LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

11 août 2007

Ciment : 4 Asiatiques et 11 Congolais la main dans le sac

60891_1168752950_1La spéculation des prix autour du ciment gris congolais n’a que trop duré. De 10,5 US dollars imposés, le sac de 50 kg se négocie à 22 dollars à Kinshasa et à plus de 30 en provinces. Voilà pourquoi le gouvernement est passé à l’offensive : suspension des importations et des exportations et mise à l’index de quatre distributeurs asiatiques et onze nationaux. En définitive, la solution idéale ne viendra que le jour où l’offre locale dépassera la demande, afin de satisfaire également le marché extérieur.

Le gouvernement vient de décréter une contre-offensive pour freiner la spéculation autour du prix du ciment gris produit en RDC. Un communiqué signé le 09 août 2007 par le ministre de l’Economie nationale annonce «la suspension jusqu’à nouvel ordre de la livraison de ciment aux distributeurs grossistes».

En conséquence, le ministre enjoint aux producteurs CILU et CINAT d’«approvisionner directement les dépôts des détaillants sur toute la ville de Kinshasa, dans toutes les communes, en partenariat avec les deux associations des distributeurs bien connues».

Après la concertation ayant réuni le ministre de l’Economie avec les opérateurs du secteur, les distributeurs exclusifs de la Cimenterie de Lukala (CILU), appartenant au Groupe Forrest, sont donc les grands perdants de la guérilla du ciment. Sont particulièrement visés quatre Asiatiques et onze Congolais, accusés d’avoir excellé dans la spéculation et, accessoirement, dans des exportations illégales.

Comment opèrent-ils ? Le groupe de «15» a réussi à s’attirer la sympathie des responsables des entreprises qui produisent du ciment. La plus importante quantité du produit leur est délivrée et ils la gèrent selon leur humeur, en commençant par le stocker pour créer la rareté. Ensuite, ils vendent ce produit à la tête du client après avoir exporté une bonne partie vers les pays limitrophes pour des raisons faciles à deviner.

Afin de perturber le réseau de distribution du ciment, ces malfrats bénéficient inévitablement des complicités tant à la Cinat qu’à la Cilu ainsi que dans les cercles du pouvoir. Une enquête doit être diligentée sans délai pour que ces criminels économiques soient sévèrement punis.

CILU, c’est environ 4 50 000 tonnes de ciment produites par an, contre 120 000 tonnes pour la Cimenterie nationale (CINAT). Cette dernière affiche une mine patibulaire, depuis des lustres, du fait que l’Etat demeure son actionnaire majoritaire. Par une fortuite coïncidence, l’une et l’autre usine sont implantées dans la province du Bas-Congo.

INADEQUATION ENTRE L’OFFRE ET LA DEMANDE

Néanmoins, la mise à l’index des 15 distributeurs exclusifs de la CILU, ou la vente directe aux détaillants décidée par le ministère de l’Economie ne sont pas des mesures susceptibles de garantir la stabilisation du prix du ciment. Le goulot d’étranglement est ailleurs. Sans conteste, il s’appelle «inadéquation entre l’offre et la demande».

Question récurrente, la production du ciment par les deux unités encore opérationnelles bute à deux réalités, qui ne sont pas nouvelles. Loin s’en faut. Il s’agit, comme dit plus haut, de l’offre elle-même, jugée nettement insuffisante (570 000 tonnes/an) par rapport à la demande intérieure (900 000 tonnes/an). Il s’agit aussi de l’exportation d’une partie de la production locale vers des marchés très lucratifs de certains pays voisins, en particulier le Congo Brazzaville et, fort récemment, la République Centrafricaine.

Il a été déclaré, lors des assises, que l’exportation de 5 000 t/mois vers Brazzaville est couverte par un accord en bonne et due forme entre CILU (qui produit 30 000 t/mois) et les constructeurs chinois du barrage hydroélectrique d’Imboulou. Difficile de vérifier ce tonnage à cause des réseaux tissés par certains distributeurs opérant dans l’illégalité. Toutefois, c’est sur ces entrefaites qu’une forte délégation du gouvernement de Bangui est arrivée à Kinshasa pour négocier, elle aussi, avec les officiels l’importation d’un quota du ciment congolais.

DES DEMI-MESURES, UNE ILLUSION

Quelles que soient les solutions d’urgence envisagées pour stabiliser le prix du ciment, le gouvernement devrait se rendre à l’évidence que la spéculation autour de ce produit est un phénomène familier des Congolais. Des demi-mesures ou des décisions en trompe-l’œil sont une illusion. En conséquence, combattre la spéculation avec la dernière énergie c’est bien. Mais tenter de trouver «la» solution à l’insuffisance de la production locale sera nettement salutaire.

Reste qu’après avoir décidé la suspension des exportations, d’une part, et l’approvisionnement direct des détaillants par les producteurs, d’autre part, le ministère de l’Economie et toutes les structures de l’Etat ont la rude tâche de faire respecter cette réglementation. Car une chose est de mettre sur pied une cellule de suivi et de contrôle. Une autre est de veiller à ce que cette cellule ne se transforme pas en «facilitateur» des exportations clandestines.

Pour terminer, un mot sur la capacité de production de la CILU et de la CINAT. A ce propos, tous les experts sont unanimes : les deux unités de production nécessitent des investissements nouveaux en vue de répondre à l’immensité des besoins exprimés tant en République démocratique du Congo que dans les pays voisins.

Dans le cas où cet obstacle était levé, la CINAT dont l’Etat détient la majorité d’actions, aurait à subir un traitement de choc au niveau de la gestion, talon d’Achille et cause des contre-performances de 9 entreprises publiques sur 10. D’où l’ouverture à la privatisation de sa gestion apparaît comme la voie indiquée pour augmenter sa productivité. Et lutter contre les pénuries et autres spéculations actuelles.

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