LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

28 décembre 2006

Selon Jean-Paul Mopoko: Les contrats « léonins » risquent de diviser Kabila et Gizenga

RFI_001Pourquoi Radio France international s’est intéressée à ce chercheur congolais qui vient de publier un ouvrage intitulé : « Crimes économiques dans les Grands Lacs africains ». Il s’agit bel et bien de Jean-Paul Mopoko Banda, qui était l’invité mercredi de Christophe Boisbouvier au journal Afrique de Radio France international. Sans trop bercer dans des discours politique, l’homme – en fin technocrate et chercheur indépendant – s’est dit convaincu que la collaboration entre le président Joseph et le premier ministre pressenti Antoine Gizenga ne sera pas de tout aisée. A la base, pense-t-il, il y a notamment l’exécution de tous les contrats « léonins » signés par le président de la République depuis 2002 qui en sera la pomme de discorde. L’intégralité de l’interview en page 3).

On sait que le Congo a été pillé pendant les six années de guerre, est-ce que le pillage a contin88990ué depuis la fin de la guerre ?

Absolument, le pillage a continué mais sous d’autres formes que durant la guerre. Aujourd’hui, c’est directement le gouvernement qui signe des contrats léonins et qui donne des avantages exorbitants aux multinationales étrangères tout simplement pour s’assurer le pouvoir et des revenus personnels.

L’exploitation minière représente trois quarts des exportations du Congo/Kinshasa. Quels sont les secteurs miniers où les autorités congolaises ont le plus bradé leur patrimoine ?

Il y a les secteurs de l’or, du diamant, du cobalt et du cuivre. Mais, c’est surtout dans le secteur de diamant où vous avez la Miba, une entreprise d’Etat, qui a été dépouillée de l’essentiel de ses sites rentables au profit de la Sengamines, une société congolo-zimbabwéenne créée par Kabila père et poursuivie par son fils sans que des investissements lourds pour moderniser l’outil de production ou de travail n’aient pu être faits.

Est-ce qu’il y a aussi du scandale dans les secteurs du cuivre et du cobalt au Katanga ?

Absolument, vous avez suivi celle les contrats signés par le président Kabila et des multinationales dont personne ne connaît le contenu, et cela, en s’appuyant sur le Code minier promulgué en 2002 et qui octroie tous les pouvoirs au président de la République de négocier, de signer des contrats, et de seulement de tenir informer les parlementaires. Le panel des experts des Nations unies détaillent et donnent la liste complète de ses multinationales. Il y en a 87 au total. Il y a donc des sociétés écran qui ont été créées avec la complicité des responsables politiques congolais pour pouvoir exploiter les ressources naturelles en RDC.

L’an dernier, une commission parlementaire dirigée par le député congolais Christophe Lutundula a mis à nu le scandale de plusieurs contrats miniers, est-ce que ce rapport a servi à quelque chose ?

Ce rapport a servi un tout petit peu sur le plan médiatique. On en a beaucoup parlé. Une partie de ce rapport a été publiée sur Internet. Mais, sur le plan politique et sur le plan concret, ce rapport n’a pas réellement servi, car il n’a jamais été discuté au Parlement pour qu’on puisse renégocier les contenus des contrats. Il y a eu de blocage de la part des proches du président Kabila qui n’ont pas voulu que ce rapport soit discuté.

Est-ce que la campagne électorale a permis de faire un grand déballage ou de pointer par exemple les plus grands prédateurs du pays ?

Non, pour la simple raison que les acteurs même de cette campagne étaient des seigneurs de guerre qui ont tous trempé dans le pillage des ressources naturelles. L’opposition politique, représentée par Tshisekedi, n’a pas pris part à cette campagne. Et donc, en partant de là, il n’y a pas eu déballage autour du pillage des ressources naturelles.

Le futur premier ministre Antoine Gizenga veut exclure de son gouvernement toute personne impliquée dans le pillage des ressources minières. Est-ce que vous croyez qu’il pourra tenir parole ?

Là, j’ai bien peur parce que tous ceux qui sont présentés comme pilleurs sont ceux cités notamment dans le rapport du panel des experts des Nations unies. Mais des gens qui n’ont pas été cités, mais qui ont pris une part active dans l’exploitation des ressources naturelles. Ceux-là ont donc toute leur chance d’entrer dans le gouvernement de M. Gizenga.

Quelles sont les personnalités en vue qui ont été citées ?

Vous avez le général Kalume, l’actuel ministre de l’Intérieur. Il y a Katumba Mwanke qui est l’éminence grise du président de la République. Il y a aussi Charles Okoto, ancien ministre des Affaires étrangères et Pad de la Miba. Mais, beaucoup d’autres, rebelles ou anciens membres du gouvernement qui n’ont pas été cités, mais qui se trouvent dans le vaste pillage des ressources naturelles du pays. Le rapport Lutundula a fait état de 26 contrats léonins qui ont été signés entre 2001 et 2003, et qui ont conduit à une perte sèche de près de 11 milliards de dollars pour la RDC.

On sait que les multinationales qui ont signé ces fameux contrats sont notamment sud-africaines, britanniques, américaines. Est-ce que dans ces conditions les gouvernements de Pretoria, de Londres, de Washington ont pu rester neutres pendant les dernières élections ?

Je pense que non. Le gouvernement sud-africain, surtout, qui était très impliqué dans le processus, mais aussi britannique et américain n’ont pas été neutres. Car, quand le panel des Nations unies avaient publié son rapport, sur les 87 multinationales citées, 14 de l’Afrique du Sud.

Au lendemain de son élection, Joseph Kabila a promis d’ouvrir cinq chantiers en faveur du développement. Est-ce qu’il va pouvoir financer les chantiers avec les revenus du secteur minier ?

Je crains que non, car la personne qui a signé les contrats léonins s’appelle le président Kabila. Alors il ouvre cinq chantiers. Pour pouvoir dégager une marge de manœuvre et utiliser des ressources pour financer ses chantiers, il faut renégocier ces contrats. Or, tout le monde l’a vu, jusqu’à quatre ou cinq mois avant les élections, le président Kabila continuait à signer des contrats. Et, tout le monde disait à ce moment là que c’était des conditions pour que les multinationales et les gouvernements occidentaux lui assurent leur soutien à la victoire. Aujourd’hui, il a été élu, va-t-il aussitôt remettre en cause ces contrats ? je pense que non.

Est-ce que ça ne risque pas de provoquer un malentendu avec le futur premier ministre Antoine Gizenga ?

Evidemment, le malentendu va être l’application de ces contrats que Gizenga n’a pas signés, mais qu’il va être obligé d’appliquer.

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