LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

11 septembre 2009

L’ANR : Sûreté de l’Etat ou police politique?

agents_jpgDepuis sa création au lendemain de la pseudo «libération» du 17 mai 1997, l’Agence nationale des renseignements a toujours fonctionné plus comme une police politique - à l’image de la Gestapo hitlérienne - qu’un service de Sûreté chargé de rechercher «à titre préventif» des informations intéressant la sécurité intérieure et extérieure de l’Etat. Chaque jour qui passe, l’ANR traque les adversaires politiques et tout autre contradicteur du «raïs». Dépendant de la Présidence de la République, cet organisme public échappe à tout contrôle démocratique et judiciaire : les arrestations ont lieu sans mandat ; la garde à vue dépasse souvent les délais légaux ; les cachots de l’ANR échappent au contrôle du Parquet. Depuis plusieurs mois, l’ANR a transformé les défenseurs des droits de l’Homme en cible privilégiée. Robert Ilunga Numbi, président de l’Ong les «Amis de Nelson Mandela pour les Droits de l’Homme» (ANMDH) vit actuellement un véritable calvaire. Scandaleux ! L’ANR est devenue une sorte de milice vouée à la défense des intérêts privés du «raïs».

A Kinshasa, Robert Ilunga Numbi, président de l’Ong «Les Amis de Nelson Mandela pour la Défense des Droits Humains» (ANMDH) ne sait plus à quel Saint se vouer. Arrêté sans mandat, lundi 31 août dernier par des agents de l’ANR, Ilunga a passé huit jours en garde à vue dans un cachot de la 5ème direction de l’Agence, sis avenue Haut Commandement, dans la commune de la Gombe. «La garde à vue ne peut excéder 48 heures, dispose le quatrième alinéa de l’article 18 de la Constitution de la RD Congo. A l’expiration de ce délai, la personne gardée à vue doit être relâchée ou mise à la disposition de l’autorité judiciaire compétente.»

Dans un communiqué daté mardi 8 septembre, l’association de défense des droits humains «La Voix des Sans Voix pour les Droits de l’Homme» (VSV) se dit «vivement préoccupée» par le transfert, ce même mardi, de «Robert» au parquet général de la République aux environs de 15 heures. A en croire la «VSV», ce «transfert tardif», n’a pas permis à un magistrat du parquet général de la République (PGR) d’auditionner le prévenu. A la surprise générale, le PGR n’a pas trouvé mieux que de mettre Ilunga à la disposition de la police judiciaire des parquets pour une nouvelle garde à vue en attendant un hypothétique interrogatoire prévu mercredi 9 septembre. Jeudi 10, on apprenait que le justiciable a été mis à la disposition du parquet près le tribunal de grande instance. La VSV y voit un «harcèlement judiciaire».

En vérité, le PGR a toujours redouté les agents de l’ANR. Et pourtant, les agents Sûreté nationale (ANR et la Direction générale de migration) sont statutairement des Opj (Officiers de police judiciaire) à compétence restreinte. «A ce titre, les agents de l’ANR sont placés sous l’autorité de l’officier du ministère public c’est-à-dire le Parquet compétent, commente un juriste. Le président de la République étant politiquement irresponsable, c’est une absurdité de prétendre que l’ANR relève de la Présidence de la République".

HRW_RDcongo_rapport« Intouchables»

Que reproche-t-on à ce militant des droits humains? Tout a commencé par une déclaration faite lundi 17 août par un groupe d’associations de défense des droits de l’Homme dénonçant les «traitements inhumains» que l’entreprise SGI (Société générale industrielle) dont le siège d’exploitation se trouve à Kasangulu infligerait à son personnel congolais. Rien à fouetter un chat jusque là. La société en question appartiendrait à un sujet libanais. L’affaire commence à se corser dans la mesure où «notre Libanais» serait le «protégé» d’une «grande Dame». Qui? C’est ici que les oreilles des pseudos «James Bonds» de l’ANR se sont tendues. En effet la «grande dame» dont question n’est autre que la "première dame" de la RD Congo, née Marie-Olive Lembe di Sita. Ceux qui aiment surfer sur le «Net» auront le loisir de découvrir que la firme SGI travaille en partenariat avec l’Ong «Initiative Plus Olive Lembe Kabange» (IPLK). Cette association s’est spécialisée dans la réfection notamment des complexes scolaires dans le cadre des … «Cinq chantiers du chef de l’Etat».

Quel est le problème? Le problème c’est que l’ANR tient à connaître «la source» qui a donné cette «information» à Ilunga Numbi. Celui-ci s’y refuse énergiquement. Nul ne sait combien de temps les nerfs d’Ilunga vont supporter cette rude épreuve dans ce pays où tous ceux qui se réclament du président de la République se considèrent au-dessus des lois. Les membres de la famille de Joseph Kabila seraient-ils devenus des «intouchables»? Au nom de quels principes? N’est-il pas sain, dans un Etat qui se dit démocratique, qu’un citoyen dénonce les errements des «puissants» du moment? Que vient la Sûreté nationale dans une affaire qui ne concerne en rien la sécurité publique et qui met au contraire à nu la légèreté autant que l’affairisme de certains membres de la famille présidentielle?

Selon des bonnes sources, vendredi 4 septembre, le président de l’ANMDH a été interrogé par le très redouté Kalev Mutond, ci-devant administrateur principal du département de la sécurité intérieure (DSI). Issu de l’ethnie lunda du Katanga, l’homme passe pour le véritable «boss» de l’Agence. Jean-Pierre Daruwezi Mokobe, l’actuel administrateur directeur général de l’ANR, natif de la Province orientale, ne détiendrait que les apparences du pouvoir. «Kalev n’éprouve que du mépris vis-à-vis des magistrats du parquet sous l’autorité desquels les Opj de l’ANR sont réputés agir», commente un ancien officier des renseignements.

police1bLes «petits soldats du raïs»

Investie d’une compétente restreinte, limitée à certains délits ou crimes touchant à la sécurité nationale, l’ANR, dans sa configuration actuelle, peine à rompre avec certaines mauvaises habitudes de ces prédécesseurs que sont le CND (Centre national de documentation), le CNRI (Centre national de recherche et d’investigation), l’AND (Agence nationale de documentation), le SNIP (Service national d’intelligence et de protection). Il ne se passe pas, en effet, un jour sans que les «barbouzes -maison» s’illustrent par des actes attentatoires aux droits et libertés.

Quelques cas à titre d’illustration.

Le 29 juillet 2008, Gabriel Mokia, président du Mouvement de Démocrates Congolais (MDCO) est arrêté, sans mandat, par des agents de l’ANR. Après cinq jours passés au cachot dans l’immeuble «Kin-Mazière», il est transféré au parquet de grande instance de Kinshasa/Gombe lequel l’inculpe de l’infraction d’"offense au chef de l’Etat". Au cours d’une intervention télévisée, Mokia avait dénoncé la détention irrégulière de plusieurs ressortissants de la province de l’Equateur. Après neuf mois de détention à la prison de Makala, le président du MDCO est condamné, le 21 avril 2009, à une peine de dix mois et quinze jours pour "incitation à la haine tribale", quatre mois "pour propagation de faux bruits", et huit mois pour "offense au chef de l’Etat".

Le 11 décembre 2008, John Lumbala Tshidika, ancien directeur des Ressources humaines à la Banque Congolaise (BC) est arrêté, sans mandat, par des agents de l’ANR agissant sur ordre de l’administrateur principal, Kalev Mutond. Celui-ci est réputé recevoir ses intructions directement de Joseph Kabila. Lumbala est accusé d’avoir fait parvenir des «informations confidentielles» au président de l’Apareco Honoré Ngbanda Nzambo ko Atumba, sur le contrat de partenariat CTC-Ofida. En vérité, "John" est l’homme qui en savait trop. Il a, malgré lui, assisté à la conception de ce projet alors qu’il travaillait à la BC. Au cours de conversations avec ses collègues, il a dénoncé l’"arnaque". Ce jeune cadre congolais n’a plus jamais été revu. Selon des sources à Kinshasa, sa famille continue à faire l’objet de harcèlement de la part des agents de l’ANR. Selon des indiscrétions, Joseph Kabila serait l’initiateur du fameux "deal" CTC-Ofida. Un contrat qualifié de «léonin» par certains parlementaires. Notons que l’Etat congolais avait versé la somme de 7,5 millions USD à la nébuleuse firme CTC au moment de la signature du contrat. L’épouse du ministre Raymond Tshibanda, ancien directeur du cabinet présidentiel, serait la «numéro 3» au sein de la CTC dont la mission serait d’apporter son expertise afin de permettre à l’Ofida «de maximiser ses recettes». Et pourtant. Depuis 2005, les statistiques publiées par l’Ofida laissent apparaitre que les recettes ont connu une «constante progression» jusqu’en 2008.

20000Le 4 février 2009, Steve Mbikayi président du "Parti travailliste" est arrêté au moment où des militants démarraient une marche pacifique pour protester contre contre l’entrée des militaires de la RDF (Rwandese defence forces) sur le sol congolais dans le cadre de l’opération conjointe "Umoja Wetu".

"Avant le début de la marche, note un communiqué de la VSV, des véhicules de police remplis de policiers de la Police d’Intervention Rapide (PIR) surgissent à la gare centrale. Ils encerclent les manifestants et procèdent à l’arrestation d’une trentaine de protestataires.

Le 4 mars, Norbert Luyeye Binzunga, président du parti politique «Union des Républicains» (UR), est arrêté, sans mandat, par des agents de l’ANR. Il est détenu au secret à la direction de Sécurité intérieure (DSI) et ne peut recevoir la visite des membres de sa famille et de son conseil. L’ANR reproche à Luyeye d’avoir proféré des «injures publiques» contre Joseph Kabila. Il y a donc «outrage au chef de l’Etat»

Agent de la SNCC (Société nationale des chemins de fer du Congo) et membre de la délégation syndicale, Mulumba Kapepula est arrêté samedi 7 mars 2009 à Lubumbashi par des agents de la section locale de l’ANR. Selon un communiqué de l’Asadho, l’homme est copieusement passé à tabac avant d’être enfermé dans un cachot. Il est accusé d’«outrage au chef de l’Etat" et d’"atteinte à la sûreté de l’Etat". Et ce, pour avoir dénoncé sur les antennes de la Radio France Internationale (RFI) les conditions de travail inhumaines des agents de la SNCC impayés depuis 36 mois "pendant que d’importantes sommes d’argent sont distribuées, par le chef de l’Etat, aux joueurs" de l’équipe nationale, suite à leur participation victorieuse à la première édition du championnat d’Afrique des nations (CHAN 2009).

Dimanche 15 mars dernier, Floribert Chebeya Bahizire, Dolly Ibefo Mbunga et Donat Tshikaya Malengu, respectivement directeur exécutif de la VSV et secrétaire exécutif national du Réseau national des Ongs des droits de l’Homme (Renadhoc), directeur exécutif adjoint de la «VSV» et chargé de réception au Renadhoc sont arrêtés par des agents de l’ANR. Ces militants des droits de l’Homme envisageaient d’organiser un sit-in pour « soutenir la démocratie » devant le Palais du peuple au plus fort du bras de fer Kamerhe-Kabila. Les protestataires avaient pourtant d’informé les autorités compétentes de l’organisation de cette manifestation pacifique. Chebeya et ses camarades vont passer 48 heures dans une des cellules de l’immeuble «Kin Mazière», siège de la DRGS (Direction des renseignements généraux et services spéciaux de la police).

Dimanche 23 août, quelques heures après l’assassinat du journaliste Bruno Koko Chirambiza à Bukavu, trois journalistes de la radio Moto Butembo-Beni (RMBB) sont arrêtés, sans mandat, par des agents de l’ANR à Butembo. Motif : diffusion en relais des émissions de RFI. Les interpellations ont été ordonnées par le chef de l’ANR-Butembo, un certain Alain Lifongola.

Le cas de Golden Misabiko est symptomatique des abus de pouvoir de l’ANR. Misabiko a tout connu : l’arrestation et la détention arbitraires, la clandestinité et l’exil. Président de l’Asadho/Katanga, "Golden" fait actuellement objet des poursuites judiciaires pour "diffamation" et "atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat" pour avoir, dans un rapport, dénoncé l’exploitation clandestine de la mine d’uranium de Shinkolobwe et exigé la publication du contrat signé entre la RD Congo et la firme française Areva en matière de recherche et d’exploitation d’uranium.

On apprenait dans la soirée de jeudi 10 septembre 2009 que Juvénal Kitungwa, ministre des mines et affaires foncières de la province du Katanga, a été arrêté tôt le matin à Lubumbashi par des agents de l’ANR/Katanga. Selon des sources, l’ordre serait venu de Kinshasa. Qui a donné cet ordre? Pourquoi? Des questions qui restent sans réponse.

2009_icc_childsoldiersUne organisation maffieuse

L’ANR fonctionne comme un espace de non-droit. Ceux qui ont été "embastillés" dans un des cachots de ce "service" font état d’une ambiance maffieuse qui y règne. "J’ai été détenu durant une cinquantaine de jours dans le cachot de l’ANR suite à un contentieux commercial avec un de mes associés originaire d’un pays du Moyen-Orient, témoigne un homme d’affaires congolais. Mon associé a appelé l’ANR à la rescousse et je me suis retrouvé au cachot". Selon plusieurs témoignages, les prévenus sont rançonnés. Ils doivent payer une certaine somme pour retrouver la liberté. Les commerçants ouest-africains seraient des "habitués" des cachots de l’ANR. "Après plusieurs semaines ou mois de détention, ces marchands sont généralement expulsés après avoir été délestés". Certains agents de l’ANR s’affichent souvent aux volants des véhicules "confisqués".

Lorsqu’un magistrat du parquet se montre un peu regardant sur les cachots de l’ANR, une réponse fuse: «Nous dépendons de la Présidence de la République et non du Parquet.»

La Sûreté a notamment pour mission de rechercher des informations susceptibles de prévenir des atteintes à la sécurité intérieure et extérieure d’un Etat. Les faits qui précèdent montrent bien que l’ANR est tout le contraire d’une Sûreté de l’Etat. L’ANR est une vulgaire police politique vouée au service d’un individu (Joseph Kabila) et d’un parti (le PPRD). Les agents de ce "service" se considèrent comme des "petits soldats" chargés de mâter les adversaires vrais ou supposés du "raïs".

Un défenseur des droits humains joint au téléphone, jeudi soir, à Kinshasa, n’a pu s’empêcher de marteler ces mots : "L’ANR constitue plus que jamais une grave menace pour les droits et libertés. Une grave menace qui appelle une résistance citoyenne, forte et résolue".

B. A. W.

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