04 juin 2008
Belgique-congo : mettre fin au combat des chefs
Comment dit-on « rastrins » en swahili, en lingala ou en néerlandais ? A Bruxelles ou à Kinshasa, il est temps de calmer le jeu, de ne plus s’enfermer dans un combat de chefs. Il ne peut que nuire à la population congolaise au nom de laquelle tout le monde prend position. Il risque de décourager les innombrables bonnes volontés qui, au Nord comme au Sud de la Belgique, s’activent dans des projets, des solidarités, des partages…
Car même si De Gucht devait avoir raison, avant tout le monde ou contre tout le monde, il n’est ni un prophète ni un évangéliste mais un politique. Et à ce titre, le fait d’obtenir les résultats inverses de ceux qu’il souhaite démontre qu’il a tort. Qu’il doit revenir sinon sur son jugement, du moins sur ses propos et son attitude, faire acte de souplesse et de diplomatie. Sinon, c’est la Belgique qui risque de se trouver isolée, sinon ridicule, dans sa position de donneuse de leçons universelle…
Quant au président Kabila, tout le monde a compris qu’il avait été blessé, humilié, en tant que personne, mais aussi dans les fonctions symboliques qu’il occupe. Il ne pouvait laisser passer l’offense, sous peine d’être accusé de faiblesse. Mais tout de même : on aimerait qu’il consacre autant d’énergie à mettre de l’ordre dans son entourage qu’à faire connaître son déplaisir aux Belges. Qu’il contraigne ses proches à cesser de se dénigrer les uns les autres. L’opinion le soutiendra si soudain il se décidait à écarter ou à faire traduire en justice des hommes dont tous citent les noms lorsqu’il s’agit de dessous de table, de contrats léonins, de combines politiques. Car s’il ne met pas d’ordre dans sa cour, il sera soupçonné d’avoir utilisé la crise avec la Belgique comme un dérivatif. Déjà utilisées du temps de Mobutu, de telles échappatoires sur fond de nationalisme n’avaient pas convaincu grand monde et la crise belgo-congolaise de 1989 avait marqué le début de la fin du régime. Aujourd’hui, la meilleure, la seule réponse qu’il faut apporter à De Gucht n’est pas de fermer les consulats, mais de démentir ses critiques avec des faits : payer les militaires, répondre à la crise alimentaire et énergétique, sanctionner corrompus et corrupteurs. Rendre l’espoir à une population désenchantée…
Le Soir
Barack Obama, premier Noir à pouvoir briguer la Maison Blanche
Le candidat a remporté dans la nuit l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine même si Hillary Clinton n'a pas encore reconnu sa défaite.
Barack Obama a remporté hier dans la nuit l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine de novembre, devenant ainsi le premier Noir à avoir une chance de gagner la Maison Blanche, mais Hillary Clinton a refusé de reconnaître sa défaite.
"Cette nuit, après 54 difficiles consultations, notre saison de primaires arrive à son terme (...) Cette nuit, je peux dire devant vous que je serai le candidat démocrate pour la présidence des Etats-Unis", a affirmé le sénateur de l'Illinois devant des milliers de partisans rassemblés dans le palais des expositions de Saint Paul (Minnesota, nord).
"La route sera longue. Je fais face à ce défi avec une grande humilité et en connaissant mes propres limites. Mais je fais aussi face à ce défi avec une foi sans limite dans les capacités du peuple américain", a ajouté Barack Obama.
Rendant un hommage appuyé à Hillary Clinton, il a assuré que le parti démocrate serait uni en novembre. "La sénatrice Clinton a fait l'histoire dans cette campagne (...) Notre parti et notre pays sont meilleurs grâce à elle, et je suis un meilleur candidat pour avoir eu l'honneur de faire campagne contre Hillary Rodham Clinton", a-t-il dit sous les applaudissements.
L'essentiel de son discours a été consacré à une attaque contre son adversaire républicain John McCain qu'il a accusé de vouloir poursuivre la politique de George W. Bush. "Il est temps de tourner la page des politiques du passé", a-t-il dit.
Les rivaux démocrates ont chacun remporté une des deux dernières primaires qui avaient lieu hier. Hillary Clinton a remporté le Dakota du Sud (nord) et Barack Obama le Montana (nord-ouest).
Sans attendre le résultat de ces deux consultations, Barack Obama était assuré d'avoir suffisamment de délégués pour revendiquer l'investiture démocrate.
Mais, à New York, Hillary Clinton a refusé de reconnaître sa défaite. "Je ne prendrai pas de décision ce soir", a-t-elle dit devant ses partisans qui chantaient: "n'abandonne pas, n'abandonne pas".
"Je comprends que beaucoup de gens se demandent: que veut Hillary ?", a-t-elle dit avant de répondre qu'elle voulait "ce pourquoi (elle s'est) toujours battue dans cette campagne". "Je veux la fin de la guerre en Irak, je veux que l'économie redémarre, je veux une assurance santé pour tous les Américains", a-t-elle dit.
"Je veux que les quelque 18 millions d'Américains qui ont voté pour moi soient respectés, entendus et qu'ils ne comptent pas pour rien", a ajouté la sénatrice de New York.
Hillary Clinton n'est plus en mesure d'inverser l'issue de la course à l'investiture démocrate... sauf si les "super délégués" qui ont majoritairement choisi Barack Obama reviennent sur leur décision.
L'hypothèse qu'Hillary Clinton devienne la candidate à la vice-présidence, au côté de Barack Obama, a été évoquée lors d'une conférence téléphonique entre l'ex-Première dame et des parlementaires de New York. Le directeur de l'équipe de campagne d'Hillary Clinton, Terry McAuliffe, a souligné qu'elle représentait "un atout formidable".
Jamais une course à l'investiture n'avait été aussi longue dans le camp démocrate. Barack Obama a présenté sa candidature il y a 16 mois. La première consultation s'est déroulée le 3 janvier. Les démocrates terminent leur course profondément divisés.
Par contraste, le républicain John McCain, 71 ans, est assuré d'être le candidat de son parti depuis début mars.
Dans un discours prononcé en début de soirée dans la banlieue de La Nouvelle-Orléans (Louisiane, sud), M. McCain a lui aussi rendu un hommage appuyé à Hillary Clinton se déclarant "fier" d'être son "ami". Il a également estimé que Barack Obama serait un adversaire "redoutable".
La décision officielle sur le choix du candidat qui affrontera M. McCain le 4 novembre reviendra à la convention démocrate qui se réunira à Denver (Colorado) du 25 au 28 août.
O.M «Bravo Obama, mais que veut Hillary ?»
Lilia Bemba défend son mari détenu
La jeune femme affirme "la bonne foi" de son mari, documents à l'appui. La défense de M. Bemba plaide ce mercredi, en appel, sa libération provisoire.
C'est ce mercredi matin que la défense de Jean-Pierre Bemba, le chef de l'opposition congolaise, plaide en appel, devant la chambre des mises en accusation de Bruxelles, pour obtenir sa remise en liberté provisoire.
Rappelons que M. Bemba a été arrêté en Belgique, le 24 mai, sur demande de la Cour pénale internationale (CPI), qui l'accuse de crimes de guerre et contre l'humanité en tant que chef des militaires congolais qui ont aidé le président centrafricain Ange Patassé, d'octobre 2002 à mars 2003, à réprimer une tentative de coup d'Etat. Durant cette répression, les hommes du MLC de M. Bemba ont commis un grand nombre d'exactions.
La chambre des mises en accusation saisira la CPI pour lui demander son avis sur la demande de mise en liberté de M. Bemba. La CPI émettra des recommandations à ce sujet, qui peuvent être suivies ou non par le tribunal belge et à propos desquelles la défense peut encore plaider. L'arrêt de la chambre des mises en accusation pourrait donc se faire attendre un peu.
On peut supposer que la CPI émettra une recommandation défavorable à la libération de M. Bemba, puisque le 24 mai, elle indiquait avoir gardé secret son acte d'accusation en raison du "risque de fuite imminente de M. Jean-Pierre Bemba vers une destination non connue", l'opposant ayant compté "quitter" Bruxelles "le 25 mai 2008".
"De bonne foi"
Lilia Teixeira, qui a épousé Jean-Pierre Bemba en noces coutumières en 1995 et qui est la mère de ses cinq enfants, a contacté "La Libre Belgique" pour plaider la "bonne foi" de son mari dans l'affaire centrafricaine.
A l'appui de ses dires, Mme Bemba produit la copie d'une lettre de l'ancien chef rebelle, datée du 4 janvier 2003 à Gbadolite et adressée au représentant en Centrafrique du secrétaire général de l'Onu, le général Lamine Cissé, qui accusera réception. Cette lettre annonce que M. Bemba a "ordonné l'arrestation, à titre préventif, de huit militaires dont le comportement, à Bangui, s'est avéré contraire aux consignes données tant aux officiers qu'aux hommes de troupe avant leur départ en République Centrafricaine". M. Bemba y sollicite, en outre, le "concours" de l'Onu "dans les investigations à mener tant auprès des populations concernées que des communautés religieuses et autres organisations non gouvernementales crédibles, en vue de faire la lumière sur ce qui s'est passé réellement sur le terrain".
Auparavant, en décembre 2002, sept militaires du MLC avaient été condamnés par la cour martiale du mouvement - créée un mois plus tôt, soit quelques semaines après le début de l'opération MLC en Centrafrique - à des peines allant de 3 à 24 mois de détention pour "violation des consignes", vol ou "tentative d'extorsion".
Mme Bemba souligne en outre qu'un accord de paix intracentrafricain, signé le 9 mai dernier, prévoit l'adoption d'une loi d'amnistie générale et d'abandon de toutes les poursuites judiciaires en cours contre les protagonistes de la crise politique dans ce pays, ce qui concerne apparemment le coaccusé de M. Bemba, l'ex-président centrafricain Ange Patassé, qui vit en exil au Togo. La Libre
La révolution Obama...
Malgré les attaques souvent indignes du camp Clinton, il a su maintenir un discours d'unité en faveur d'une nouvelle Amérique qui laisse enfin derrière elle ses fractures politiques sociales et raciales.
D'ores et déjà, Barack Obama a gagné son pari. En quelques mois, il a révolutionné la politique américaine. Porteur d'un message d'espoir, il s'est placé au dessus des lignes partisanes et a réussi à entrainer derrière lui des centaines de milliers d'Américains.
Malgré les obstacles, malgré les attaques souvent indignes du camp Clinton, il a su maintenir un discours d'unité, en faveur d'une nouvelle Amérique qui laisse enfin derrière elle ses fractures politiques sociales et raciales. La première victime en est évidemment Hillary Clinton, dont la principale erreur est de n'avoir pas su apprécier la soif de changement de ses compatriotes, après le marasme des années Bush.
Elle doit aujourd'hui négocier quel sera son avenir (vice présidente ou porte parole des démocrates au Congrès? ) mais il serait bon pour tout le monde, et notamment pour le parti, qu'elle jette officiellement l'éponge. Restera alors à Barack Obama à faire face au plus dur : le combat politique des prochaines semaines face à John McCain. Car le pari d'Obama ne s'arrête pas là : son «rêve », comme il le dit lui même, c'est devenir le premier président noir des Etats Unis.
L’affaire Bemba...
C’est par un appel téléphonique de sa belle-fille Liliane, alors qu’il attendait dans un restaurant chic de Rhode-Saint-Genèse, banlieue de Bruxelles, que le reste de la famille vienne l’y rejoindre, le samedi 24 mai au soir, que le vieux Jeannot Bemba Saolona a appris l’arrestation de son fils Jean-Pierre par la police belge. En un éclair, l’image d’une autre arrestation lui est revenue à la mémoire : la sienne.
C’était il y a onze ans, à Kinshasa. Des agents de Laurent-Désiré Kabila étaient venus le prendre, lui le milliardaire du mobutisme déchu, le patron des patrons, pour le jeter dans une cellule de la prison de Makala. Une mésaventure qui eut pour principale conséquence de changer le destin de Jean-Pierre, brusquement propulsé de la vie de blouson doré à celle de chef de guerre. Après quelques mois de prison, Jeannot racheta sa liberté, devenant même un moment ministre de la République. Mais autant il était possible, pour le père, de négocier avec Kabila, autant le chemin qui mène le fils aux geôles hollandaises de la Cour pénale internationale ne comporte aucune issue de secours.
Si les limiers de la CPI, qui le suivaient à la trace et manifestement à son insu, ont obtenu des policiers belges qu’ils interpellent Jean-Pierre Bemba (voir p. 28), c’est qu’ils avaient de bonnes raisons de croire que l’ancien vice-président congolais s’apprêtait à leur échapper. Selon de bonnes sources à Kinshasa, Bemba envisageait en effet très sérieusement de regagner la République démocratique du Congo sans condition dès que l’Assemblée nationale lui aurait accordé le statut de porte-parole de l’opposition - ce qui n’était plus qu’une question de jours.
Or ce poste récemment créé sur recommandation de la communauté internationale et auquel le sénateur Bemba, leader du principal parti d’opposition (le Mouvement de libération du Congo-MLC) pouvait légitimement prétendre, a rang, prérogatives et… immunité de ministre d’État. Prévue pour le second semestre de 2008 dans le secret du bureau du procureur Moreno-Ocampo, l’« opération Bemba » a donc été anticipée, à la suite de renseignements fournis par les autorités congolaises.
Même si les autorités de Kinshasa, où les partisans d’« Igwe » (le roi dans les séries TV nigérianes qu’affectionnent les Kinois) sont encore nombreux parmi les originaires de la province de l’Équateur, évitent tout triomphalisme, il va de soi que le président Joseph Kabila avait, dans ce cas précis, tout intérêt à faciliter la tâche de la justice internationale. L’exil européen de Jean-Pierre Bemba, qui dure depuis mars 2007, risque donc fort de se prolonger encore pour une durée indéterminée. À 45 ans, l’enfant de Bokada, fils d’un métis congolo-portugais et d’une mère décédée alors qu’il était encore très jeune, voit sa vie brutalement basculer et son passé le rattraper.
Lorsqu’il vient au monde, un jour de novembre 1962, son père Jeannot est déjà un commerçant avisé. Sa fortune ira croissant sous le règne de Mobutu, dont il ne va pas tarder à gérer une partie des affaires personnelles. Scolarisé en Belgique, licencié en économie à l’Ichec de Bruxelles, le jeune Bemba rentre au pays en 1983 pour seconder le patriarche à la tête d’un empire qui s’étend du transport aérien aux minerais précieux, en passant par l’import-export, les médias et bientôt les prémices de la téléphonie mobile.
Propulsé dans l’entourage de Mobutu, qu’il conseille parfois en matière financière, Jean-Pierre mène une vie trépidante de fils de milliardaire. Géré à la hussarde, le groupe familial Scibe prospère tant que le Maréchal dirige le pays, puis décline au fur et à mesure qu’il s’affaisse. Lorsque les kadogos de Kabila entrent dans Kinshasa en mai 1997, Jean-Pierre fuit, direction Brazzaville puis l’Europe. Il va bientôt réapparaître, mué en chef de guerre.
Après quelques mois passés entre ses propriétés de Faro au Portugal et de Rhode-Saint-Genèse, c’est en Ouganda, auprès d’un Yoweri Museveni désireux d’en découdre avec son ex-allié Laurent-Désiré Kabila, que Bemba se trouve un parrain pour son projet de rébellion. En septembre 1998, il crée à Kisangani le MLC et sa branche armée l’ALC (Armée de libération du Congo). Quinze à vingt mille hommes armés par les Libyens, entraînés par les Ougandais et encadrés par d’anciens officiers de l’armée de Mobutu. Parmi eux, beaucoup de très jeunes combattants. Même s’il échouera à en contrôler la capitale provinciale, Mbandaka, Bemba va pendant près de quatre ans régner en maître absolu sur l’Équateur, un territoire plus grand que l’Allemagne, peuplé de trois à quatre millions d’habitants, pour la plupart misérables.
Le « Chairman » donne avec voracité dans le militaro-business : café, diamant, or, cacao, il achète et revend tout, souvent sous forme de troc, à la manière du roi Léopold II. Caractéristique du « Bembaland », qui le suivra à Kinshasa : ses hommes ne sont pas payés, pas plus que les Ougandais du général Kaziri, qui l’assistent. On se sert sur la bête, on pille et on prélève l’impôt de guerre. Dans son QG de Gbadolite, au milieu des ruines du palais de Mobutu, Jean-Pierre Bemba est alors un homme courtisé : Américains, Belges, Français, ONG lui rendent visite. Il se lave dans les rivières, s’éclaire à la lampe tempête, dort dans des huttes de passage. Un mélange de Jonas Savimbi et de colon défricheur, à qui tous les espoirs sont permis et qui rêve de conquérir le pouvoir à Kinshasa.
Ange-félix patassé et « son fils »
Mais Bemba a un défaut - sa brutalité de chef aussi colérique que charismatique - et un talon d’Achille : la Centrafrique voisine. Il a besoin de Bangui pour s’approvisionner et exporter tandis que le maître de Bangui, Ange-Félix Patassé, a besoin de lui pour mater les rébellions récurrentes auxquelles il doit faire face. De cette union d’intérêt va naître une alliance militaire directement à l’origine de ce qui vaut aujourd’hui au chef du MLC d’être inculpé par la Cour pénale internationale.
Les troupes de Bemba traversent une première fois l’Oubangui en mai 2001 pour aider Patassé et ses conseillers libyens à écraser une tentative de coup d’État fomentée par des fidèles de l’ex-président Kolingba. Premières exactions et premiers viols. Fin octobre 2002, deux mille miliciens de l’ALC franchissent à nouveau le fleuve pour repousser les rebelles du général Bozizé. Selon le général Bombayake, qui dirigeait à l’époque la garde présidentielle de Patassé, cette intervention a été décidée « suite à des négociations menées à Tripoli, puis à Gbadolite, par Bemba avec les émissaires libyens Ali Treiki et Mohamed Madani ».
Après avoir dégagé la capitale, les troupes congolaises repoussent celles de Bozizé jusqu’à une ligne Bozoum-Sibut, en janvier 2003, semant la désolation tout au long de leur passage. Des meurtres, mais surtout des centaines de viols de femmes, de mineures, d’hommes aussi, sont commis, toujours en public, par une soldatesque que les Centrafricains appellent par le terme générique de Banyamulenges, bien qu’ils soient pour la plupart lingalophones. Début mars, sur pression de la France et des pays voisins (Gabon et Congo-Brazzaville), Bemba retire ses hommes et lâche Patassé, qui chute le 15. Une dernière vague d’exactions survient lors de cette retraite et notamment les « crimes des crimes » : des viols suivis d’exécutions.
Confronté dès la mi-2003 à ces accusations alors que, suite aux accords de Sun City, il s’apprête à rejoindre Kinshasa pour y siéger en tant que vice-président de la République, Jean-Pierre Bemba a un haut-le-cœur : « Je défie qui que ce soit, dit-il, de prouver que j’ai violé une seule fille en Centrafrique, ou que j’ai donné l’ordre d’aller violer ! » Interrogé quatre ans plus tard par J.A., l’opposant sera plus prudent : « Je n’ai rien à dire sur cette histoire, ces accusations sont totalement infondées. Je ne me sens pas concerné. » Il est vrai que cette ligne de défense est bien courte : ni Charles Taylor en Sierra Leone, ni Hissein Habré au Tchad, ni Slobodan Milosevic en ex-Yougoslavie, ni Khieu Samphan au Cambodge, ni la plupart des condamnés des procès de Nuremberg et d’Arusha n’ont mis directement la main à la pâte, ce qui n’a pas empêché leur responsabilité pénale d’être lourdement engagée. Aussi est-elle complétée par d’autres arguments ou circonstances prétendument atténuantes.
À en croire les partisans et défenseurs de Bemba, ce dernier, occupé à négocier à Sun City, n’était pas sur le terrain, ses troupes en Centrafrique recevaient leurs ordres du président Patassé et du général Bombayake, et le « Chairman » n’a pas hésité à faire juger ceux de ses lieutenants qui se sont rendus coupables de crimes de guerre. Une plaidoirie battue en brèche par des témoignages d’anciens proches de Bemba pour l’instant tenus secrets par la CPI ainsi que par ceux, à J.A., d’ex-hauts responsables centrafricains de l’époque qui tous vont dans le même sens : les commandants de l’ALC n’obéissaient qu’à leur chef suprême et n’avaient que mépris pour le régime qu’ils étaient venus défendre. Quant aux jugements de miliciens « défaillants » par Bemba, s’ils ont effectivement eu lieu devant une cour militaire à Gbadolite, ils se sont soldés par huit condamnations à des peines symboliques (trois mois à deux ans) pour… pillages.
La solitude des perdants
Ces faits, dont la CPI aura à juger, sont connus, y compris bien sûr ceux des compagnons de route de l’époque de Bemba, tels Raymond Ramazani Baya et Olivier Kamitatu. Connu aussi l’itinéraire chaotique que va emprunter le fils de Jeannot à partir de 2003, sous la menace obsédante de la justice internationale. Vice-président en charge des Affaires économiques et financières, candidat à la présidentielle de 2006 où ce démagogue, orateur brillant, manie sans états d’âme la carte empoisonnée de la « congolité » et du nationalisme identitaire avant d’échouer de peu (42 %). Puis sénateur et enfin fugitif après les événements sanglants de mars 2007.
En exil à Faro, ce boxeur poids lourd de la politique était comme groggy, harcelant ses partisans de coups de téléphone, persuadé - pas toujours à tort - que ces derniers n’attendaient qu’une opportunité pour le trahir. Il était devenu méfiant, ombrageux, de plus en plus autoritaire, craignant pour sa vie.
Avait-il encore des amis, des parrains, des protecteurs ?
Hors d’Afrique, très peu : des relations d’affaires au Brésil, quelques contacts au sein du Black Caucus américain, une poignée de politiciens belges et le commissaire européen au Développement, Louis Michel, qui ne l’a jamais fui. Sur le continent : Mouammar Kaddafi dont il était l’obligé, Yoweri Museveni, Denis Sassou Nguesso, Omar Bongo Ondimba et même Abdoulaye Wade, qui l’a longuement reçu à Dakar fin 2007. Mais qui, aujourd’hui, parmi eux, face à une CPI dont ils sont prompts à dénoncer le « deux poids, deux mesures » mais qu’ils redoutent, osera monter au front pour défendre le soldat Bemba ?
Depuis sa cellule de la prison de Saint-Gilles à Bruxelles, l’enfant prodigue de la politique congolaise a tout le loisir de réfléchir sur la solitude des perdants - y compris dans son propre pays, où ses lieutenants se déchirent déjà les dépouilles de son parti, dans une indifférence quasi générale. Quant à la Cour pénale internationale elle-même, si elle a dans cette affaire gagné en crédibilité et en considération, il lui faudra aussi réfléchir sur les effets, préventifs certes, mais aussi pervers, de son action.
Pour tous ceux qui redoutent d’avoir un jour affaire à elle une fois leur immunité présidentielle levée ou leur capacité de nuisance militaire émoussée, il n’est en effet qu’un seul moyen de lui échapper : s’accrocher indéfiniment au pouvoir ou se terrer, comme Laurent Nkunda, dans son fief… Jeune Afrique
Vers le déminage de la crise Congo-Belgique
Cette fois, la décision prise par le Conseil des ministres congolais lors de sa réunion du 23 mai a été mise en application : les consulats de Belgique à Lubumbashi et à Bukavu affichent porte close. Dans la gamme des expressions diplomatiques de mécontentement, il s'agit d'une décision plus grave que les messages de protestation, les rappels d'ambassadeurs ou les expulsions de diplomates.
Le seuil suivant, c'est la rupture pure et simple des relations diplomatiques. A Bruxelles comme à Kinshasa, on espère évidemment ne pas en arriver là. La fermeture des consulats représente déjà une mesure douloureuse, qui frappera des Belges et des Congolais totalement étrangers à la crise.
A Lubumbashi, en phase avec un Katanga en plein essor, le consulat de Belgique était un relais précieux pour les hommes d'affaires et délivrait des visas aux Congolais désireux de se rendre en Europe.
A Bukavu, le consulat jouait un rôle politique important : point de repère pour les ONG belges et congolaises, point de contact pour les initiatives de paix dans la région. Le consul de Belgique, Hugues Chantry, avait d'ailleurs participé à la conférence de paix qui s'était tenue à Goma en janvier dernier et son rôle de facilitateur l'avait amené à entrer en contact avec toutes les parties, dont le général rebelle Laurent Nkunda et à épauler le représentant spécial de l'Union européenne Roeland Van de Geer… Plus qu'une nouvelle étape dans l'escalade, la fermeture des consulats représente donc l'exécution d'une décision du gouvernement congolais qu'à Bruxelles on avait cru pouvoir ignorer jusqu'à présent.
Les contacts sont cependant loin d'être rompus entre les deux pays : à Bruxelles, le ministre du Plan Olivier Kamitatu et l'ambassadeur itinérant du président Kabila, Antoine Ghonda, poursuivent leurs rencontres et l'épouse du président, Mme Olive Kabila Lembe di Sita joue également un rôle discret. Un nouvel entretien téléphonique aura lieu ce mercredi entre les Premiers ministres des deux pays, MM. Leterme et Gizenga.
On peut se demander pourquoi le président Kabila rentré, lui, à Kinshasa, ne s'est pas encore entretenu avec M. Leterme. La première explication serait : la volonté de faire traîner les choses, le temps de permettre aux Belges de mesurer la gravité de la crise, de comprendre qu'il ne s'agit pas d'une question d'argent mais de souveraineté, et qu'il ne suffira pas d'augmenter le budget de la coopération si une attitude jugée « néocoloniale » n'est pas révisée.
Deuxième explication : les contraintes matérielles d'un chef d'Etat qui, dans le Bandundu, a pris des bacs pour traverser des rivières en crue ou conduit lui-même sa jeep pour mesurer l'état – lamentable – des routes. Il semble aussi que M. Kabila veuille laisser à d'autres, son Premier ministre, ses envoyés spéciaux, le soin de renouer avec Bruxelles. Lui, il s'entretiendra avec Yves Leterme lorsque le terrain aura été déblayé et qu'il pourra être question de l'avenir des relations entre les deux pays, sur un mode plus positif.
Pendant ce temps, l'unanimité dont Karel De Gucht se prévaut se lézarde à vue d'œil : du côté libéral, même Alain Destexhe se démarque, tandis qu'au Parlement de la Communauté française, Mme Marie-Dominique Simonet, chargée des relations internationales, a répété, avec l'approbation des quatre partis démocratiques « sa volonté de travailler avec le Congo, notre premier partenaire », soulignant qu'au cours de cette crise, il n'y avait pas eu de concertation entre les entités fédérées et le pouvoir. Et d'ajouter que, « pour que cette concertation puisse avoir lieu, il faudrait que le fédéral puisse tenir un discours unanime… ».
Joie et fierté dans l'ouest du Kenya après la victoire de Barack Obama
Des dizaines de personnes se sont rassemblées mercredi devant la maison de Sarah Obama dans l'ouest du Kenya pour fêter la victoire de son petit-fils Barack Obama à l'investiture démocrate pour la présidentielle américaine de novembre.
A Kisumu, principale ville de l'ouest du Kenya, des dizaines d'autres personnes ont suivi avec passion à la télévision la retransmission du discours du sénateur de l'Illinois à Saint Paul (Minnesota, nord), lorsqu'il a revendiqué mardi soir l'investiture du parti démocrate, devenant le premier métis à avoir une chance de gagner la Maison Blanche.
"J'ai été vraiment ravie d'apprendre qu'il avait remporté une grande victoire contre sa rivale", a lancé Sarah Obama aux journalistes venus l'interroger dans son village de Nyang'oma, sur les bords du lac Victoria, dans la zone de Kogelo.
"Je suis très heureuse, et je continue à prier pour qu'il réussisse de nouveau à l'avenir", a-t-elle ajouté.
"Enfin l'un d'entre nous est en train de se hisser jusqu'au plus haut poste en Amérique", s'est réjoui auprès de l'AFP Pascal Onyango, un commerçant de Kisumu.
"Obama a rendu notre communauté et notre pays fiers. Nous en sommes très contents. Nous savons qu'il gagnera" la présidentielle contre le candidat républicain John McCain, 71 ans.
M. Obama a remporté la primaire du Parti démocrate à l'issue d'une bataille électorale de plusieurs mois contre la sénatrice Hillary Clinton.
La décision officielle sur le choix du candidat qui affrontera M. McCain le 4 novembre reviendra à la convention démocrate qui se réunira à Denver (Colorado) du 25 au 28 août.
Olive L. Kabila au secours de la diplomatie congolaise
L’épouse du chef de l’Etat aurait-elle décidé d’entrer de plain pied dans la diplomatie secrète de la République démocratique du Congo ? Personne ne peut en jurer. Cependant, les contacts «discrets» qu’elle vient d’avoir avec des personnalités «de haut rang» en Belgique, où elle séjourne présentement en visite privée, donnent à penser que Mme Marie Olive Lembe Kabila voudrait réussir le coup de poker réalisé par la première dame de France dans la crise des otages bulgares détenus en Libye pendant près de huit ans.
« Nicolas Sarkozy a utilisé ‘sa Cécilia’ pour dompter le chef d'Etat libyen, Mouammar Kadhafi. Joseph Kabila s'est-il montré plus fin ? », s’interrogeait hier mardi le quotidien belge La Libre Belgique. La présence de Mama Olive Lembe Kabila en Belgique, au moment où les relations entre Kinshasa et Bruxelles sont «très tendues», soulève cette pertinente interrogation.
« Profitant d'un de ses très fréquents séjours en Belgique, Olive, la femme du Président congolais a eu, la semaine dernière, des contacts ultras discrets avec certaines personnalités belges "de haut rang". Pas pour négocier, concrètement, mais pour maintenir les ponts entre les deux pays, pour faire en sorte que, même au plus fort de la crise entre Joseph Kabila et Karel De Gucht, le dialogue ne soit pas rompu », a rapporté La Libre dans son édition du 3 juin 2008.
Sur les traces de Mme Marie Olive Lembe, sont également arrivés à Bruxelles, selon le journal, « d’autres émissaires » de Kinshasa. « Olivier Kamitatu, ministre du Plan, et Antoine Ghonda, conseiller à la présidence, ont eu, eux aussi, des entretiens avec des membres du gouvernement belge. Le ton des rencontres était, selon les participants, assez détendu et conciliant », signale-t-on.
Les deux hommes d’Etat congolais ont eu aussitôt des entretiens avec Charles Michel qui «pilote le ministère de la Coopération au développement et dont on connaît l’opposition aux positions de Karel De Gucht ». Celui-ci a même menacé de «quitter le gouvernement avec d’autres ministres», s’il était question de remettre en cause la coopération avec la RDC et si Karel De Gucht s’inscrivait dans la logique de la «rupture» des relations avec la RDC.
CONTACTS FRUCTUEUX
Mme Marie Olive Lembe Kabila n’est pas à ses premiers contacts avec des officiels belges. Elle avait été reçue le 20 août 2007 à Bruxelles par le président du Sénat, Armand De Decker, et son épouse.
Trois jours plus tôt, elle avait eu un entretien le 17 août avec la ministre présidente de la Communauté française de Belgique, Marie Arena. De ces rencontres, les observateurs avaient relevé des messages allant dans le sens du renforcement de la coopération bilatérale entre les deux pays.
Aujourd’hui, sans pour autant présager de l’impact positif des « entretiens discrets » que l’épouse du chef de l’Etat congolais aurait eus avec ses interlocuteurs belges «de haut rang» - non autrement identifiés -, on ne peut s’empêcher de faire un rapprochement avec le changement de ton observé dans les récents propos du ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht.
A en croire La Libre, « il est clair que le ministre s'est peu à peu rangé aux arguments du Premier ministre Yves Leterme et de Charles Michel, ministre de la Coopération, tous deux partisans d'une ligne plus conciliante ».
En effet, le quotidien belge note que « lundi soir, Karel De Gucht, ouvrant les journées diplomatiques belges, prononçait un discours relativement rassurant, évoquant un dialogue constructif et maintenant une main tendue envers le Congo. Même s'il n'a pu s'empêcher de dire qu'ici en Belgique, tout le monde partageait son analyse sur le fond ».
Tant à Kinshasa qu’à Bruxelles, l’enjeu tourne autour de la recherche des voies et moyens susceptibles de décrisper les relations aujourd’hui tendues entre la République démocratique du Congo et le Royaume de Belgique. Avec, en point de mire, l’exécution d’un plan prévoyant le rétablissement progressif des relations normales, l’évaluation conjointe de la coopération belge et une rencontre entre le président Joseph Kabila et le Premier ministre belge, Yves Leterme.
A la suite des propos que le ministre Karel De Gucht a tenus récemment à l’égard du président Joseph Kabila et que Kinshasa a jugés « discourtois », le gouvernement du Premier ministre Antoine Gizenga a rappelé son ambassadeur en Belgique à Kinshasa et fermé le consulat de la RDC à Anvers ainsi que les représentations belges à Lubumbashi (Katanga) lundi et à Bukavu (Sud-Kivu) hier mardi. Le gouvernement belge avait été informé de la décision de Kinshasa par une note verbale du 24 mai 2008, rappelle-t-on.
ARRETEZ LA POLEMIQUE !
Quelles sont les chances de réussite de l’épouse du chef de l’Etat dans cette crise entre la RDC et la Belgique ? Difficile de répondre à l’interrogation pour la simple raison que Mama Olive Lembe Kabila n’a pas été mandatée officiellement par le gouvernement congolais. Ses contacts demeurent informels à travers des visites de courtoisie. Toujours est-il que de par le monde, les femmes ont toujours joué les grands rôles à des moments importants de l’ histoire. Madame Olive Lembe Kabila s’est déjà distinguée lors de la semaine culturelle « Yambi » qui s’est déroulée en Belgique, présentant ainsi une autre image de la Rdc. Si elle réussissait là où les diplomates n’ ont pas encore donné des résultats satisfaisants, tout sera à son honneur.
Il est aujourd’hui important que les deux parties puissent mettre un terme à la querelle ou polémique qui ne profite nullement aux peuples congolais et belge.
Certes, le ton «arrogant» de Karel De Gucht ne favorise pas du tout la poursuite de bonnes relations diplomatiques entre les deux pays. Ses propos rappellent un certain discours de 1883 appuyant l’arrivée des missionnaires belges au Congo. Faut-il continuer à prêter le flanc aux critiques acerbes en ces instants précis où la RDC doit faire preuve de beaucoup d’imagination pour contourner provocations et pièges qui ne visent qu’à la distraire de ses objectifs de la refondation de la Nation?
Il serait important d’épargner aux peuples belge et congolais des effets à répétition si cette crise perdure. S’il est nécessaire de revoir les termes de coopération, qu’on le fasse de façon impersonnelle sans nuire aux intérêts politiques, économiques et sociaux de la Belgique et de la RDC. Il faut à tout prix sauver les relations entre la RDC et la Belgique. En attendant, les yeux sont braqués sur les contacts discrets de l’épouse du chef de l’Etat à Bruxelles. Le Potentiel


