelle Loi fondamentale.

Pour calmer les esprits, le ministre de la Communication et des médias déclarait récemment que le gouvernement «n’a ni le droit ni l’intention de se dérobe» avant de lancer un «appel à la mobilisation» de tous les Congolais contre «toute tentative d’instrumentalisation de la question de délai pour déstabiliser une paix si chèrement acquise».

En mai 2005, André Tshombe a été arrêté dans une affaire de «tentative de sécession du Katanga». Les représentants des forces politiques et sociales de la région avaient démenti la thèse de séparatisme arguant que ce descendant de l’ancien Premier ministre Moïse Tshombe Kapenda était victime d’une «machination» concoctée par des agents de l’ANR (Agence nationale de renseignements). Cinq années après, les conclusions des enquêtes ouvertes sur cette affaire n’ont pas été portées à la connaissance du grand public. Il faut espérer que des parlementaires nationaux donneront de la voix afin d’nciter le gouvernement à soumettre, au contrôle démocratique, les conclusions des investigations menées autour des événements survenus dans la soirée du dimanche 23 mai à Lubumbashi. L’état général de la RD Congo démontre, en effet, que la sécurité nationale est loin d’être dans des bonnes mains.

Question finale : Quelle est cette organisation politico-militaire qui a eu le courage, sinon la témérité, de s’attaquer à la ville de Lubumbashi, considérée à tort ou à raison, comme étant le fief des Kabila?

B.A.W

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Posté par Losako à 18:04 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Lubumbashi : complot ou psychose ?

    j'espère vous avoir envoyé l'email "lumbubashi signe de fin de règne de KABILA...AMP-PALU-UDEMO=seul isolé

    erreur = oublie d'adresse email,veuillez svp l'annexer.

    Posté par P.K.K.M, 26 mai 2010 à 14:55 | | Répondre
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