LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

12 janvier 2007

L' ANR Katanga fait la police au sein de l' AMP...

9616317_pComme à l’époque du parti-Etat, au Katanga, Joseph Kabila a endosles candidatures de Moïse Katumbi et de Gabriel Kyungu wa Kumwanza aux postes respectifs de gouverneur et de président de l’assemblée provinciale. Pour avoir dénoncer cette ingérence présidentielle, Kibwe  Kikudji, membre de l’AMP, a été arrêté  par  l’Agence nationale des renseignements (ANR).

Lubumbashi. Correspondance particulière.
La Troisième République 9616308_pcongolaise est-elle déjà une « démocrature »? C'est-à-dire, une caricature de la démocratie ? S’ il est trop tôt de juger Joseph Kabila sur un mandat qu’il n’ a pas encore exercé, il n’ est pas non plus trop tard de se faire une opinion sur ses capacités démocratiques, car il n’est pas un inconnu. Il a un passé de cinq années de gestion dont deux années ( 2001-2003) de règne personnel et sans partage et trois années de transition ( 2003-2006) pendant lesquelles ses qualités démocratiques n’ont même pas pointé sous les habits du système de 1+4. Ses premières paroles, ses premiers pas dans la Troisième République ont donc toute leur signification.
Dans son discours d’ investiture, Kabila avait annoncé avec autorité que les «portes des prisons seront ouvertes devant tous ceux qui se mettront en travers de la loi ». La lutte contre l' impunité ne consiste pas uniquement à punir, et l' emprisonnement n' est pas la peine unique à infliger aux délinquants. Mais Kabila avait parlé solennellement de la privation de liberté sans jugement. Il n’ a jamais rectifié ces propos. La maladresse n’était pas accidentelle, mais elle découlait d’ une culture de gouvernement.  Qu' on se rappelle les méthodes expéditives de l’ AFDL,  dont faisait partie l’actuel président. Sans devoir évoquer les exécutions sommaires,  les kadogos et autres soldats rwandais fouettaient publiquement les populations sans autre forme de procès. L' élection présidentielle ne peut avoir déraciné ces mentalités frustres et son corollaire d' actions expéditives et contraires à la gestion journalière de l’Etat de droit.

Incompatibilités
Tout est dans la manière de gouverner. En octobre 2006, Kabila avait nommé le général Denis Kalume au ministère de l’Intérieur, Décentralisation et Sécu­rité ainsi que l’Amiral Baudouin Liwanga Mata à la tête de la ville province de Kinshasa. Pourtant, les deux officiers étaient frappés d’ incompatibilité constitutionnelle avec leurs fonctions dans l’ armée. L’ opinion publique a laissé faire. Dernièrement, c’est Barnabé Kikaya Bin Karubi, en sa qualité de secrétaire particulier du chef de l’ Etat, qui a annoncé le dépôt à la Cour suprême de Justice de la déclaration écrite des biens de Kabila. Pourtant, le même Kikaya est actuellement député en fonction, et dont le mandat validé, est incompatible avec son ancienne fonction publique. L’ opinion publique n’ a pas relevé la récidive.
Plus grave est qu’ au lendemain de sa prestation de serment, le président élu n’ avait pas  cherché à revêtir ses proches collaborateurs issus du régime de 1+4 de nouvelles nominations. Techniquement, l’ ancien cabinet disparaissait avec l’ investiture. Mais Kabila leur a donné des prérogatives dépassant leurs compétences habituelles. Ainsi, le 11 décembre 2006, c’est Léonard She Okitundu,  se disant toujours directeur de cabinet du chef de l’Etat qui avait décrété que « le gouvernement de Transition, les Gouverneurs et les Vice-Gouverneurs de province sont chargés d’expédier les affaires courantes ». Et le diktat a été exécuté comme sous un régime où la parole du chef a force de loi.
Est-il vrai que la direction du pays est complexe et qu’elle réserve des pièges qui seront déjoués au fur et à mesure de la mise en place des nouvelles institutions. Kabila ne serait que victime d’ une nouvelle période de transition ?
C’est ici que le cas du Katanga permet de trancher la question des intentions et des capacités démocratiques du nouveau président.  Cette province d’ origine des Kabila (père et fils) a non seulement voté massivement pour lui, mais elle a également élu une forte majorité de députés nationaux et provinciaux de l’ AMP (Alliance pour la Majorité Présidentielle). Logiquement, la province devrait jouir d’ un rôle pilote dans la pratique aisée des mœurs démocratiques. L’ absence de contestation ouverte devrait favoriser un esprit de bienveillance permettant une expression aisée et spontanée de la sincérité du nouveau pouvoir, de son engagement démocratique et de son respect des nouvelles institutions et des droits politiques et libertés individuelles.

Dérive dictatoriale
Au Katanga, comme ailleurs, les élections au bureau de l’assemblée provinciale et au gouvernorat ont fait l’ objet de tractations politiques. Tout se joue en famille, avec un avantage acquis pour l’AMP. Mais les inquiétudes ont surgi après la présentation publique de Messieurs Kyungu Wa Kumwanza et Moïse Katumbi comme respectivement président de l’ Assemblée et gouverneur du Katanga. Il a été annoncé très officiellement que ces deux « nominations » avaient été endossées par Kabila. De quoi donc se mêlait le chef de l’ Etat ? S’ il détermine les nominations, cela annonce qu’il décidera à l’ avenir des révocations, avec un retour au mobutisme ? Un candidat membre de l’ AMP, monsieur Kibwe Kikudji s’ est cru autorisé à critiquer cette dérive dictatoriale et à dénoncer la manipulation politique. Il ne voyait pas comment le président de la République peut appuyer un candidat alors que les candidatures et le scrutin sont ouverts à tous. Kibwe a aussitôt été interpellé et détenu plusieurs heures par l’ ANR ( Agence Nationale de Renseignement), cet autre service de sécurité aux ordres de Kabila. L’ ANR a cherché à obtenir que le récalcitrant obtempère aux choix du Président. Que reste-t-il des capacités démocratiques, si l’ ANR se charge de la discipline interne à l’ AMP ?
En 2004,  Kabila s’ adressait aux Sénat belge en ces termes :  « le grand défi qui reste à relever est celui de réaliser, dans le délai imparti, tous ces objectifs et, en même temps, remettre le peuple au travail, car même si l’apport extérieur est nécessaire, le peuple congolais sait qu’il doit s’investir profondément dans le travail pour changer sa condition actuelle ». Dans son discours d’ investiture, il a proclamé ceci : « J'annonce aujourd'hui la fin de la récréation, afin que le peuple puisse se consacrer au travail, et ce dans la paix et la tranquillité ». Bref, le credo de Kabila est de mettre le peuple a travail. L’ histoire retiendra que son premier acte de gestion directe aura été de proclamer un deuil national pour les funérailles du Cardinal Etsou, et que ce jour sera « férié et chômé ». La discordance entre les intentions, les paroles et les actes se poursuit. Les vieilles habitudes de dérives du pouvoir persistent. Un pas de plus a été fait en direction de la « démocrature ».

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