LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

25 janvier 2007

RDC : La vraie recréation a commencé

La corruption à grande échelle et à ciel ouvert des députés provinciaux par des candidats sénateurs, leurs partis et plates-formes politiques est au centre des débats. L'opinion congolaise est choquée de constater qu'en accordant leurs suffrages aux plus offrants, 632 députés provinciaux ont déçu les attentes de plus de 60 millions de Congolais.

Quel avenir pour le pays avec un Sénat dont la majorité des membres élus ont gagné les suffrages indirects en usant des moyens malhonnêtes ? Pour d'aucuns, le Sénat en gestation a inauguré la vraie récréation, à l'opposé de la mise en garde du Chef de l'Etat, telle qu'exprimée dans son discours d'investiture, le mercredi 06 décembre 2006. Parlant en effet de la fin de la récréation, le Président de la République entendait mettre un terme au culte des antivaleurs telles que la corruption, l'impunité, le détournement des deniers et biens publics, le trafic d'influence, la mauvaise gouvernance, l'opacité dans la gestion des finances publiques, l'incivisme, l'intolérance politique, ethnique et religieuse, etc.

Malheureusement, la « chambre haute » du Parlement semble s'inscrire dans la voie de la compromission. Dès lors, les observateurs se demandent si les sénateurs corrupteurs pourraient exercer correctement leur mission de contrôle de l'exécutif. Au regard du feuilleton de corruption dont ils viennent de gratifier des millions de Congolais, il y a fort à parier que la vraie récréation a commencé avec des personnalités dont on peut craindre qu'elles se fassent les complices des pilleurs de la 3me République et des violateurs des droits humains. De nombreux compatriotes désespèrent déjà d'une législature sortie des entrailles de la corruption et sur laquelle personne ne peut compter pour l'émergence de la bonne gouvernance au sommet de l'Etat.

Des candidats rejetés par le peuple

Les sénatoriales représentent un authentique paradoxe électoral. Des candidats ayant échoué à la présidentielle, aux législatives nationales et provinciales ou incapables d'affronter des millions d'électeurs ont réussi à entrer au Sénat grâce à la volonté de cinq électeurs seulement, tous bénéficiaires d'avantages illicites en nature et en espèces.

A plusieurs égards, une poignée d'électeurs (632) a marché contre la volonté de 25 millions d'électeurs signalés par les fichiers de la Commission Electorale Indépendante. Ce n'est rien moins qu'une escroquerie.

Electorat sans scrupules

En effet, des cas avérés de corruption de ce petit électorat sans foi ni morale ont été enregistrés aussi bien à Kinshasa, Matadi, Bandundu, Mbandaka, Kananga, Mbuji-Mayi, Lubumbashi, Kindu, Kisangani, Bukavu qu'à Goma. Argent, motos, vaches, groupes électrogènes, chèvres, boissons ont circulé à tel point que certains dons ont provoqué des scandales publics. Telle cette enveloppe d'un million de Francs congolais déposée par un candidat de l'Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) sur la table du Bureau provisoire de l'Assemblée provinciale du Bas-Congo au titre de libéralités, à la veille du scrutin sénatorial. Gênés de se faire corrompre publiquement, les députés provinciaux ont retourné les fonds à l'expéditeur.Mais, quelque temps après, ils n'ont pas hésité à bouffer en-dessous de la table.

Par ailleurs, un député provincial de l'Union pour la Nation, accusé d'avoir fait le jeu de l'Alliance de la Majorité Présidentielle, a démissionné de ses fonctions de coordonnateur adjoint provincial de cette plate-forme électorale.

A Kindu, un candidat malheureux aux sénatoriales a lancé des hommes en armes aux trousses de tous les députés provinciaux ayant accepté ses offres en argent et en motocyclettes sans penser à lui renvoyer l'ascenseur au niveau des urnes. A Kananga, une aspirante sénatrice non élue a lancé un avis de recherche contre un membre de son état-major de campagne qui a disparu de la circulation, car incapable de lui expliquer ce que des députés provinciaux ont fait des motos et des « enveloppes » qu'elle leur avait fait parvenir. Un candidat sénateur crédité de zéro voix à Kananga continue de harceler les députés provinciaux qui avaient mangé la viande de chèvre chez lui et pris chacun 300 dollars A Kinshasa et à l'Equateur, des disparités de taux entre les enveloppes libérées par des candidats sénateurs et celles réellement perçues par les députés provinciaux électeurs ont causé des dégâts irréparables au niveau des résultats des urnes. A Goma et à Bukavu, d'anciens caciques du MPR/Parti-Etat ont sorti leurs griffes pour faire triompher leurs poulains moyennant espèces sonnantes et trébuchantes.

Contrôles parlementaires de complaisance ?

Là où il fallait plusieurs milliers de voix à un candidat président de la République, député national ou député provincial pour décrocher un mandat public, cinq voix ou moins suffisaient pour se faire élire sénateur. Finalement, l'électeur d'un sénateur est apparu comme l'exercice le moins éprouvant (deux jours seulement de campagne) et le moins onéreux (une voix à mille ou deux mille dollars américains). Avec cinq mille dollars US pour certains ou dix mille dollars US pour d'autres, l'affaire était en poche.

Dans quelques semaines, le Sénat, au même titre que l'Assemblée Nationale, serait en droit d'exercer sa mission de contrôle de l'action du gouvernement. Mutatis mutandis, les assemblées provinciales devraient faire le même travail face aux exécutifs provinciaux. Aux yeux de certains, ce qui vient de se passer aux sénatoriales pourrait être la configuration des histoires de pots de vin dans lesquelles risquent de briller nos sénateurs tout au long de leur mandat.

Beaucoup de Congolais doutent que ceux qui ont acquis leur mandat par la corruption et ceux qui ont accepté de se faire corrompre puissent résister aux sollicitations potentielles des ministres, gouverneurs ou PDG d'entreprises. Les mours étant ce qu'elles sont, on ne les voit pas dénoncer un mal qui passe désormais pour une valeur positive dans la culture de la 3me République.

Related Posts with Thumbnails
Posté par Losako à 16:24 - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires sur RDC : La vraie recréation a commencé

Nouveau commentaire