LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

23 juin 2008

Affaire BDK : le rapport de l’ONU est accablant pour le système Kabila

_1123006_joseph_kabila_afp300Au cours d’un point de presse tenu mardi 17 juin, le ministre congolais de l’Information et porte-parole du gouvernement, Emile Bongeli, a fustigé, sans convaincre, le rapport rédigé par les experts de l’ONU. Le document fait état de graves violations des droits de l’homme commis par des éléments de la police nationale congolaise (PNC) lors de l’opération dite du «rétablissement de l’autorité de l’Etat» lancée aux mois de février et mars derniers, au Bas-Congo. Le «bataillon Simba» de la police nationale est particulièrement stigmatisé. Cette unité, composée essentiellement des militaires venus de la Force aérienne congolaise au même titre que l’actuel patron de la police nationale, John Numbi, a participé aux opérations. Numbi est sur la sellette. Sans oublier l’inspecteur provincial de la police au Bas-Congo, Raüs Chalwe Ngwashi. Les deux hommes dépendent directement de Joseph Kabila…

"Le gouvernement entend protester avec la dernière énergie auprès du secrétaire général des Nations unies contre la légèreté de ce rapport, l’instrumentalisation de ce dossier et la politisation à outrance de cette situation qui a failli mettre en péril la vie de la République", déclarait le ministre Bongeli qui a manifestement raté l’occasion de se taire au regard de la gravité des révélations contenues dans ce document qui s’articule sur 36 pages. En gros, les autorités congolaises reprochent aux enquêteurs onusiens d’avoir conclu à un bilan de 100 morts au lieu des 27, selon la version officielle. De même, de "passer sous silence la persécution des victimes des adeptes de BDK" et de "dénier" au gouvernement congolais "le droit de sécuriser la population menacée par une horde des drogués et d’illuminés (...)". Pour le ministre de l’Information, ce rapport, qu’il qualifie dédaigneusement de «fameux document», n’a été confectionné «apparemment» que «pour accabler le gouvernement». En réalité, le rapport rédigé par l’Equipe multidisciplinaire des Nations Unies met à nu l’existence d’un système répressif bête, brutal et méchant. Une sorte de terrorisme d’Etat. Contrairement aux affirmations du porte-parole du gouvernement, le rapport note en son point «43», ces mots : «Il n’y a aucun doute que les membres du BDK, et le BDK en tant que groupe, ont commis des graves infractions pénales. (…).». Il est fait état également des tensions entre les membres du BDK et des autorités locales. Il y est relaté que des adeptes de ce mouvement politico-religieux se seraient arrogés les pouvoirs de l’Etat dans certains villages à Seke Banza et Luozi. Un commandant local de la PNC a été tabassé ; deux personnes accusées de sorcellerie ont été brûlées vives à Kinkenge et Bethelemi. Début mars dernier, un officier des Forces armées congolaises a été tué à Kibanzi.

«Bataillon Simba»

Tous ces faits criminels ont été imputés aux partisans de BDK sans qu’une enquête judiciaire préalable ait été ouverte pour identifier les auteurs matériels des infractions afin de les déférer devant les juridictions compétentes. Et ce en vertu du principe de présomption d’innocence. «Le Bundu Dia Kongo est une organisation terroriste», c’est la conclusion tirée par certaines autorités locales. C’est ici qu’est né l’idée de lancer une opération policière. Selon l’inspecteur général de la PNC, dans un premier temps, l’objectif initial était de procéder à l’arrestation des auteurs des meurtres. C’est la «résistance» des adeptes du BDK qui a amené le ministre de l’intérieur a envisagé une vaste opération destinée à «rétablir l’autorité de l’Etat». Quelle unité de la police a été chargée d’accomplir cette mission ? C’est une compagnie de la bien nommée «PIR» (Police d’intervention rapide) qui comptait dans ses rangs des éléments du fameux « bataillon Simba». Ce bataillon est constitué uniquement d’anciens soldats des Forces aériennes réunis au sein de la PIR en une unité anti-terroriste. Qui commandait les forces de l’ordre ? Le rapport est formel : le commandement opérationnel a été assuré par le «général» Raüs Chalwe Ngwashi. Celui était assisté par le colonel Vumi et du major Flori de la PNC Matadi. Le bataillon Simba, lui, était commandé par le major Christian Ngoyi, un ancien officier de la Force aérienne. «La décision de recourir à des officiers des forces spéciales de la police ayant bénéficié d’un entraînement et d’une formation essentiellement militaire était, au mieux, une erreur d’appréciation et, au pire, une décision délibérée de conduire une opération de type militaire visant à punir le BDK (…)», peut-on lire au point «47» du rapport. Quels types d’armes ont été utilisés ? Les enquêteurs rapportent avoir récupéré des douilles de calibre 7.62x 54 mm provenant de mitrailleuses légères ou de type «PK». Selon le rapport, le PK3 est une arme alimentée par bande de cartouches dont la cadence de tir est de 600 coups par minute, pour une portée de 450 mètres. Il est fait état également de grenades à fortes charges explosives de 40 mm qu’on peut tirer à partir d’un AK47 ou AK74, équipé d’une lance grenade. Il s’agit des grenades offensives qui peuvent tuer ou mutiler. Au point «53», il est écrit : «Un nombre très important de balles provenant d’armes de combat de type militaire et d’autres armes ont été tirées à l’encontre des membres du BDK qui ne détenaient aucune arme à feu.» Ajoutant : «L’Equipe a pu vérifier que ces armes ont été utilisées à l’encontre de membres du BDK qui se trouvaient parfois à une distance de 100 mètres de la PNC et alors que ceux-ci ne constituaient pas une menace imminente à la vie des policiers.»

Enquête judiciaire

Les autorités locales affirment que les partisans du BDK étaient armés de fusils de chasse de calibre 12 de fabrication artisanale. L’Equipe n’a trouvé aucune preuve pour confirmer ces allégations. Qu’en est-il des victimes ? L’enquête fait état de 100 morts «au moins», principalement des partisans du BDK. «Ce lourd bilan, en termes de perte des vies humaines a été principalement causé par l’usage excessif ou illégitime de la force par la PNC et dans quelques cas, par des exécutions arbitraires, note le rapport. Ces cas d’exécutions des détenus ou d’autres personnes qui ne posaient (ou qui ne posaient plus) aucun risque à la PNC sont particulièrement préoccupants. Le fait que la PNC ait jeté des cadavres dans les rivières pour chercher à dissimuler des preuves est aussi très troublant». Il y a eu 150 arrestations. Les victimes ont fait l’objet d’actes de tortures, de traitements cruels, inhumains et dégradants. Quid des dégâts matériels ? Selon le rapport, au moins 200 édifices (églises, maisons etc.) ont détruits dans plusieurs villages. Des soldats étrangers ont-ils participé à ces opérations ? C’est en tous cas ce que rapportent certains témoins qui font état des policiers qui parlaient en langue portugaise. Une information non confirmée. Les enquêteurs de l’ONU recommandent au gouvernement congolais de diligenter une «enquête approfondie et impartiale sur les «crimes et violations graves des droits de l’homme» présentés dans le rapport. Une telle exhortation n’est-elle pas une manière insidieuse d’aboutir au classement sans suite de ce dossier criminel ? Il est connu que la justice congolaise est inféodée au pouvoir. A preuve, Joseph Kabila a procédé à la nomination de plusieurs hauts magistrats – dont le procureur général de la République et le premier président de la Cour suprême de justice – en violation de la Constitution. Quel degré d’indépendance peut-on escompter de tels magistrats ? La Mission de l’ONU au Congo s’est dite prête à apporter son concours aux enquêteurs congolais. Pour rendre justice aux victimes et essayer, autant que faire se peut, de mettre fin au cycle de l’impunité dans ce pays, ne faudrait-il pas envoyer ce dossier au Bureau du procureur près la Cour pénale internationale ?

B. A. W.

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