LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

26 février 2007

Le lourd héritage de la « libération » du 17 mai 1997

MonucDepuis la guerre 1996-1997 et celle de 1998-2003 menée sur le territoire zaïro-congolais,  par  les armées régulières du Rwanda et de l’Ouganda, sous le label de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo), la culture de la violence s’est répandue au Congo-Kinshasa. Le viol et le meurtre sont ainsi devenus des crimes ordinaires de la vie quotidienne. Là où le bât blesse c’est que l’armée et la police sont devenues plus que jamais les vecteurs de l’insécurité des personnes et des biens. 

« Au lieu d’envoyer les soldats de la garde présidentielle défendre les frontières du Congo avec le Rwanda où les hommes de Laurent Nkunda font la loi, au lieu d’envoyer les policiers dirigés par le fameux colonel Raüs déloger les policiers angolais qui occupent le territoire de Kahemba, Joseph Kabila ne montre ses biceps qu’en face de ses concitoyens désarmés.» C’est la réaction à chaud recueillie auprès d’un activiste des droits l’homme joint au téléphone à Kinshasa. L’homme réagissait sur la détérioration de l’état général des droits et libertés en RD Congo. La division des Droits de l’Homme  de la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc) a sorti, en date du 20 février, son rapport mensuel sur les droits de l’homme en RD Congo. La situation décrite au mois de  janvier 2007 est loin d’être différente de celle qui prévalait en décembre 2006. C’est un signe qui ne trompe pas : le pays poursuit sa descente aux enfers en matière de violence gratuite exercée sur les hommes mais surtout les femmes et les jeunes filles mineures. Le Congo de demain sera sans aucun doute habité par une population traumatisée par des décennies d’humiliations. Le rapport de la Monuc donne la nausée au regard de la banalisation du meurtre et du viol. Il met à nu l’évanescence de l’Etat et le danger que représente désormais les éléments de la police et de l’armée pour les populations qu’ils sont censés protéger. Aucune province de la RD Congo n’est épargnée.  L’opinion congolaise a encore frais en mémoire les massacres de 134 membres du mouvement politico-religieux Bundu Dia Kongo (BDK) imputés aux agents de la  police et de l’armée. Deux questions restent à ce jour sans réponse : Qui a ordonné le déploiement des militaires dans une opération de maintien de l’ordre au Bas-Congo ? Qui a  donné l’ordre de tirer notamment à l’arme lourde sur une population non armée ? Plusieurs commissions d’enquête ont été dépêchées dans cette région. Aucune conclusion n’a été divulguée près de deux mois après les faits. On le sait, le ministre de l’Intérieur, Denis Kalume Numbi, se débat comme un beau diable pour faire triompher la thèse fallacieuse selon laquelle les forces de l’ordre étaient en « situation de légitime défense ». Dans le premier point de son rapport, la Monuc rappelle que « les affrontements ont eu lieu après l’appel du BDK à observer une journée « ville morte » le 1er février en contestation des résultats des élections au gouvernorat de la province du Bas-Congo ».

L’évanescence de l’Etat

Dans son point « 45 », la division des Droits de l’Homme de la Monuc revient sur la détention de l’avocate Marie-Thérèse Nlandu Mpolo Néné. On peut lire que, lors de l’audience du 24 janvier, les avocats de la défense ont demandé la mise en liberté provisoire de leur cliente. Ils ont par ailleurs exigé le rejet des procès-verbaux établis par la police au motif que ceux-ci « ne donnent aucune indication sur le type ou l’origine des grenades qui auraient été trouvées dans le véhicule de Me Nlandu ». Plus grave, disent les avocats, ces procès-verbaux « ont été établis après l’arrestation de l’accusée en violation des codes de procédure pénale militaire et ordinaire ». Le rapport note que le tribunal militaire a refusé de faire droit à la demande de la mise en liberté provisoire de l’avocate. Ce que le rapport de la Monuc ne dit pas c’est que dans les milieux diplomatiques à Kinshasa, la juriste, embastillée depuis deux mois, est de plus en plus considérée comme la « prisonnière personnelle » de Joseph Kabila. « Sa libération dépend du chef de l’Etat », confie un  diplomate européen en poste à Kinshasa. « Kabila est manifestement embarrassé. Il s’agit pour lui de ne pas perdre la face », ajoute-t-il. Question : pourquoi ce silence de la communauté internationale à ce sujet ? La télévision publique belge francophone (RTBF) a surpris ses téléspectateurs congolais, dimanche 25 février, en consacrant près de cinq minutes à l’affaire Nlandu dans le journal télévisé de 19h30. Une première. Dali Mbala, fille de la détenue a qualifié la détention de sa mère de « complot ». « C’est une avocate qui dérange », a-t-elle ajouté en dénonçant les conditions carcérales. Un avis que ne partage naturellement pas l’ambassadeur de la RD Congo à Bruxelles. Commentaire du journaliste : « Les droits de l’homme sont loin de bien se porter au Congo ». Un fait sans précédent pour un média qui semblait jusqu’ici éluder toute information de nature à nuire à l’image de Joseph Kabila. Assiste-t-on à une simple péripétie ou à un véritable changement de politique ? Seul l’avenir le dira. En dehors de Bundu Dia Kongo et l’affaire Nlandu, le rapport de la Monuc déclame plusieurs cas de viols imputés à des policiers ainsi qu’à  des militaires des Forces armées de la RD Congo. A titre illustratif, dans la nuit du 11 au 12 janvier, cinq femmes « auraient été » violées dans la ville de Bunia. On appréciera le conditionnel auquel recourent abondamment les rédacteurs du rapport de la Monuc. Des viols et des meurtres ont été commis  dans plusieurs localités des provinces du Kivu, dans le Nord Katanga et l’Ituri notamment sur des filles mineures. Qui arrêtera cette situation chaotique qui découle manifestement du lourd héritage légué par la guerre dite de « libération » de 1996-1997 ? « En exportant le conflit rwando-rwandais sur le sol congolais, les Rwandais ont exporté également leur culture de la violence en RD Congo. L’absence d’Etat a élevé le Congo au rang d’enfer sur terre», assène un politologue.

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