LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

27 mars 2008

Kalume-Ne Muanda Nsemi : le choc des mots

97519Chaque mot sera pesé et soupesé dans la terrible bataille de l’opinion qui a commencé sous nos yeux. Après avoir interdit le mouvement politico-religieux BDK lors de sa réunion du vendredi dernier à Matadi, le gouvernement s’apprête, ce matin devant les députés réunis dans l’hémicycle du Palais du Peuple, à donner des explications à la représentation nationale encore et toujours transformée en chambre d’enregistrement des décisions de l’exécutif.

La tâche, délicate sinon difficile, en revient au tout puissant Ministre d’Etat en charge de l’Intérieur et Décentralisation, Denis Kalume Numbi. Il lui faudra évidemment plus que la bonne volonté et le courage pour convaincre non seulement les députés, mais aussi une opinion dubitative sur la portée et l’opportunité d’une décision qui ne fait naturellement pas l’unanimité, et surtout des Ne Kongo convaincus que l’Etat impartial, juste et serviteur de l’intérêt général n’est pas encore né dans notre pays.

Chaque mot devra surtout être pesé et soupesé, parce que, de toute logique, en face de Denis Kalume Numbi se dressera, comme un ange intemporel, un Ne Muanda Nsemi presque médianimique dans sa toute puissance d’héritier de ce messianisme Ne Kongo qui a, tout de même, donné naissance au mouvement de revendication de l’indépendance de la RDC.

L’heure de vérité

C’est donc, au propre comme au figuré, l’heure de vérité. On peut imaginer que dans ce Congo où la démocratie s’apprend au quotidien et bien souvent douloureusement, au prix des larmes de souffrance et d’espoir, dans la magie du verbe sacré et des prières dites en public dans des temples construits par des humains ou entonnées dans le secret éternel de l’Eglise du Silence, le choc aura bien lieu pour que nos compatriotes sachent enfin, parce que c’est leur droit le plus sacré, ce qui s’est réellement passé, qui a fait quoi, où, quand, pourquoi, comment et avec quels effets.

Les Congolais attendent en effet des faits et des circonstances. Ils attendent les noms des acteurs, directs et indirects. Ils veulent savoir qui a donné l’ordre de s’attaquer aux paisibles citoyens et aux symboles de l’Etat. Ils espèrent en savoir davantage sur le fonctionnement de la chaîne de commandement qui a fait dire à certains observateurs qu’il y a eu usage excessif de la force. Ils exigent un bilan exhaustif, la localisation des événements et des fosses communes, l’identification des armes utilisées de part et d’autre, par qui et pour quel but.

Au nom de la force de la loi, on prévoit ainsi un Denis Kalume flamboyant, direct et convaincant. Un Denis Kalume très offensif, décrivant l’hydre et donnant les détails ainsi que les images les plus accablants sur le comportement des adeptes de BDK, avant de conclure sur les moyens les plus efficaces que détiennent les démocraties – la nôtre en est une - pour faire respecter la loi et l’autorité de l’Etat. Enfin, au nom du principe de l’équilibre démocratique, on s’attend aussi à ce que le principal accusé, le Député Ne Muanda Nsemi fasse sa réplique. Les rumeurs les plus folles disent que l’homme s’est préparé au choc ; qu’il s’est documenté ; qu’il a recueilli les témoignages les plus rares sur la violence des serviteurs de l’Etat ; qu’il détient enfin les images de l’horreur qui pourraient édifier plus d’un sceptique.

Préjugé défavorable

Que sortira-t-il de cette confrontation ? Qu’attendre des « vérités » que s’apprêtent à asséner les deux principaux acteurs de cette journée qui ne sera pas - on l’espère ardemment pour l’avenir de la démocratie dans notre pays - comme les autres ? Une journée qui devrait nous aider à balayer nos certitudes et nos suffisances les plus criminelles, contribuer à assainir nos croyances et à rationaliser nos comportements…

N’empêche, dans cette course-poursuite, le gouvernement partirait, selon plusieurs analystes, avec un préjugé défavorable pour n’avoir pas réussi à démontrer, d’une part, que la menace, vraie ou supposée, de BDK méritait la répression qui a tant ému les consciences et, d’autre part, que la précipitation à interdire le mouvement sans avoir établi les responsabilités tant individuelles que collectives ne constitue pas une violation caractérisée de la loi par celui-là même qui devrait en être le garant. Plusieurs éléments confirmeraient cette thèse. Un : les commentaires des observateurs indépendants comme la Monuc ont publiquement dénoncé un usage disproportionné de la force. Deux : il est évident qu’avec l’interdiction de BDK, le gouvernement s’est fait à la fois juge et partie en violant les lois de la République en matière d’ASBL. Trois : il est tout aussi évident que le gouvernement n’a pas fait preuve, dans l’affaire BDK, de la mansuétude à laquelle il nous avait jusque-là habitués dans les cas du CNDP au Nord-Kivu et des milices tribales prêchant l’épuration ethnique et la séquestration des officiels dans le Katanga. Quatre : le gouvernement prend les effets pour la cause en faisant fi de l’histoire et de la sociologie. De Vita Kimpa à BDK en passant par Simon Kimbangu, les revendications de l’Abako et les martyrs de 1959, les Ne Kongo ont toujours été, cycliquement, les précurseurs du mouvement de contestation contre les injustices dans notre pays.

L’ignorer constituerait une erreur politique grave. Cinq : interdire BDK tout en promettant de se pencher sur les problèmes qu’il pose est une légitimation qui ne dit pas son nom, en même temps qu’une preuve supplémentaire des contradictions du gouvernement. Six : lorsqu’on voit des députés, des sénateurs, des leaders politiques et d’opinion, de même que des intellectuels notoires prendre faits et causes pour les revendications de BDK et contester violemment les mesures gouvernementales, cela devrait inciter à nous poser des questions sur les véritables racines du mouvement ainsi que sur les conséquences du fossé qui sépare le gouvernement du pays profond. Sept : en tout état de cause, condamner à la clandestinité un mouvement qui s’inscrit dans l’histoire et le tissu social d’un peuple, au point d’en constituer le véritable état d’esprit, n’est ni le meilleur moyen pour le contrôler, ni l’arme la plus efficace pour le combattre. Le Phare

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