LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

14 mai 2007

Election au Sénat : la vérité

Kengo13La victoire de Léon Kengo wa Dondo d’un côté et la défaite de She Okitundu de l’autre demeurent d’actualité. Que s’est-il passé pour qu’un candidat indépendant soit élu président du Bureau définitif du Sénat au détriment du candidat de la majorité ?

Les jeux sont faits en ce qui concerne l’élection du bureau définitif du Sénat. Au terme de plusieurs tours de scrutins, ce bureau qui sera installé officiellement aujourd’hui, lundi 14 mai, se présente de la manière suivante : Léon Kengo wa Dondo, président ; Edouard Mokolo wa Pombo, 1er vice-président ; Mario Cardoso Losembe Bantwanyele, 2ème vice-président ; Modeste Mutinga Mutuishayi, Rapporteur ; Lola Kisanga, Rapporteur adjoint ; Mabaya Gizi, Questeur, et Ndebo a Kanda, Questeur adjoint.

La surprise de cette élection demeure incontestablement la victoire de Kengo wa Dondo, candidat indépendant, sur Léonard She Okitundu, candidat de l’Alliance de la majorité présidentielle. Autre victoire inattendue : celle du RCD Lola Kisanga opposé au PPRD Marie-Claire Kikontwe. Enfin, comment expliquer le succès du CDC Mabaya sur le PDC Pius Issoyongo, présenté par l’ AMP.

Comment expliquer qu’une plate-forme qui détient la majorité numérique au Sénat n’ait pas réussi à faire passer ses hommes ? Quel est vraiment l’élément moteur qui a joué lors de ces élections ? Manque de conviction politique ? Les individualités ? Le régionalisme ? L’argent ? Autant d’interrogations auxquelles Le Potentiel tente de réserver une réponse.

PPRD : ABSENCE DE LEADER

Lorsque l’on évoque la plate-forme Alliance de la majorité présidentielle (AMP), l’on pense avant tout au PPRD. Il se fait que depuis l’élection du bureau définitif de l’Assemblée nationale et la constitution du gouvernement Gizenga, ce parti est en quelque sorte décapité.

En effet, Vital Kamerhe, ancien secrétaire général, est devenu président de l’Assemblée nationale. Ange Lukiana et Maker Mwangu Famba, secrétaires généraux adjoints ont été nommés respectivement ministres du Travail et de la Prévoyance sociale, et de l’ EPSP. Conformément à l’article 97 de la Constitution, le cumul n’étant pas autorisé pour cause d’incompatibilité, le PPRD est resté ainsi abandonné à lui-même. Personne pour gérer les stratégies électorales et veiller à l’exécution des consignes.

Certes, Philippe Futa, sénateur, est le coordonnateur de l’AMP. Mais se sentant quelque peu frustré depuis la formation du gouvernement, outre qu’il n’a pas été désigné à un quelconque poste du bureau du Sénat, il a été éloigné du pré - carré présidentiel au point qu’il n’avait aucun pouvoir d’imposer une quelconque consigne de vote. Les préparatifs de cette dernière étape électorale ayant été confiée à une équipe des technocrates, loin du Sénat et à des groupes politiques importants.

D’autre part, le candidat She Okitundu ne faisait pas l’unanimité au sein de la plate-forme. Mais les radicaux du camp présidentiel lui reprocheraient une certaine inefficacité, à l’époque où il était alors directeur de cabinet du chef de l’Etat. En plus, originaire du Kasaï Oriental, mais du district du Sankuru, il ne soulevait pas d’enthousiasme quand on sait qu’à l’Assemblée nationale et au Gouvernement, les ressortissants du Sankuru sont déjà abondamment servis. Le PPRD et l’AMP n’ont donc pas réussi à gérer tous ces paramètres. Enfin, rallier les Baluba du Kasaï Oriental et les Lulua du Kasaï Occidental a été une mission impossible en faveur de She Okitundu..

UNE MAJORITE VIRTUELLE

Lorsque l’on fait le compte des sénateurs au regard de leur appartenance politique, l’on constate que l’Opposition dispose de 47 membres et 61 membres pour l’AMP. Mais au fil du temps, le RCD s’est désolidarisé de l’AMP, amenant avec lui ses 8 sénateurs. Tout compte fait, l’AMP ne disposait plus que de 53 membres même dans l’hypothèse où quelques indépendants pas très convaincants ni convaincus l’on rejointe par opportunisme. Ce qui prouve que lors des élections, faute de convictions politiques, certains membres de l’AMP, pour des raisons d’affinités personnelles, régionales ou financières (puisque des rumeurs ont fait état, la veille, de la circulation des billets de banque), n’ont pas respecté les consignes de vote. Ils auraient voté, dans un premier temps, pour Léon Kengo wa Dondo. Et par la suite, soit selon la tête du client, soit sur base d’affinité provinciale.

C’est dire qu’à ce stade, la majorité de l’AMP au Sénat demeure une majorité numérique virtuelle. Bien sûr qu’après avoir raté la présidence du Sénat et la direction de la questure, ses membres se sont ressaisis pour les autres postes, à part celui du Rapporteur adjoint. S’agissant particulièrement du candidat Issoyongo du PDC retenu pour approcher l’électorat de l’Equateur, la consigne n’a pas été respectée. En effet, son arrivée tardive dans le PDC a créé des frustrations auprès des sénateurs membres de ce parti qui ont organisé un vote sanction. Ces frustrations ont été également ressenties dans l’électorat du Katanga où les candidatures en solo du sénateur Mwamba et de la sénatrice Ngoya avaient divisé l’électorat du Katanga et ont pesé lourd dans l’échec de Marie-Claire Kikontwe. Comme on peut le constater, la majorité AMP très peu structurée, mal encadrée et sans tête d’affiche a payé cher son manque d’organisation. Elle n’a été qu’une majorité virtuelle.

DES STRATEGES

L’élection au Sénat a permis à certains stratèges de renverser les tendances, déjouant ainsi les pronostics. Ou mieux, de faire en sorte que cette élection fût un scrutin exemplaire.

Tenez ! Dès que la liste des candidats AMP a été rendue publique, les adversaires ont fait un choix stratégique à tous les postes. A la présidence du Sénat, Kengo wa Dondo répondait au profil d’un vrai chef de file. Il a été opposé à She Okitundu contesté par les siens; Tshimbombo Mukuna a été choisi tout simplement parce qu’il est originaire du Centre et surtout parce qu’il vient du même sérail que Mokolo wa Pombo. La populaire Eva Bazaïba été choisie pour contrer Losembe. Ngongo Luwowo, un professionnel des médias a été opposé à un autre journaliste professionnel, Modeste Mutinga. Lola Kisanga a été retenu pour contrer Marie – Claire Kikontwe, tandis que Mabaya Gizi pour la province de Bandundu a été opposé à Pius Issoyongoi. Comme on peut le constater, à chaque candidat de l’Amp, l’Opposition a aligné un contre-poids, soit sur le plan individuel, soit sur le plan d’origine provinciale.

Pendant toutes les opérations de vote, le «Groupe des 40» de l’Opposition est resté uni et constant, respectant à la lettre les consignes de vote. Raison pour laquelle, à part Ndebo qui a battu son rival à plate couture avec plus de 70 voix, le vote en ce qui concerne le reste des postes a été serré. Le «Groupe des 40» a pesé lourd, et les indécis pour des raisons individuelles ou régionales, ont fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre pour obtenir les résultats connus de tous, peu importe leur appartenance à l’AMP.

Par ailleurs, les observateurs ont constaté qu’à chaque fois qu’il y avait un deuxième tour, le groupe de l’Opposition faisait passer un message avec rapidité, à partir d’un même chef d’orchestre. Ce qui n’a pas été observé du côté de la majorité présidentielle qui a manqué certainement de stratège et d’un «chef » de file dans la salle afin de piloter les élections jusqu’au bout.

EQUILIBRE REGIONAL

Empressons-nous de relever que la personnalité des candidats a pesé sur les élections. Sentiment mis à part, le Sénat dispose des sénateurs éprouvés. Quoique l’on dise sur le passé politique de Kengo, sur sa rigueur sur le plan socio-économique, l’homme a été choisi in titu personne. Il ne s’est pas démenti dans son discours de campagne électorale: «La rigueur est à la gestion ce que l’éthique est à la morale», a-t-il encore martelé.

Il y a cependant lieu de noter un déséquilibre par rapport aux conditions constitutionnelles. C’est-à-dire l’équilibre provincial et la représentativité de la femme. A ce propos, on note l’absence de la femme dans ce bureau définitif de la Chambre haute. Sans commentaire pour un vote démocratique transparent. On y relève deux ressortissants de l’Equateur, de la province Orientale, un du Kasaï Occidental, un de Bandundu et un autre du Bas-Congo. Et pourtant, l’opinion s’attendait à une meilleure représentativité du Centre qui ne dirige aucune institution de la République.

Que dire de l’argent qui aurait circulé pour l’achat des consciences ? Il est difficile de répondre à cette interrogation faute de preuve matérielle. Mais à en croire certaines rumeurs, l’argent aurait été distribué. Mais la répartition ne se serait pas effectuée de façon satisfaisante au sein des partis politiques. Ce qui serait à la base des frustrations et des mécontentements, dès lors que la partie adverse aurait donné le triple. Tout ça est à classer au chapitre de la rumeur.

Certes, des craintes peuvent être exprimées. En effet, Kengo wa Dondo, quoique président, indépendant, proche de l’Opposition, Mokolo wa Pombo, 1er vice-président proche de l’AMP, et Losembe, 2è vice-président/Forces du Renouveau proche de l’AMP, soient des familles politiques différentes, les commentateurs de la politique congolaise voient dans ce trio le retour d’un noyau élitiste de Mobutu. En effet, qu’il s’agisse de Mokolo wa Pombo, Losembe, tous deux ont été des collaborateurs du président Mobutu et de l’ex-Premier ministre Kengo wa Dondo à qui ils doivent respect et reconnaissance.

Ce rapprochement ne peut toutefois, en aucun cas, altérer la personnalité de ces deux derniers qui sont des gens de force caractère et qui connaissent pertinemment bien la valeur de la fidélité et des engagements pris. Soit. A ce stade, il s’agit tout simplement d’un procès prématuré d’intention. Aussi, toute l’équipe du bureau définitif du Sénat devrait-elle cultiver une franche collaboration, dans la sérénité et ne pas se fier aux sirènes des « Congo-pessimistes » de tout bord.

Au demeurant, ce qui importe pour les lecteurs, c’est que Le Potentiel a essayé, à travers ces lignes, de reconstituer la vérité autour de l’élection du Bureau définitif. C’est important pour l’histoire. Et pour la démocratie.

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