LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

06 juin 2008

Affaire Bemba : Une manipulation politico-judiciaire ?

610xLa Chambre de mise en accusation de la Cour d’appel de Bruxelles a confirmé jeudi 5 juin le maintien en détention de l’ancien vice-président de la République et sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo. Selon des experts, il appartient désormais à la Cour pénale internationale de «formaliser» la procédure de transfert du détenu à La Haye.

La nouvelle a été diffusée aux journaux télévisées de 13 heures, ce jeudi 5 juin : «La Chambre de mise en accusation a décidé le maintien en détention de l’opposant congolais Jean-Pierre Bemba». C’est la décision prise par cette section de la Cour d’appel de Bruxelles après examen du recours introduit par les conseils de Jean-Pierre Bemba Gombo contre le refus opposé par la Chambre du conseil d’accorder à celui-ci une libération provisoire. Arrêté à son domicile de Rhode-Saint-Genèse dans la soirée du samedi 24 mai, le sénateur Bemba reste donc en détention provisoire. «La procédure va se poursuivre pour formaliser le transfert du détenu vers la Cour pénale internationale à La Haye», explique un juriste. En clair, la balle est désormais dans le camp de la Cour pénale internationale (CPI). Celle-ci doit pouvoir envoyer une «demande formelle» afin de permettre à la justice belge de rendre «définitif» le mandat d’arrêt. Selon des experts, la procédure pourrait prendre deux à trois mois. Au cours d’un point de presse tenu mardi 3 juin, Mme Bemba, née Liliane Teixeira, a déclaré que cette arrestation est une «cabale, montée par les adversaires politiques de mon mari». En effet, il est notoire que le président du MLC (Mouvement de libération du Congo) se préparait depuis quelques semaines à rentrer à Kinshasa en prévision de la désignation du porte-parole de l’opposition. Les adversaires politiques de Bemba ont-ils «désinformé» le procureur Moreno Ocampo de la CPI sur l’imminence d’une «fuite» de ce dernier vers une «destination inconnue»? Qui sont ces adversaires ? Selon des sources bien informées, c’est un proche conseiller de Joseph Kabila qui a fourni à la CPI des «informations» selon lesquelles le leader du MLC se préparait à trouver refuge dans un pays non signataire du Traité de Rome créant cette juridiction internationale. Il est fait état des Etats-Unis ou de la Libye. Selon une source proche des «services» jointe au téléphone à Kinshasa, «le dossier Bemba est géré par la Présidence de la République.»

«Opération Bemba»

Dans son édition n°2473 datée 1er au 7 juin, l’hebdomadaire parisien «Jeune Afrique» ne dit pas autre chose : «L’opération Bemba a été anticipée à la suite de renseignements fournis par les autorités de Kinshasa.» Si ce fait était confirmé, on se trouve en face d’un cas de manipulation politico-judiciaire. Une manipulation qui vise non pas le triomphe de la justice mais bien l’élimination d’un adversaire politique. Il y a lieu de craindre que la décision judiciaire à rendre par la CPI dans cette affaire ne soit nullement exempte de mêmes vices. En octobre 2002, deux mille combattants du MLC sont envoyés en République Centrafricaine (RCA) à l’appel du président Ange-Félix Patassé, confronté à une tentative de coup d’Etat. Ce contingent sera placé sous le commandement de Patassé et du colonel Bombayake, chef de l’Unité de sécurité présidentielle (USP). Ce sont ces derniers qui auraient ciblé trois quartiers de Bangui où se seraient «infiltrés» les rebelles du général François Bozize. Il s’agit de : Gobongo, Boy-Rabé et Fou. Selon des sources, Patassé communiquait régulièrement au téléphone avec «son fils» Bemba. De quoi parlaient-ils ? Seul, l’ancien président centrafricain, exilé au Togo, pourrait répondre à cette question. Pour le moment, l’homme coule des jours plutôt tranquilles à Lomé. Début 2003, des informations ont commencé à faire état d’atrocités commises par les soldats du MLC lors de cette expédition. Dans une lettre, datée 4 janvier 2003, adressée au général Lamine Cissé, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RCA, le président du MLC commence par rappeler que c’est «à la demande du président élu» de la RCA que «les troupes du MLC sont intervenues dans ce pays, à dater du 27 octobre 2002 pour protéger les institutions menacées de déstabilisation par une tentative de coup d’Etat et sauver un président élu et des membres de sa famille qui étaient en situation périlleuse». «Notre intervention dans ce pays a donné lieu à plusieurs réactions négatives, réactions principalement orchestrées par ceux-là mêmes qui souhaitaient déstabiliser le régime de Bangui», ajoute-t-il. Une allusion pour le moins limpide à la France de Jacques Chirac.

Un dossier vide

«Au stade actuel des informations en ma possession, et sauf preuve contraire, je suis fondé de croire qu’il y a eu manipulation et désinformation de l’opinion publique» souligne le «Chairman» en signalant néanmoins avoir ordonné l’arrestation de huit militaires dont le comportement à Bangui «s’est avéré contraire aux consignes données tant aux officiers qu’aux hommes de troupe avant leur départ (…).» En guise de conclusion, il écrit : «Je vous adresse la présente pour solliciter votre concours dans des investigations à mener tant auprès des populations concernées que des communautés religieuses et autres organisations non gouvernementales crédibles, en vue de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé sur le terrain. (…).» Dans sa réponse datée 27 janvier 2007, le général Cissé note : «Conformément à vos souhaits, j’ai, dès réception de votre correspondance, porté son contenu à la haute attention du Secrétaire général des Nations Unies. Je reste à votre disposition pour toute initiative allant dans le sens d’une enquête.» On le sait, suite à la pression exercée par la Cellule africaine de l’Elysée, relayée par les présidents Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville et Omar Bongo du Gabon, le MLC a été contraint de retirer ses troupes de la RCA, début mars 2003. Ce qui devait arriver arriva : le 15 mars, Ange-Felix Patassé est renversé par le même Bozizé. Jean-Pierre Bemba et les membres du staff du MLC avaient-ils minimisé la gravité de l’affaire ? Au cours d’un débat animé dans un auditoire de l’ULB, fin 2007, Fidèle Babala, directeur de cabinet de Bemba, n’avait-il pas déclaré ces mots au sujet de l’intervention des troupes du MLC en RCA : «Je suis juriste de formation. Il y a eu une plainte du gouvernement centrafricain. J’ai été à La Haye. Le dossier est vide.» Une position qui est loin d’être partagée par le procureur Moreno Ocampo. Une chose paraît sûre : JP Bemba est poursuivi non pas pour des crimes commis personnellement mais pour des faits imputables à des hommes qui relevaient de son autorité.

B. A. W.

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