LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

12 décembre 2007

Après la perte de Mushake: Le gouvernement Gizenga II entre guerre d’usure et guerre totale

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Mauvaises nouvelles du Nord-Kivu. Et toutes les sources le confirment. Lundi, les insurgés de Nkunda ont reconquis la localité de Mushaki, en territoire de Masisi, à 40 km au Nord-Ouest de la ville de Goma. Pourtant, les Forces armées de la RDC les y avaient chassés six jours plus tôt, le 5 décembre 2007. Mardi, de nouveaux combats ont éclaté à Kazuba, près de Rumangabo, à environ 50 km de Goma, dans le territoire de Rutshuru. La poursuite des affrontements, sans espoir d’une moindre concession de part et d’autre, risque de coûter davantage cher aux populations civiles de l’Est, longtemps prises en otage par des bellicistes de tous poils.

Mushake constituait un verrou stratégique que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) voulaient à tout prix faire sauter, afin de dégager leur flanc ouest, avant de continuer leur offensive en direction du Nord, vers les bastions de Nkunda : Kirolirwe et Kitchanga.

Un revers est venu stopper, lundi après-midi, l’élan de l’armée régulière, après le lancement d’une vaste offensive contre les troupes du général déchu Laurent Nkundabatware. «Les troupes du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple, son mouvement politico-militaire) contrôlent Mushake et Karuba», localités du territoire du Masisi situées à environ 40 km au Nord-ouest et à l’Ouest de la capitale provinciale Goma, a confirmé à l’AFP le porte-parole militaire de la Monuc au Nord-Kivu, le major Prem Tiwari. Les troupes insurgées ont aussi pris position à Bihambwe, localité située plus au Nord-ouest, a-t-il ajouté, tandis que les FARDC se sont repliées de Kingi, à environ 40 km au Nord-ouest de Goma, sur l’axe menant aux bastions de Nkunda.

Tout n’est cependant pas perdu. Selon une source militaire congolaise, les FARDC ont effectué un «repli stratégique» à Kingi, pour protéger leurs pièces d’artillerie. «Des troupes sont restées à Kingi mais une partie s’est repliée vers Mugunga, à 15 km de Goma».

«L’armée a certes subi un revers, mais ce n’est pas la première fois que ces positions (de Mushake et Karuba) tombent aux mains des éléments de Nkunda. La Monuc appuie les FARDC pour revoir la stratégie sur le terrain», a commenté Mme Sylvie van den Wildenberg, porte-parole de la Monuc au Nord-Kivu.

LES CASQUES BLEUS TOUJOURS A MUSHAKE

«Pour le moment (mardi matin), les Casques bleus sont toujours dans leur base de Mushake», à quelques centaines de mètres du village, a précisé Mme Sylvie. Des milliers de civils et des soldats loyalistes ont fui en direction du Sud, vers la province voisine du Sud-Kivu, ont rapporté des témoins à l’AFP.

«Nous avons eu des rapports sur des mouvements de population vers Minova, au Sud-Kivu, et nous surveillons attentivement la situation. La Monuc a renforcé son dispositif de sécurité à Sake, à Goma et aussi au Rutshuru, au Nord de Goma. Nous appelons la population au calme», a ajouté le porte-parole de la Monuc au Nord-Kivu.

Dans le territoire de Rutshuru, voisin de Masisi, un accrochage entre les FARDC et les insurgés a été signalé mardi matin non loin du camp militaire de Rumangabo, à une trentaine de km au Nord de Goma. Joint par l’AFP, le colonel insurgé Sultani Makenga a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’une attaque contre les positions loyalistes, mais d’un «accrochage entre deux patrouilles». «Il y a eu un échange de tirs mais ça c’est vite arrêté», a dit le colonel, qui commande les troupes insurgées stationnées à l’Est de Rutshuru, près des frontières ougandaise et rwandaise.

Les accrochages sont fréquents dans ce secteur où les FARDC tentent d’empêcher les troupes du CNDP de traverser leurs lignes et de circuler entre les territoires de Rutshuru et de Masisi.

Pour rappel, les FARDC ont massé près de 25.000 hommes au Nord-Kivu contre quelque 4.000 insurgés. Elles avaient bien progressé les premiers jours autour de Sake (30 km au Nord-ouest de Goma), avant de se heurter à une forte résistance à Mushake et à Kingi, respectivement à 10 km à l’Ouest et au Nord de Sake.

Les agences de presse ont indiqué que depuis quatre jours, l’armée régulière avait continué à pilonner les lignes ennemies mais n’avançait guère au Nord de Kingi (sur l’axe menant aux bastions de Nkunda). Elle tentait de «consolider» ses positions plus à l’Ouest, après avoir subi samedi une attaque dans les collines voisines de Mushake.

LA PRIMAUTE D’UNE SOLUTION POLITIQUE

La chute de Mushake avait été présentée le 5 décembre comme une «grande victoire» par le chef d’état-major général des FARDC, le général Dieudonné Kayembe, en visite à Goma. A présent, toutes les stratégies sont à revoir. C’est ce que confirment des sources militaires congolaises. «Les FARDC se préparent à encercler les insurgés dans le but de les couper de leurs bases arrières».

Pour les observateurs, le gouvernement congolais est à son corps défendant exposé à une guerre d’usure, ou contraint à mener une guerre totale. Guerre d’usure dans la mesure où, face à la résistance des insurgés et aux appuis dont ils bénéficient, les affrontements risquent de s’éterniser, avec les conséquences prévisibles pour les populations civiles et pour le Trésor public.

Ensuite guerre totale, dans ce sens qu’acculé à sauver son honneur sur un champ de bataille, le gouvernement de la République se doit d’engager toutes ses forces pour en finir une fois pour toutes, quel qu’en soit le prix financier et humain, avec l’homme qui défie son autorité dans le Nord-Kivu. Il faut, pense-t-il, extirper ce mauvais exemple, qui a le désavantage d’être contagieux.

Mais, il faut se rendre à l’évidence. Les recommandations reçues autrefois de l’Onu, de l’Union européenne, de Washington et certainement de plus influents leaders africains, avant les affrontements actuels, ont invariablement fait prévaloir la primauté d’une solution politique et diplomatique sur les armes.

Mais puisque Kinshasa a unilatéralement choisi sa voie, en marge de l’Accord du 9 novembre signé à Nairobi avec le Rwanda, nul ne sera surpris de le voir esseulé sur le terrain, les armes pointées contre Nkunda mais sans l’appui réel ni de la Monuc, ni des pays voisins. Encore une fois, dans toute chose, il faut toujours mesure garder. Et user de plus de pragmatisme que de violence.

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