28 juin 2008
Jean-Pierre Bemba reste en détention / L’ultime combat de Bemba ce mardi 1er juillet !
Le quadragénaire comparaîtra encore le 1er juillet devant la cour de cassation pour tenter d’obtenir la mise à néant de deux autres arrêts de la chambre des mises en accusation de Bruxelles.
La chambre des mises en accusation de Bruxelles a rejeté hier vendredi 27 juin la requête d’appel formée par Jean-Pierre Bemba et ses avocats contre une récente décision de la chambre du conseil de Bruxelles qui avait confirmé l’un des trois mandats d’arrêt. Le principal opposant au président de la RDC, Joseph Kabila, reste donc détenu à la prison de Saint-Gilles.
En dépit de la décision rendue aujourd’hui, Jean-Pierre Bemba reste en Belgique, il ne peut pas être transféré à ce stade à La Haye, selon Me Aimé Kilolo, avant d’ajouter que la défense attend une décision qui sera prise la semaine prochaine. A ce sujet, l’affaire sera appelée à l’audience de mardi devant la Cour de cassation. «Nous avons deux possibilités mardi. La Cour de cassation peut soit dire nous cassons la décision, cassation pure et simple sans renvoi et M.Bemba est libéré, soit de dire nous cassons, mais c’est une cassation avec renvoi. Ceci veut dire que l’affaire de la validité du mandat d’arrêt va de nouveau retourner devant une chambre de mises en accusation… », a conclu l’avocat de Bemba.
Ça passe ou ça casse ce mardi 1er juillet pour Jean-Pierre Bemba. Ou bien la Cour de cassation de Belgique met à néant toutes les décisions de la Chambre des mises en accusation de Bruxelles qui déclaraient recevable mais non fondée la requête de mise en liberté provisoire, ou bien elle confirme les deux arrêts qui trouvent l’incarcération de Bemba tout à fait justifiée.
Deux événements dominent l’actualité en ce début de week-end à Kinshasa. D’une part, il y a les festivités de commémoration de la 48ème année de l’indépendance du Congo, délocalisées ce lundi 30 juin 2008 à Kananga, chef-lieu de la province du Kasaï Occidental. L’exécutif national dans son ensemble, avec toute sa dépendance, a effectué le déplacement de Kananga. Un voyage coûteux, au moins une centaine d’officiels, critiqué par l’opposition qui estime que les maigres ressources dilapidées en terme de frais de mission et frais de risque auraient pu être utilisées à autre chose d’important. Par exemple à la lutte contre la vie chère. Des pressions au sujet de la réduction du train de vie de l’Etat ont resurgi.
Le Président Joseph Kabila place tous ses déplacements en province dans le cadre d’un rapprochement avec le Congo profond. C’est dans la même optique que les Conseils des ministres se sont tenus à Kisangani, Matadi, Bandundu, etc. Les stratagèmes autour du Président Kabila avaient pensé qu’après le clivage Est-Ouest à l’issue des élections de 2006, la tenue des Conseils des ministres dans différents chefs-lieux des provinces et la multiplication des descentes sur terrain étaient une panacée.
Apparemment, la stratégie paie puisque d’après des sondages, commandités par on ne sait qui et organisés on ne sait comment pour des mobiles ignorés, la côte de popularité du Chef de l’Etat croît. Une montée à attribuer à l’arrivage des matériels chinois et au lancement des grands travaux dans le cadre des cinq chantiers. A dire vrai, avec ses déplacements répétés en provinces, Kabila a su parler au peuple. Son père le faisait très bien. Entre les deux hommes, ce sont deux styles différents.
Les déboires de Jean-Pierre
Le deuxième sujet de conversation des Kinois surtout, ce sont les démêlées judiciaires de Jean-Pierre Bemba devant les juridictions occidentales. Cela fait déjà plus d’un mois que les Congolais ne savent pas si l’adversaire du Président au deuxième tour de la présidentielle de 2006 sera transféré à la Haye pour être jugé par les juges de la CPI. Jean-Pierre Bemba est incarcéré à Bruxelles sur un mandat d’arrêt de la CPI qui reproche des crimes commis par les troupes du MLC à Bangui entre 2002 et 2003.
Bemba se bat encore.
Ses avocats : Me Philippe Marcus-Helmons, Me Claude Bontinck et Me Pierre Legros, pour ne citer que ceux-ci, seront ce mardi 1er juillet devant la Cour de cassation de Belgique pour tenter d’obtenir l’annulation des arrêts défavorables à Jean-Pierre rendus par la Chambre des mises en accusation de Bruxelles. Difficile d’anticiper sur la suite des événements. Même si la Chambre des mises en accusation de Bruxelles a jugé justifiée la détention prolongée de Jean-Pierre Bemba. Mais celui-ci est du genre à se battre jusqu’au bout. Kengo, Président du Sénat, avait reconnu les qualités exceptionnelles de Jean-Pierre lors de son ralliement en octobre. O.M/La Prospérité
Nord-Kivu, Sud-Kivu, province Orientale / Situation toujours tendue à l’Est
Le Programme Amani censé amener la paix dans les Kivu en est encore aux premiers balbutiements. La localité de Mutabo, dans le Rutshuru, a enregistré la violation du cessez-le-feu par les FARDC et le CNDP. En province Orientale, les Maï-Maï ont attaqué les FARDC dans le territoire de Bafwasende. 18 soldats, plus de 30 Maï-Maï et un civil tués. Mille personnes déplacées. La situation est à ce point volatile, dans l’Est, qu’elle exige des réactions aussi rapides que pragmatiques.
C’est désormais classique. Pas d’actualités de la RDC, chaque jour, sans l’annonce de nouveaux combats opposant soit les Forces armées de la République aux groupes armés. Soit les groupes armés entre eux. Ceci démontre combien est précaire la situation sécuritaire tant au Nord-Kivu qu’au Sud-Kivu ainsi que dans la province Orientale. En témoigne le dernier point de presse tenu le mercredi 25 juin 2008, par Alan Doss, le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en RDC et chef de la Monuc.
Le cessez-le-feu a été violé à Mutabo (Rutshuru), la semaine dernière, à la suite des affrontements entre les Forces armées de la République (FARDC) et les miliciens du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de L. Nkunda. Bien que l’escalade d’actions militaires ait été évitée par la mise en œuvre du Mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, la situation, selon Alan Doss, «reste tendue entre les FARDC et le CNDP».
Une mission d’information de la Monuc et de la Facilitation internationale, composée de civils et de militaires, a dû se rendre à Rutshuru et à Bunagana (Nord-Kivu) le 19 juin. Soit un jour après les incidents de Mutabo. De l’avis du Représentant spécial de Ban-Ki moon, les affrontements de Mutabo représentent «les premiers accrochages sérieux entre les FARDC et le CNDP après la signature de l’Acte d’engagement du 23 janvier 2008, et depuis les combats de décembre 2007 dans les territoires de Masisi et de Rutshuru».
TENSION PERMANENTE
Au Nord-Kivu, la tension est permanente et le calme précaire. Alan Doss révèle que les installations de la Monuc, à Rutshuru, ont été visées les 23 et 24 juin 2008 par plusieurs centaines de manifestants. Ils exigeaient le retrait de la Force de la Monuc de Mutabo, afin que les FARDC y retournent après s’en être retirées le 22 juin.
Cette agitation ne s’est pas terminée sans préjudice. Le chef de la Monuc donne le bilan : «Au moins une personne a été tuée par les forces de l’ordre quand les manifestants ont jeté des pierres vers le cortège du vice-gouverneur du Nord-Kivu, qui s’était déplacé à Rutshuru pour visiter les installations de la Monuc».
En outre, durant les manifestations, «plusieurs personnes ont été blessées, dont deux par balles ; 6 Casques bleus ont également été blessés par le jet des pierres». Pas plus tard que dans la nuit de jeudi à vendredi, des tirs ont été entendus à Kabare et à Bagira. Cette fois, ce sont les soldat de la 14ème brigade FARDC intégrée qui s’étaient mis à tirer
Pendant que les accrochages opposent les FARDC aux hommes de L. Nkunda au Nord-Kivu, la province Orientale revient sur la sellette. Cette fois, ce sont les Maï-Maï du major Luc qui ont, le 17 juin, attaqué les FARDC de la 9ème Région militaire basée dans la zone minière d’Elonga, en territoire de Bafwasende. L’attaque est survenue deux semaines après l’arrêt officiel des opérations militaires lancées contre eux.
Selon le Représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, les actions Maï-Maï ont fait plusieurs tués depuis fin mai: 18 soldats des FARDC, plus de 30 Maï-Maï et un civil. Autre conséquence collatérale des combats, la situation humanitaire est préoccupante à Bafwasende, qui compte environ 1000 personnes déplacées, en quête d’assistance.
La province Orientale est, en outre, confrontée à un autre problème sécuritaire : il s’agit de la présence sur son sol des éleveurs nomades, les Mbororo, venus du Soudan. Leurs rapports avec les populations locales sont de plus exécrables. Le gouvernement de Kinshasa n’a pas encore trouvé un compromis avec celui de Khartoum pour régler la question.
Que ce soit en province Orientale ou au Kivu, la situation demeure préoccupante. Six mois après la signature, en janvier 2008 à Goma, de l’Acte final de la Conférence pour la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Kivu, l’espoir soulevé à l’époque dans la population est retombé. En mai et juin, selon la Monuc, des violations sporadiques du cessez-le-feu ont été signalées. Comme d’habitude, les signataires de l’Acte d’engagement de janvier 2008 se rejettent mutuellement la responsabilité des escarmouches et des lenteurs.
Scénario classique, le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), les groupes Maï-Maï et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont régulièrement impliqués dans des escarmouches entre eux ou avec les Forces armées de la RDC. Le recrutement forcé d’enfants soldats par des Maï-Maï est constamment dénoncé par la Monuc.
Quant au Programme Amani (la paix, en swahili) décidé lors de la conférence de Goma et destiné à sécuriser et à reconstruire les deux Kivu, il n’a été mis en place que le 3 avril. Par ailleurs, les travaux de la Commission technique mixte Paix et Sécurité ont été interrompus en raison de désaccords sur la représentation des groupes, avant de reprendre le 13 juin. Concernant la Sous-commission humanitaire et sociale, centrée sur le sort des déplacés et réfugiés, elle poursuit ses travaux.
En dépit de ces signaux contradictoires sur le terrain, le processus de paix se poursuit avec, néanmoins, beaucoup d’atermoiements. Les officiels sont certes moins pessimistes, affirmant que la paix ne s’obtient pas du jour au lendemain. Mais les populations locales, elles, attendent désespérément le retour de la paix. Le Potentiel
La tragédie de Gizenga !
Le mariage contre nature qui relie Joseph Kabila à Antoine Gizenga ne tiendra plus longtemps. Combattu dès sa formation, le couple est poussé au divorce. Nombreux au sein de l’AMP souhaitent que la rupture intervienne autour du 30 juin prochain. Ainsi, dit-on, Gizenga devait endosser tous les échecs de l’exécutif. Tout ce qui a marché est mis sur le compte du Président Kabila. Gizenga, dans son propre parti, doit gérer la guerre des clans qui vient d’aboutir à l’éviction de Mayobo, principal négociateur du PALU à Sun City.
Après le test de popularité que le Président Joseph Kabila vient de passer, avec succès, sur les terres d’Antoine Gizenga, dans les grands centres urbains de la province de Bandundu, certains observateurs notaient que Gizenga pourrait encore rester à la Primature pendant six mois sans subir trop de pressions. L’accalmie n’aura été que de très courte durée. Des rumeurs de plus en plus pressantes font état d’un imminent remaniement ministériel.
On le situe autour du 30 juin prochain, le jour de l’indépendance de la RD Congo. Le remaniement supposé ne devrait, logiquement, pas intervenir avant lundi prochain pour ne pas gâcher la fête. Si Joseph Kabila, qui, selon ses collaborateurs, ne gère jamais de dossiers sous la pression de qui que ce soit, arrivait à remanier le Gouvernement, va-t-il se limiter à remplacer les ministres défaillants, ceux qui sont fréquemment invités à l’Assemblée nationale, ou le Chef de l’Etat frappera très fort jusqu’à la déchéance complète de Gizenga II ?
Beaucoup de cadres de l’AMP n’hésiteraient pas à opter pour la deuxième hypothèse. On reproche à Gizenga l’absence de visibilité, le faible leadership et l’inefficacité. On ajoute que le Premier a le Président Kabila seul au front lors des situations difficiles. La faiblesse de Gizenga aurait fait trébucher la République d’un régime semi-présidentiel au présidentiel. Les chrysanthèmes, c’est le Président qui les inaugure.
Le Premier ministre, semble-t-il, dort beaucoup. Il se dit dans des officines que si Kabila n’agit pas maintenant, il sera de toute évidence tenu à l’obligation des résultats. Comme quoi, le Président n’aurait pas de bilan à défendre en 2011 quand viendront de nouvelles échéances électorales. Tout cela, avance-t-on, à cause de ‘‘l’immobilisme’’ du Patriarche Gizenga.
Si on juge objectivement l’action, le bilan de deux ans est négatif. Les promesses électorales sont loin de se traduire en actions. La promesse d’une vie meilleure est toujours repoussée pour le congolais. Les cinq chantiers manquent de visibilité. Il faut donc que les choses bougent. Le cocotier doit être secoué. Tous les analystes sérieux sont unanimes pour dresser le bilan négatif de l’institution exécutive nationale. Certains ne partagent pas les attaques personnelles contre Gizenga.
Pourquoi ?
On rappelle que les faiblesses de Gizenga étaient connues bien avant l’accord électoral du Grand Hôtel Kinshasa. On savait que Antoine était vieux, très vieux même. Physiquement, à 84 ans, on est limité. Quelqu’un raconte que lors des tractations pour convaincre Gizenga de soutenir Kabila au second tour de la présidentielle du 29 octobre 2006, le Patriarche aurait reconnu ses limites.
Le fait qu’il soit resté des décennies durant à la touche, l’expérience réduite dans la gestion des dossiers, la gestion des stress du pouvoir, etc. Il semble, selon la même source, que Gizenga, par humilité, avait demandé à celui qui allait devenir le premier Président élu du Congo, de ne jamais se gêner pour lui procurer des conseils, le cas échéant, lui formuler des remarques.
Question.
Pourquoi Gizenga, en dépit de ses faiblesses connues, était appelé à la rescousse ? Il devait combler un déficit. La donne géopolitique. Le fameux clivage Est- Ouest. Avec l’arrestation de Bemba par la CPI, l’affaire BDK au Bas-Congo, le limogeage de Gizenga sera facile à gérer ?




