LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

25 mai 2010

Affaire Bemba : Deux ans de manipulation politico-diplomatique

JPB2Lundi 24 mai 2010, le sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo, président du Mouvement de Libération du Congo, a totalisé deux années passées derrière les barreaux à La Haye suite à un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale (CPI), une juridiction internationale placée sous la tutelle du Conseil de sécurité des Nations Unies. Vingt quatre mois de privation de liberté sans procès. On se croirait dans un pays du Tiers-Monde. On n’insiste pas assez sur le fait que les «ennuis» de Bemba trouvent leur origine apparente dans l’appui militaire que celui-ci apporta à Ange-Felix Patassé, alors chef d’Etat centrafricain. A l’époque, la France, dirigée par Jacques Chirac, soutenait le chef rebelle François Bozize. La France est membre du Conseil de sécurité. En soutenant Patassé, «Jean-Pierre» s’est-il attaqué aux intérêts vitaux de l’Hexagone? Sous l’égide de l’Elysée, les personnalités centrafricaines impliquées dans ce dossier ont été amnistiées au nom de la réconciliation nationale. Un seul prévenu reste à la barre : Bemba. Nul n’oserait clamer que "JPB" est blanc comme neige. Il reste que certains agissements de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) autant que ceux de l’Agence France Presse à l’égard du Congolais sont d’une impartialité discutable qui incite à se poser la question de savoir ce que veut en définitive la CPI. Est-ce faire triompher la vérité sur ce qui s’est réellement passé à Bangui ou simplement trouver un bouc émissaire à faire expier?

730460766_smallElection présidentielle chahutée

«J’ai accepté l’inacceptable!». Cette phrase prononcée par Jean-Pierre Bemba Gombo après l’annonce de la «victoire» du président sortant Joseph Kabila à l’élection présidentielle de 2006 continue à résonner aux oreilles de nombreux Congolais comme un mauvais rêve. «C’est un hold-up électoral», protestaient des Kinois. D’autres accusent le leader du MLC d’avoir trahi ceux qui avaient voté pour lui. Dans un communiqué daté 14 novembre 2006, le cartel politique «Union pour la Nation» qui a soutenu Bemba au second tour avait prédit le succès de celui-ci : «Nous informons l’opinion nationale et internationale qu’à ce stade, le tableau des résultats, au niveau du Centre de compilation des résultats de l’Union pour la Nation, montre que sur 11.954.754 suffrages exprimés, Jean-Pierre Bemba Gombo se place en tête avec 52,5% des voix.» Bemba a-t-il subi des pressions pour s’incliner? Qui est l’auteur de ce chantage qualifié d’«inacceptable» par le principal intéressé? Quelle en a été la forme? En tous cas, les multiples accords signés avant la publication des résultats du second tour entre le MLC et l’AMP (Alliance de la majorité présidentielle), sous l’égide de William Swing le représentant du secrétaire général de l’Onu au Congo, mettent à nu le parti pris de la «communauté internationale». Une communauté internationale qui avait déjà fait son choix.

Sans vouloir refaire l’histoire, nombreux sont aujourd’hui les analystes qui reprochent à Bemba ainsi qu’à ses proches d’avoir fait preuve de naïveté dans la gestion du dossier judiciaire ouvert à la CPI. «Je suis juriste de formation. Je reviens de La Haye. Je peux vous dire que le dossier judiciaire ouvert à charge de Jean-Pierre Bemba est vide.» L’homme qui tient ces propos s’appelle Fidèle Babala, alors directeur de cabinet du vice-président Bemba. Il était de passage, début janvier 2007, à Bruxelles. D’autres analystes peinent à cacher leur stupéfaction du fait de la facilité avec laquelle le «Chairman» est allé se jeter dans la "gueule du lion" en séjournant à Bruxelles. Pour eu-x, le «Chairman» aurait pu éviter ce traquenard en disposant d’une «cellule de renseignements». Le vin est tiré. Il faut le boire.

Arrestation spectaculaire

Sans_titre1Le samedi 24 mai 2008, «Jean-Pierre» est arrêté par des éléments de la police judiciaire belge dont les méthodes n’ont rien à envier à ceux des cow boys. Ce soir là, le sénateur devait dîner avec son père «Jeannot». Celui-ci se trouvait déjà au restaurant. Au journal de 23 heures, la RTBF annonce : «L’ancien vice-président congolais Jean-Pierre Bemba a été arrêté ce soir en exécution d’un mandat d’arrêt émis par la CPI». Arrivé à Bruxelles depuis plusieurs jours, "JPB" consultait énormément. Il devait rencontrer le ministre belge de la Coopération au développement, Charles Michel. Le rendez-vous était fixé lundi 26 mai.

Quelques semaines plus tard, l’épouse Bemba, née Liliane Teixeira, s’est fait «braquer» par les mêmes éléments de la police judiciaire. Elle était au volant d’une voiture immatriculée au Portugal au nom de son mari. «Les autorités portugaises ont signalé le vol de ce véhicule», hurle le chef de l’escouade. Menottes aux poignets, Madame Bemba est conduite au commissariat de police de «1000 Bruxelles.» Après deux ou trois questions, elle est relâchée. «C’est très ridicule ! La police aurait pu m’adresser une simple convocation pour que je ramène le véhicule. A quoi sert tout ce cinéma», déclarait-elle dans une interview avec Congoindependant. Une autre perquisition a lieu chez "Maria", la soeur aînée de "Liliane" à son domicile à SPA, vers Liège. Les policiers étaient à la recherche des biens appartenant à «Jean-Pierre» afin de les mettre sous séquestre. «Etes-vous propriétaire de la maison ? Quelle est le nom de la banque auprès de laquelle vous avez obtenu le crédit hypothécaire?» Bredouilles, les policiers quittent le lieu.

Deux années de détention sans procès

Deux années après cette interpellation pour le moins spectaculaire, Bemba attend toujours de passer devant le juge du fond. Il semble que le procureur Luis Moreno-Ocampo n’a pas encore terminé ses devoirs d’enquête. Question : Pourquoi a-t-il précipité le lancement du mandat d’arrêt à charge de l’accusé avant d’être en possession des indices graves et concordants de culpabilité? Moreno-Ocampo a-t-il été abusé par un des ses informateurs? Selon des sources diplomatiques, un informateur avait prévenu ce magistrat du "départ imminent" de Bemba vers un pays non-signataire du Statut de Rome. L’avocat Aimé Kilolo-Musamba est formel : «Le sénateur Bemba attendait la période de vacances scolaires pour passer quelques jours aux Etats-Unis avec sa famille». Et ce, avant de prendre le chemin de retour vers Kinshasa où devait avoir lieu l’élection du porte-parole de l’opposition. Moreno-Ocampo a-t-il été manipulé ? Par qui ? Certains n’hésitent pas à pointer un doigt accusateur en direction de certains transfuges du MLC passés avec armes et bagages dans le camp kabiliste.

Fait curieux. Deux années après, aucun mandat d’arrêt n’a été décerné à l’encontre des co-accusés centrafricains du "Chairman". Comment pourrait-on faire éclater la vérité dans un procès où la chaise du principal accusé reste désespérément vide? «Il est difficilement concevable de poursuivre M. Bemba dans cette affaire sans constater que ses hommes ont été envoyés en RCA afin d’appuyer les troupes de l’ancien président Patassé, déclarait Me Kilolo à Congoindependant. La question qui se pose aujourd’hui est celle de savoir l’attitude qu’aura à adopter la CPI tant vis-à-vis de l’ancien chef d’Etat centrafricain que de son successeur François Bozizé. Au moment des faits, celui-ci était à la tête d’une rébellion armée.» Kilolo d’ajouter : «M. Bozizé se retrouve dans cette affaire sous deux casquettes. D’abord, en tant que président de la République. Ensuite, on semble oublier qu’aux moments des hostilités, il était à la tête de la rébellion qui cherchait à renverser les institutions démocratiques de son pays. Il était lui-même donc un belligérant. Il est difficile de dire à ce stade, si les vols, tortures et pillages qui auraient eu lieu sur place ont été commis par des Centrafricains ou des Congolais.»

1271082127_RCALa FIDH attaque

Le 13 août 2009, la juge unique de la Chambre préliminaire II de la CPI accepte le principe d’accorder la «liberté provisoire» à Bemba assortie d’une condition. Celle de trouver un pays signataire du Statut de Rome disposé à l’accueillir. Le 14 août le procureur Moreno-Ocampo interjeta appel. Comme pour aller au secours de la démarche de l’accusation, la FIDH publie un communiqué daté 3 septembre dans lequel elle clame haut et fort son opposition à cette mesure. La Fédération se dit «très préoccupée du risque que pourrait représenter cette mesure pour toutes les victimes et les témoins». Et d’ajouter : «La FIDH rappelle que la situation sur le terrain, tant en République Centrafricaine (RCA) qu’en République démocratique du Congo, est très tendue, et que les témoins et victimes des crimes dont Jean-Pierre Bemba est accusé se trouvent dans une situation extrêmement précaire». «La FIDH craint que l’extrême vulnérabilité des acteurs sur le terrain ne soit aggravée par une éventuelle libération provisoire de Jean-Pierre Bemba.» Le communiqué indique enfin que la FIDH redoute «que Jean-Pierre Bemba échappe à la justice internationale et que des preuves disparaissent.» Et que «des moyens financiers de Jean-Pierre Bemba, qui pourraient être destinés à d’éventuelles réparations aux victimes à l’issue du procès, ne soient escamotés.»

Dans un communiqué daté 5 novembre 2009, la FIDH découvre tardivement l’inéquité du procès qui se déroule à La Haye. «Jean-Pierre Bemba Gombo ne doit pas être le seul suspect à répondre devant la Cour pénale internationale (CPI) des crimes les plus graves commis en République Centrafricaine», indique le communiqué. «Afin de démontrer le sérieux et l’impartialité de son travail sur la RCA mais également pour prouver que nul grand criminel ne peut échapper à la justice, le procureur de la CPI doit délivrer d’autres mandats d’arrêts contre les présumés auteurs des crimes les plus graves commis en RCA. Ceci répond au souhait des Centrafricains, victimes de toutes les parties au conflit», conclut Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH. Est-ce pour se donner bonne conscience? Selon des sources, l’Union européenne est le principal bailleur de fonds de la FIDH. La France viendrait en tête des pays donateurs. L’actuelle présidente de la FIDH, la Tunisienne Souhayr Belhassen, passe pour une personnalité «très proche» de l’Elysée et du Quai d’Orsay. C’est le cas également d’Antoine Bernard, le directeur exécutif de la Fédération. Un citoyen français. Ceci explique-t-il cela?

L’AFP surenchérit

Dans une dépêche datée mardi 1er septembre 2009, l’AFP créée l’événement en rapportant que «des coups de feu ont été tirés» dans la nuit du 30 au 31 août «vers les résidences de deux ministres (…), ex-proches de Jean-Pierre Bemba, (...)». Curieusement, l’information a été communiquée à cette agence par les intéressés eux-mêmes prétendant avoir reçu «des lettres de menaces de mort». Le contenu de ces missives ne s’invente pas : «si tu témoignes contre Bemba, tu meurs!». Au moment des faits, le ministre Alexis Thambwe Mwamba se trouvait en mission officielle à Tripoli, en Libye. Il a néanmoins eu le temps de joindre le correspondant de l’AFP à Kinshasa le même mardi 1er septembre pour lui confier que sa résidence «a également été attaquée» au cours de la même nuit du dimanche 30 août. "J’ai été informé ce matin que des tirs nourris ont été entendus chez moi et une lettre de menace y a été déposée", déclarait Thambwe.

Au cours d’un point de presse tenu le même mardi, le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga a déclaré que d’autres anciens cadres du MLC «ont reçu» le même message de menace «par SMS». Mende de citer les noms : Olivier Kamitatu (ministre du Plan), Antoine Ghonda et Valentin Senga (députés) Samuel Simene, directeur général adjoint de l’OFIDA (Douanes). A en croire Mende, le journaliste Kabeya Pindi Pasi, auteur d’un reportage à charge sur Bemba, a reçu un message identique.

Le même mardi 1er septembre, l’AFP sort l’"arme de destruction massive". Selon l’agence cite une «lettre ouverte» adressée à la CPI par «la famille» de l’avocat franco-centrafricain, président de la ligue centrafricaine des droits de l’Homme, Nganatouwa Goungaye Wanfiyo, tué dans un accident en décembre dernier. Cette "famille", elle aussi, «s’oppose à la libération» de Jean-Pierre Bemba. «Tant que l’absence totale d’une implication (…) de Jean-Pierre Bemba dans la mort, le 27 décembre 2008, de Me Goungaye n’est pas judiciairement établie pour les autorités compétentes françaises, nous (…) ne pouvons envisager l’idée d’une libération provisoire.» On se trouve dans une histoire de fous! Qui se cache derrière le vocable «la famille»? Comment se fait-il qu’une agence de presse aussi réputée que l’AFP puisse bâtir une dépêche en se fondant sur un document qui ressemble à une lettre anonyme voire un tract? L’AFP feint-elle d’ignorer que le défunt avocat avait maille à partir avec l’actuel président centrafricain et ses proches au motif qu’il menait des investigations pour étoffer le dossier concernant l’ex-chef rebelle Bozize?

Un avocat véreux

La fameuse «famille» feint d’ignorer que l’avocat Goungaye avait des fréquentations pour le moins dangereuses. Et qu’il s’est laissé instrumentaliser par certains milieux politiques congolo-centrafricains. A preuve, ce message électronique envoyé en date du 21 avril 2006, soit trois mois avant le premier tour de l’élection présidentielle en RD Congo. Le message est adressé à trois destinataires dont l’ambassadeur congolais à Bangui Mugaruka bin Rubibi (mugaruka@hotmail.com) et Léonard She Okitundu, alors directeur du cabinet présidentiel. L’objet est libellé comme suit : «JPB CPI». On peut lire : «Chers amis, je vous transmets les infos nécessaires à la très haute attention du PR. Merci de mettre 2 billets A/R à disposition sur AF, pour un départ le 22 avril de Bangui et retour le 24 avril via Douala pour A. Karim Meckassoua et Me Goungaye Wanfiyo Nganatouwa. Je confirme le rendez-vous avec Antoine qui a mon contact de Paris (...). Mes respects au PR et merci pour votre diligence.» Le "mail" émanait de l’ancien ministre centrafricain Abdou Karim Meckassoua. {Ndlr ajoutée lundi 7 septembre : l’ambassadeur de la RD Congo à Bangui s’appelle Mugaruka Bin Mubibi. Coïncidence?}. Les deux lettres «P.R» signifient président de la République. Il s’agit ici de Joseph Kabila. Celui-ci a donc été en contact avec certains acteurs centrafricains intéressés par le dossier Bemba. C’est connu, «Jean-Pierre» est «le meilleur ennemi » du «raïs». L’annonce de la libération provisoire sous condition du leader du «Chairmain» n’a pas manqué de susciter une psychose au sein du microcosme politique kinois en général et dans le clan kabiliste en particulier.

Au commencement était…l’affaire des pygmées

pygmee2En 1999, le MLC qui a vu le jour au mois de novembre 1998 dans la Province Orientale s’implante solidement dans une grande partie de la province de l’Equateur jusqu’à prendre le contrôle de Gbadolite. Suite à des mésententes entre ses «parrains» rwandais et ougandais, le RCD se disloque. Roger Lumbala (RCD-N), Antipas Mbusa Nyamwisi (RCD KML) font alliance avec le MLC. Les trois organisations créent le «Front de libération du Congo». Le RCD-K/ML a pour fief non seulement le pays Nande - à savoir Beni-Butembo – mais aussi l’Ituri. Après l’accession de Joseph Kabila à la tête de l’Etat en janvier 2001, Mbusa, par l’entremise de l’Angola, s’est rapproché du pouvoir de Kinshasa. Flairant cette «trahison», les forces du MLC et celles du RCD-N se sont emparées d’une partie du fief du RCD-K/ML. C’était en décembre 2002. Notons que les combattants du MLC ont été envoyés en RCA au mois d’octobre. Dès le 22 décembre de cette année, l’évêque Melchisedek Sekuli de Butembo accusa les troupes du MLC d’avoir forcé les prisonniers à manger de la chair humaine à Mambasa, dans l’Ituri. «Des troupes rebelles accusées de cannibalisme», titrait la presse internationale mi-janvier 2003. L’Abbé Apollinaire Malu Malu qui a participé aux travaux du Dialogue intercongolais en qualité de membre de la société civile est un proche à Mgr Sekuli. Coïncidence? La «nouvelle» est aussitôt relayée par RFI. L’information fait le tour du monde. Pourquoi l’évêque Sekuli n’a-t-il stigmatisé que le MLC alors plusieurs mouvements rebelles ont opéré en Ituri?

Le 13 janvier 2003, Joseph Kabila dramatise l’affaire : «Les crimes commis en Ituri ne sont pas de ceux que l’on peut camoufler et faire passer pour des faits d’armes, il ne faut pas imaginer que la justice ne sera pas saisie». Etrange leçon d’éthique de la part d’un homme soupçonné de participation aux côtés des troupes de l’Armée patriotique rwandaise au massacre des réfugiés hutus dans les forêts congolaises. Du Kivu à la province de l’Equateur. A New York, l’ambassadeur de la RD Congo auprès de l’Onu, Ileka Atoki, écrit au Conseil de sécurité pour demander la création d’un «tribunal international» pour juger notamment Jean-Pierre Bemba pour les «actes de génocide et autres violations graves du droit humanitaire» commis en Ituri.

Dans un article daté 21 février 2003, le quotidien conservateur français «Le Figaro» écrit : «Le président Ange-Félix Patassé dont le régime suit une voie de plus en plus autoritaire, est en butte, depuis fin octobre 2002, à une nouvelle tentative de coup de force, dirigée par l’ancien chef d’état-major, François Bozizé, aujourd’hui réfugié à Paris.» «Six jours de durs affrontements au centre de la capitale Bangui, ont été nécessaires pour repousser les assaillants. (…). Car, pour triompher, A.F. Patassé a dû faire appel aux troupes des unités spéciales des forces centrafricaines du colonel Abdoulaye Miskine et surtout aux combattants de son «frère» JP Bemba. Ce dernier, dirigeant du MLC, qui contrôle le nord de la RDC, a diligenté au moins 1.500 de ses hommes.»

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Dans son édition datée 15 janvier 2003, le quotidien bruxellois «La Libre Belgique», citant une dépêche de Belga, rapporte que des enquêteurs de la Monuc ont recueilli «plus de 300 témoignages» évoquant des «viols systématiques, exécutions arbitraires, pillages, cannibalisme et cannibalisme forcé.» Le rapport de Monuc de préciser que ces crimes sont imputables «dans la plupart des cas à des hommes des troupes du MLC et du RCD-N». La Mission de l’Onu au Congo connue pour son parti pris en faveur de Kabila a donc confirmé les «crimes».

Dans une interview accordée au même quotidien en date du 24 janvier 2003, Jean-Pierre Bemba – qui est loin de prendre toute la mesure de la gravité des faits – se contente de déclarer qu’il est victime d’une «campagne de déstabilisation». Campagne menée par qui et pourquoi? «Cette campagne est menée par un Etat disposant d’une radio internationale afin de me faire payer pour mon intervention en Centrafrique, où cet Etat a participé – j’en ai les preuves – à la déstabilisation du président Patassé, élu avec 53% pc des voix en 1999.» Bemba de conclure : «Et, comme par hasard ce serait depuis notre intervention en Centrafrique que nos hommes auraient commencé à manger de la chair humaine». Sur les entrefaites, les institutions de transition sont mises en place dès le 30 juin 2003. Jean-Pierre Bemba devient vice-président de la République chargé de l’Economie et des Finances.

Coup de théâtre

Le 13 septembre 2004, une délégation de pygmées est présentée à Kinshasa par les dirigeants du MLC. Elle est conduite par Angali Saleh, Amuzati Nzoki et Samuel Kalindula. Le trio se présente comme «membres de la communauté pygmée sur l’affaire du cannibalisme.» Pour l’essentiel, le groupe reconnaît avoir été manipulé par certains officiels. «(…), nous tenons à ce jour, à informer l’opinion nationale et internationale de ce qui suit : 1. (…). 2. Les déclarations que nous avions faites lors de notre premier voyage à Kinshasa l’avaient été sur incitation de certains politiques nationaux, lesquels nous avaient demandé de salir le nom de Monsieur Jean-Pierre Bemba, président du MLC, en confirmant que certains membres de la communauté pygmée de Mambasa avaient été mangés par les militaires du MLC soi-disant à la recherche de l’invulnérabilité.» 3. «Nous portons à l’attention de la communauté nationale et internationale que les personnes que nous avions déclarées à l’époque «tuées» et «mangées» par les militaires de Jean-Pierre Bemba (…) sont bel et bien vivantes jusqu’à ce jour (…)».

Lors de l’audience qui a eu lieu mardi le 27 avril dernier à la Chambre préliminaire II de la CPI, l’avocat de la République centrafricaine, Emile Bizon, a demandé aux juges de cette juridiction internationale «de ne pas renoncer au procès» de l’accusé Jean-Pierre Bemba Gombo comme l’a demandé la défense au profit des instances judiciaires centrafricaines. Selon cet avocat qui semble être plus politicien que juriste, «notre humanité aujourd’hui n’est pas en mesure de supporter l’impunité de tels actes que la CPI a été instituée». Cet avocat peut-il décemment dénoncer l’impunité alors qu’il reste reste muet sur l’absence des personnalités centrafricaines à CPI à La Haye? La présence de tous les protagonistes à la barre ne serait-elle pas la meilleure façon de combattre l’impunité?

On le voit, l’affaire Bemba n’a rien d’un dossier judiciaire. Cette affaire présente tous les contours d’une manipulation politique, diplomatique et médiatique. Honte à cette juridiction internationale dont l’instrumentalisation est plus que patente. La RFI, la FIDH et l’AFP seraient-elles, en réalité, des "petits soldats" au service des intérêts vitaux de la France? B.A.W

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