LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

17 mars 2008

Rentrée parlementaire au Sénat. Léon Kengo : « Personne n’a le droit de lutter contre l’ordre établi »

99359 Discours direct, sans faux-fuyants. Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, n’est pas allé par le dos de la cuillère pour marquer de façon remarquable cette rentrée parlementaire de la session du mois de mars. Un diagnostic sévère, sur un ton de la fermeté, comme pour provoquer un déclic dans le but de donner une nouvelle impulsion à l’action des institutions nationales au regard de nombreux enjeux. Après avoir brossé un tableau sombre sur le plan politique, économique, sécuritaire et social, il a longuement insisté sur l’ordre établi que personne n’a le droit de lutter contre cet ordre. Une façon catégorique d’insister sur l’affirmation de l’autorité de l’Etat, le respect des textes et lois de la République et la redynamisation de l action du gouvernement par l’accélération des réformes. Réaliste, Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, a mis un point d’honneur à son discours en ramenant tous les élus sur terre, quasiment à mi-parcours de cette législature. Trêve donc de rêve. Le compte à rebours a effectivement commencé.

Les analyses n’ont pas été démenties. Le 15 mars 2008 qui a été caractérisé par la rentrée parlementaire de la session du mois de mars, demeure bel est bien une date cruciale. Preuve ? Elle a été émaillée de deux importants discours de circonstance prononcés respectivement par Vital Kamerhe et Léon Kengo wa Dondo, respectivement présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Si ces deux personnalités ont annoncé les couleurs de ce que sera cette session parlementaire, s’appuyant sur un ton ferme pour peindre ce tableau sombre de la situation politique, économique et sociale, ils n’ont pas usé des mêmes mots ni d’un même style. Ce qui fait justement la différence.

Le président du Sénat a porté un plus dans son diagnostic sévère, sans complaisance pour souligner la gravité de la situation, interpeller toute la classe politique en vue d’une meilleure prise de conscience devant « toutes ces crises multiformes au plan politique, économique et social ». Que les défis sont là, doublés d’enjeux inéluctables à maîtriser et qui imposent une lecture sereine de la situation. Le président du Sénat le dit mieux en ces termes : « Un pays post-conflit comme le Congo appelle des réformes. Pour ce faire, il a besoin de toutes les institutions et les hommes qui l’animent. Ils ont besoin de leur tête pour réfléchir, orienter, décider. Le doute n’est pas permis. Encore moins la distraction. Le bilan sera, soit leur allié, soit leur ennemi ».

DE L’AUTORITE DE L’ETAT

En abordant le chapitre politique, le président du Sénat a tenu à rappeler le sens des élections de 2006 qui devraient ouvrir une ère de paix, de bien-être et de mieux-être. Malheureusement, les événements du Nord-Kivu où l’entend de nouveau les bruits de bottes et l’odeur de la poudre ; la situation sécuritaire précaire en Ituri, le phénomène Mbororo dans le Haut et Bas-Uele, les événements du Bas-Congo avec les adeptes du Bundu dia Kongo… portent atteinte à la propriété privée, à l’intégrité physique de l’habitant et exaspèrent les tenions. Il n’oublie pas les provinces apparemment calmes mais où règnent l’insécurité et l’abus de droit. « L’ordre public s’en trouve partout troublé. L’Autorité de l’Etat ébranlée », a-t-il reconnu.

Il réaffirme que personne n’a le droit de lutter contre l’ordre établi et insiste sur le fait que s’il y a des imperfections, le mieux que l’on puisse faire serait d’aider à les changer. « Seule la puissance publique à travers l’Exécutif, le Judiciaire, les Forces de l’ordre peut le faire conformément à notre droit positif », a-t-il enchaîné.

ACCELERER LES REFORMES

Cependant, cette puissance publique ne peut s’affirmer dans un pays post-conflit qu’en s’appuyant sur des réformes. Le président du Sénat s’y est attardé en relevant les initiatives entreprises par le gouvernement pour des réformes au niveau de l’Armée, de la Sécurité, de la Justice et du Portefeuille. Mais il souhaite vivement que ces réformes soient accélérées ; que l’on quitte les sentiers d’effets d’annonce, du fait accompli et de l’auto-satisfaction. Fait accompli avec les nominations intervenues dans le domaine de la Justice et du Portefeuille alors que des projets de loi ont été votés ou en voie de l’être. Des nominations décidées sur base d’anciennes lois sans tenir compte de la Constitution, de l’esprit et de la lettre des réformes.

Et de s’interroger si ces nominations sont-elles provisoires ou définitives. « Les réformes ne se résument pas aux remplacements des anciens par des nouveaux animateurs, mais doivent au travers des textes législatifs et réglementaires montrer la volonté déterminante du changement. Dans l’histoire, la réforme c’est le changement réussi parce que progressif donc acceptable, durable. Mais la réforme, c’est la seule justification de la politique, une fois exclu le plaisir tellement commun que procure l’exercice égoïste du pouvoir », a-t-il relevé.

Une façon de condamner l’auto-satisfaction soutenue par un clientélisme suicidaire. Voilà pourquoi, affirme-t-il, que le « réformateur doit créer, maintenir les équilibres entre le politique, l’économique et le social qui constituent, du reste la meilleure garantie pour la démocratie ».

DERAPAGES ECONOMIQUES

Il en est donc arrivé à évoquer les points liés au chapitre économique. Contrairement au discours « triomphaliste » du gouvernement, le président du Sénat a exprimé plutôt des inquiétudes devant les dérapages économiques caractérisés de ce début de l’année 2008, alimentés notamment «par la reprise des poussées inflationnistes du fait des déficits budgétaires accumulés à la fin du dernier trimestre de l’année 2007 ».

Ainsi le taux d’inflation en projection annuelle a atteint 16% en janvier 2008 contre un objectif de 10%. De même le taux de change au marché a franchi la barre de 560 FC contre le taux moyen de 500 FC. « Ces chiffres nous interpellent tous à cause de leur incidence sur le pouvoir d’achat de notre population. Il est temps que le pays s’engage résolument sur la voie du redressement économique et social », a-t-il insisté avant d’inviter le gouvernement à « améliorer le niveau de recettes et à redimensionner le train de vie de l’Etat, en veillant à une bonne adéquation entre les moyens et les besoins ».

Aussi, a-t-il annoncé que le Sénat a diligenté une mission d’enquête au cours de cette session. Mais il espère que la priorité du gouvernement sera la reprise du programme d’ajustement structurel avec les institutions de Bretton Woods, tout en prenant en compte les rapports des autres partenaires sociaux ; notamment la Fédération des entreprises du Congo, FEC. Un rapport qui proposait une thérapeutique radicale pour la relance de l’économie.

Apparemment, le gouvernement n’en a pas tenu compte. Or, il faut atteindre le point d’achèvement de l’initiative PPTE pour bénéficier de l’annulation de 9 milliards de dollars et accéder aux facilités élargies du Groupe consultatif sur la RDC estimées à 4 milliards de dollars US.

Il a saisi cette opportunité pour dénoncer cette tendance à une gestion opaque de l’Etat. Particulièrement en ce qui concerne le prêt chinois pendant que le Parlement est sous-informé des termes de ce contrat qui, d’une manière ou d’une « obèrent les finances publiques ». Il invite par conséquent le gouvernement à la transparence qui ne doit pas seulement « être de rigueur, mais doit faire partie de la bonne gouvernance ».

REALITES SOCIALES PENIBLES

Evidemment, ce tableau sombre serait incomplet si le président du Sénat ne s’était pas attardé sur le Social. Un social avec ses « réalités quotidiennes pénibles » : un déficit chronique en électricité et en eau potable alors que la RDC possède l’un des grands barrages électriques du monde et dispose du deuxième fleuve du monde. Aujourd’hui, l’on assiste à la résurgence d’épidémies autrefois éradiquées : la tuberculose, la poliomyélite, la lèpre, la maladie du sommeil. Pire, le système de santé primaire jadis prospère en Afrique est maintenant inopérant.

A cela s’ajoute, dans la capitale, une voirie urbaine « devenue un chantier ». N’en parlons pas du système éducatif désarticulé. Il a émis des suggestions et insisté sur l’urgence d’opérer une réforme profonde.

Il est revenu sur les Accords de Mbudi pour souligner la situation salariale des agents et fonctionnaires d’Etat. Il a épinglé dans le même registre le cas des professeurs, des Médecins, du personnel paramédical, des soldats, des policiers, une situation qui demeure préoccupante. « Il n’y a pas motif à se réjouir lorsque l’on observe un autre phénomène, celui des grèves qui paralysent le pays, bloquent son fonctionnement, étranglent l’économie et asphyxient la population », a-t-il signalé avant d’inviter le gouvernement à poursuivre des négociations avec les partenaires sociaux pour une sortie de crise.

RENDEZ-VOUS DANS TROIS ANS

Le point d’orgue de ce diagnostic demeure ce réalisme politique du président du Sénat de ramener tout le monde sur terre. «Il ne nous reste plus que trois ans. Avec le quinquennat, l’unité de décompte de l’action politique ne sera plus l’année, mais le mois, la semaine, le jour, l’heure. La vie politique obéit, elle aussi, à des règles biologiques qui sont une contraction dans le temps des règles des hommes. Une fois encore, le temps restera le grand vainqueur. Nous devons donc faire vite et bien, car c’est par notre bilan qu’on nous jugera ».

Faire vite et bien, Kengo soutient l’initiative du chef de l’Etat d’instituer « la réunion interinstitutionnelle dont la mission est de concilier, d’harmonier les points de vue au sommet de l’Etat et de veiller ainsi à son bon fonctionnement. Dans cette optique elle devrait être une structure d’impulsion et d’arbitrage ». Le président du Sénat constate malheureusement que cette réunion interinstitutionnelle « n’a pas encore donné toute sa mesure ». Et les observateurs avertis craignent que l’on assiste « à une gouvernance sans partage » susceptible de conduire à des dérives.

Enfin, il s’est attardé sur le rôle de la femme, la matière à traiter par le Sénat, notamment les projets et propositions de lois votés à l’Assemblée nationale et transmis au Sénat avant d’appeler à l’amour du prochain et à la solidarité nationale pour une belle leçon « d’identité tolérante ». Et de conclure en ces termes : « De la diversité et de la différence, nous devons apprendre à tirer le meilleur : « S’il y avait pas de montagnes, les plaines n’apparaîtraient pas ».

C’est tout dire. Par  Le Potentiel

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