LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

31 décembre 2007

RD Congo 2008 : entre espoir et incertitudes

KinLa mise en œuvre du contrat conclu avec la Chine, attendue au cours de l’an 2008, constitue sans aucun doute un motif d’espoir tant pour les gouvernants congolais que pour la population. L’année qui pointe à l’horizon pourrait se révéler riche en incertitudes. La défaite des Forces armées de la RD Congo à Mushaki, les résolutions de la conférence sur la paix et la sécurité au Nord Kivu pourraient engendrer des conséquences imprévisibles. La situation du leader du MLC, en exil au Portugal depuis avril dernier, pourrait connaître un rebondissement. Le partenariat Kabila-Gizenga ne fait plus illusion quant à sa pérénnité.    

Dans un billet daté 28 décembre, l’Agence congolaise de presse (ACP), un média d’Etat, entrevoit l’année à venir sous des perspectives plutôt riantes. L’année 2007, écrit-elle, a vu, au plan économique, la RD Congo «consolider les acquis de la stabilité macroéconomique». Kinshasa peut désormais accéder au point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés), avec comme toile de fond l’effacement de la dette congolaise à plus de 90 %.
Sur le plan politique, l’Agence nationale fait état de la détermination de Joseph Kabila «à pacifier de manière durable» la partie orientale su pays. C’est dans ce cadre que Kabila a, selon elle, initié une conférence pour la paix, la sécurité et le développement dans le Nord et Sud-Kivu.

La reconstruction
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A en croire l’ACP toujours, cette initiative a été « bien accueillie par le peuple congolais», ce qui confirme, selon elle, l’adage selon lequel «même en cas de victoire militaire, la consolidation de la paix se fait toujours autour d’une table». De quelle victoire parle-t-on ? Dans un message de vœux transmis à la presse, en date du 30 décembre, le représentant permanent au Benelux du Parti lumumbiste unifié (Palu), Alain Kisengo Kandende-a-Lunguya fait preuve d’un même optimisme. Selon lui, grâce à un partenariat avec la Chine, «l’année 2008 marquera le début de la véritable reconstruction de notre pays en termes d’infrastructures notamment routes, autoroutes, hôpitaux, universités, chemins de fer et logements sociaux.» Sur le plan politique, Kisengo prend la posture d’un opposant en relevant que le Palu «entend souligner une donnée fondamentale à l’édification d’une démocratie réussie». Pour lui, cette édification implique « le respect de l’opposition tant institutionnelle que non-institutionnelle.» Comme pour avouer que la coalition au pouvoir n’a laissé à l’opposition qu’une place dérisoire, le représentant du Palu note qu’«il y va de la réussite de la crédibilité d’un modèle démocratique que notre parti Palu, appelle de tous ses vœux.» Ces deux tableaux idylliques sont loin d’occulter quelques incertitudes qui semblent planer sur l’année 2008.

Les incertitudes
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Le passé étant le garant de l’avenir, il faut dire que plusieurs événements survenus au cours de l’année qui s’achève ont laissé des plaies béantes au plan psychologique assénant un coup à la cohésion nationale. Le massacre des adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo (134 morts, selon la MONUC) ; l’arrestation de l’avocate Marie-Thérèse Nlandu Mpolo Nene ; l’occupation, par l’Angola, de plusieurs villages du territoire de Kahemba dans la province de Bandundu ; la suite des affrontements entre les soldats de Jean-Pierre Bemba et des membres de la garde présidentielle de Joseph Kabila et l’exil du leader du MLC ; la chasse à l’homme menée par les forces dites de sécurité dans les milieux de l’opposition en général et des ressortissants de la province de l’Equateur en particulier. Ce sont là des faits à mettre dans le passif de l’année 2007. Un passif qu’on aurait tort à passer par pertes et profits. Un effet boomerang n’est pas à exclure. C’est la première incertitude. La seconde incertitude concerne les conséquences de la crise de confiance qui prévaut au sein de l’armée nationale à la suite de la défaite de Mushaki. Lundi 10 décembre, les combattants du CNDP ont reconquis cette dernière localité à l’issue d’un combat sanglant qui a ressemblé, selon des sources, à un traquenard. Plusieurs centaines de soldats loyalistes ont péri. Les insurgés ont récupéré un important lot d’armes et munitions. Il n’est plus rare d’entendre des propos du genre «Kabila a organisé cette défaite pour conforter la position de Nkunda afin d’engager des négociations». Vrai ou faux, il existe un vrai malaise au sein de l’armée. Plusieurs centaines de soldats ont déserté. Va-t-on assister à quelques actions de défiance à l’encontre d’une hiérarchie politique et militaire accusée, à tort ou à raison, d’être de connivence avec Laurent Nkunda ? La troisième incertitude porte sur le contenu des résolutions qui seront prises lors de la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement au Nord-Kivu. Quel sera le prix à payer au «général Laurent» ainsi qu’à ses combattants du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) pour créer les conditions d’une paix durable dans cette région ?

Est-Ouest
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Kabila va-t-il fumer le calumet de la paix avec le général dissident à l’Est pendant qu’à l’Ouest le procureur général de la République et des faucons de la Présidence de la République continuent à promettre des bosses et des plaies à Bemba, accusé d’avoir voulu «éliminer physiquement» le «raïs» ? Quelle sera la réaction de l’opinion sur une solution frisant deux poids, deux mesures ? Ce sont là des questions qui reviennent dans toutes les conversations dans les milieux congolais. Autre interrogation : Nkunda va-t-il obtenir, avec le soutien américain et rwandais, une autonomie dans l’espace territorial conquis pour mieux assurer la sécurité de ses «frères» ? La Conférence épiscopale du Congo (Cenco) a déjà sonné le tocsin en mettant les «négociateurs» présents à Goma en garde sur le caractère non-négociable de l’unité physique du territoire congolais. «La Cenco saisit l’occasion pour rappeler que le principe de l’intégrité territoriale et de l’intangibilité des frontières doit être respecté. Ce qui confirme l’urgence de la formation d’une armée vraiment républicaine, qui soit capable de répondre à sa mission de défendre et de sauvegarder l’intégrité du territoire national», peut-on lire dans un communiqué daté 22 décembre dernier, sous la signature du président de la Cenco, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya. Dans le passé, on a vu les évêques prendre une position en pointe avant d’adopter un profil bas suite à des pressions diplomatiques. Il faut espérer que les princes de l’Eglise catholique feront preuve de constance et de fermeté.

AMP-PALU
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Dernière incertitude : le partenariat Kabila-Gizenga. Dans une déclaration faite à l’hebdomadaire parisien Jeune Afrique, édition n°2449, datée 16-22 décembre, le président de l’Assemblée nationale, le PPRD Vital Kamerhe a dit haut et clair que le gouvernement du Premier ministre Antoine Gizenga ne dispose plus que de quatre mois pour convaincre. « Jusqu’en avril 2008, c’est le dernier sursis », a-t-il déclaré. Personne ne pense sérieusement que le chef du gouvernement fera des miracles en quatre mois là ou il n’a pu faire en dix mois. On peut gager que le « patriarche » du Palu vendra chèrement sa peau. Lors du débat sur le budget 2008, ses partisans avaient fait une petite démonstration de force en manifestant devant le Palais du peuple…L’homme a pris goût aux délices du pouvoir. En vérité, le chef du gouvernement a déçu tous ceux qui avaient cru voir en lui un vrai réformateur. Le «Premier» n’a pas été capable de dresser la liste des matières prioritaires et de mobiliser les moyens dans cette direction. Il a, par contre, brillé tant par son obséquiosité à l’égard de Joseph Kabila que par son évanescence pendant des moments graves. Gizenga a raté l’occasion d’élargir sa base sociale par un contact direct avec la population. Au total, c’est un bouc émissaire tout désigné pour le clan kabiliste. On le sait, le poisson pourrit par la tête. Il faut craindre que la reconstruction annoncée dans le cadre des « Cinq chantiers » soit à reportée à l’année 2009 faute d’avoir éradiquer les incertitudes devenant des obstacles.

B. A. W

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