LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

28 octobre 2009

Bruxelles : Hewa Bora Airways indésirable !

IMG_0406Sans préavis, la compagnie aérienne privée congolaise HBA (Hewa Bora Airways) a été sommée de suspendre ses deux liaisons hebdomadaires sur la ligne Kin-Bruxelles et retour. Patron de la HBA, Stavros Papaioannou est inconsolable. Il dénonce des «pressions» exercées par certaines autorités belges sur son partenaire sao toméen. Très remonté, l’homme n’exclut pas d’intenter une action judiciaire. Contre qui ? Toute la question est là !

Samedi 24 octobre, Stavros Papaioannou, de passage à Bruxelles, a reçu ce genre de correspondance qui coupe net l’appétit. L’expéditeur se nomme l’INAC. Il s’agit de la Direction de l’aviation civile de la République de Sao Tomé-et-Principe. Ancienne colonie portugaise, le Sao Tomé a une superficie de 970 km² et habité par moins de 150 000 âmes. De quoi s’agit-il ? "L’INAC nous a signifié la suspension des opérations en Belgique", a déclaré «Stavros» à l’Agence Belga dénonçant, au passage, «une campagne de dénigrement» dont sa compagnie ferait l’objet dans la presse belge avec pour objectif de "salir injustement notre réputation, le tout pour préparer l’opinion belge à des mesures à notre endroit".

”Avions poubelles”

Une explication paraît nécessaire pour comprendre les tenants et les aboutissants de cet épineux dossier. Un dossier qui oppose depuis bientôt quatre ans l’administration du «commissariat» aux Transports de l’UE et cette compagnie congolaise dont les «malheurs» ont, en réalité, commencé en mars 2006 lorsque les services du Commissaire européen aux Transports, le Français Jacques Barrot, ont inscrit cette compagnie dans «l’annexe 2» de la liste qui regroupe les opérateurs aériens dont l’autorisation de survol du ciel européen est assortie de «restrictions». Hewa Bora Airways était ainsi tenue, pour cette liaison, de n’utiliser que son avion «Tri-Star». Dès ce moment, le président Papaiaonnu ne pouvait ignorer que son entreprise était tenue à l’œil par des Européens décidés à sanctuariser leur espace aérien en mettant en indexe tous les «avions poubelles» ou «cercueils volants», comme disent les Congolais.

En 2007, HBA a acquis un Boeing 767-266ER immatriculé en RD Congo sous le numéro 9Q-CJD. Cet avion est aussitôt mis en exploitation sur l’itinéraire Kinshasa-Bruxelles et retour. Pour une raison facile à deviner, l’appareil est «bloqué» en Europe durant une année.

hewabora_kivu«Black list»

Un malheur ne venant jamais seul, le 15 avril 2008, le DC-9 de Hewa Bora Airways, assurant la liaison Goma-Kisangani, s’écrase au décollage sur le quartier Birere à Goma. Nonante-quatre passagers étaient à bord. Bilan : plusieurs dizaines de morts. Une dizaine de survivants dont le pilote et le co-pilote. Ce crash avait provoqué l’émoi en Occident en général et en Europe en particulier.

Une semaine avant cet accident, l’Union européenne venait d’inscrire Hewa Bora sur la «black list» des compagnies aériennes interdites sur l’espace aérien de ses Etats membres. Adieu le partenariat annoncé entre HBA et Brussels Airlines dans le cadre de la nouvelle compagnie "Air-DC".

La RD Congo étant «blacklistée», les dirigeants de la HBA tentent de contourner l’obstacle. Dans un premier temps, la compagnie prend en location, en mai 2009, un Boeing 757 de la compagnie «Rakia» des Emirats. La direction de Hewa Bora décide dans un second temps d’abandonner cette option manifestement dispendieuse et de remettre en exploitation le Boeing 767-266ER. Le problème ? L’état technique de cet aéronef est «connu» des services belges de maintenance. Que faire ? C’est ici qu’a germé l’idée de trouver un pays tiers «non blacklisté» où re-immatriculer ce vieux «coucou».

Sao Tomé-et-Principe

Après des contacts fructueux avec l’Aéronautique civile de Sao Tomé-et-Principe, le Boeing 767-266ER obtient une nouvelle immatriculation : SQ-TOP. Interdit en Europe sous immatriculation congolaise, le même avion a désormais le feu vert avec sa nouvelle identité sao toméenne. Les vols sur l’itinéraire Kinshasa-Bruxelles sont relancés dès le mois de septembre de cette année. Pas pour longtemps.

Après la découverte de la «supercherie», les autorités belges ont, au nom de l’Union, exercé des pressions sur le pays d’immatriculation de l’avion en l’occurrence le Sao Tomé, le menaçant de le mettre sur la fameuse «Blacklist». D’où la notification transmise samedi 24 octobre au patron de Hewa Bora Airways par l’INAC. «Nous faisons face à un extraordinaire harcèlement», a déclaré «Stavros» joint au téléphone, mardi soir, à Kinshasa. Pour lui, Hewa Bora commençait à menacer les intérêts de la compagnie privée belge Brussels Airlines. «Notre avion était en règle au niveau des normes internationales, a-t-il ajouté. Nous sommes entrain d’examiner avec nos avocats la meilleure action à mener. Nous n’allons pas nous laisser faire.»

kabila_michel"Politisation"

Dans une déclaration faite à Belga, Stavros tente de politiser l’affaire en appelant à la rescousse les plus hautes autorités congolaises. Sera-t-il entendu? Pas sûr. «Stavros, commente un observateur des récentes relations belgo-congolaises, risque d’être déçu dans la mesure où Joseph Kabila paraît décidé à normaliser ses relations avec les dirigeants politiques belges. Hewa Bora ne vaut pas une nouvelle crise. D’ailleurs, le problème se pose plus au niveau européen que belge.»

Selon des sources à Kinshasa, la compagnie Hewa Bora ferait face à une «situation difficile» tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. «Au plan intérieur, explique une source, HBA est endettée jusqu’au cou. Le personnel de la compagnie est impayé depuis plusieurs mois. D’autre part, la Régie des voies aériennes détiendrait sur cette compagnie une créance estimée à plus ou moins 5 millions de dollars. La nouvelle direction de cette Régie exige désormais un paiement cash des redevances avant tout décollage des avions portant le sigle HBA». Au plan externe, il y a le problème de la non-navigabilité des avions portant le label «HBA». "Il est urgent que la RD Congo se dote d’un Code de l’air pour éviter ce genre de désagrément, remarque un expert. Le projet de loi ad hoc moisit sans raison au niveau du Parlement."

Face à cette situation grave, le président Stavros n’a pas exclu de «prendre des mesures sociales extrêmes". D’aucuns parlent déjà de la mise en «chômage technique» du personnel. Affaire à suivre.

B. A. W.

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