LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

08 décembre 2006

La MONUC reste au Congo encore pour 3 ans

News_13363_1Le Secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de la paix, Jean Marie Guéhenno était en visite à Kinshasa le mercredi 6 novembre 2006 pour la cérémonie d'investiture du président Joseph Kabila. Il partage ses réflexions sur l'avenir du pays ainsi que sa vision du nouveau rôle de la communauté internationale en RDC.

Selon vous, quels seront les défis les plus urgents pour le nouveau gouvernement congolais?

Il faut consolider la sécurité. Aujourd'hui la MONUC joue encore un rôle très important pour la sécurité. Il faut qu'il y ait une police, une armée qui inspirent confiance aux citoyens ; il faut une justice qui inspire confiance, qui soit équitable. Donc il faut bâtir d'abord les institutions de souveraineté. Et puis, sur la base de ces institutions, il faut ensuite bâtir tous les services publics pour que chacun ait du travail, pour que les familles puissent vivre. C'est une Å"uvre de longue haleine, mais je crois, que dans les 18 mois qui viennent, il sera très important que les nouvelles autorités élues montrent qu'il y a un vrai changement dans la vie des gens.

Quel rôle la MONUC et les Nations unies vont-elles jouer en ce début de IIIe République en RDC et que proposent concrètement les Nations unies au peuple congolais ?

C'est un moment historique pour tous les Congolais. Cela faisait des décennies qu'ils avaient cette attente d'une vraie élection démocratique, d'une parole qui soit donnée au peuple. Le peuple s'est exprimé.

Pour nous, aux Nations unies, c'est aussi un moment historique. Je suis venu souvent en République démocratique du Congo, je me souviens de la situation du pays il y a six ans, il y a cinq ans, il y a quatre ans, il y a trois ans, il y deux ans, chaque année on a fait un petit progrès. Quand on cumule tous ces progrès, aujourd'hui on voit qu'il y a une ère nouvelle qui s'ouvre avec beaucoup d'espoir. Il va falloir gérer ces espoirs parce que tout ne va pas arriver d'un coup, il y a encore beaucoup d'efforts à faire. Mais c'est un nouveau commencement pour le pays.

Avec la disparition du CIAT, le départ de l'EUFOR et, plus tard, de la MONUC, des Congolais craignent de nouveaux problèmes de sécurité ? Que répondez-vous à ces inquiétudes ?

Tous les grands leaders politiques s'engagent sur la voie de la réconciliation nationale. J'ai vu le vice-président Bemba, qui m'a confirmé son engagement à agir comme opposition bien sur, mais comme opposition dans le cadre des institutions de la République. Je crois que c'est un signal très important qui est envoyé. Tout à l'heure, je parlais au président Chissano, du Comité des Sages, qui lui aussi me disait que son analyse, ayant écouté tous les grands leaders politiques congolais, c'est qu'aujourd'hui le pays est fatigué de la guerre et que tous les leaders savent que, s'ils tiennent un langage de guerre et de violence, c'est un langage qui ne sera pas écouté. Il y a donc une vraie volonté de paix au plus haut niveau.

Cela dit, comme nous sommes des gens prudents, nous allons garder une présence militaire - que le gouvernement congolais souhaite en RDC - tant que les institutions de sécurité ne seront pas suffisamment consolidées. Donc, il n'y aura pas de retrait précipité, il va y avoir un accompagnement de cette consolidation de la paix par les leaders politiques congolais.

Je crois qu'il ne faut pas s'inquiéter excessivement sur l'avenir mais, en même temps, je dis à tous les Congolais : la paix est entre vos mains, c'est à chacun de vous, par votre action personnelle, de vous mobiliser pour que ceux qui auraient un langage de guerre, de vengeance, de revanche ne dominent pas et que ce soit un langage de réconciliation qui domine. Une action civique des organisations non gouvernementales, des organisations à la base est très importante, parce que la paix ne se décrète pas d'en haut, la paix se fait avec le peuple, avec ceux qui choisissent de faire la paix à tous les niveaux. Chacun a une responsabilité personnelle pour demain consolider la paix. La communauté internationale peut appuyer ces efforts des Congolais mais elle ne peut pas les remplacer. C'est les Congolais qui vont faire la paix entre eux et pas la communauté internationale qui va faire la paix pour eux.Est-ce que, après les élections, la communauté internationale va définitivement tourner le dos à la RDC ?

Non. Je sais qu'il y a cette inquiétude mais tout le monde voit bien l'énorme effort qui a été fait, les souffrances par lesquelles le peuple congolais est passé. Ce n'est pas le moment d'abandonner le Congo, un pays qui a été dévasté par la guerre. Au contraire, il faut redoubler d'effort mais ça doit être un effort qui, de plus en plus, doit être un effort de développement. Cela ne veut pas dire que, sur le plan militaire, la MONUC va plier bagages parce que, tant qu'il n'y a pas une police crédible, consolidée, tant qu'il n'y a pas une armée solide et qui respecte les droits de l'homme, il faut que la MONUC reste là pour parer à toute éventualité.

Mais, en même temps, il faut que l'effort en matière de développement s'intensifie pour qu'il y ait des services publics, pour que les services de base soient assurés. Par exemple, je voudrais que les unités du génie et les ingénieurs de la MONUC travaillent, dans la mesure du possible, avec les Congolais pour aider à réparer les infrastructures, là où ils sont déployés. Ils peuvent rendre ainsi des services concrets à la population.

Est-ce qu'on peut avoir une idée de la date du départ de la MONUC et de ses troupes?

Ce sera une décision qui sera prise par le Conseil de sécurité des Nations unies. Je voudrais que la MONUC reste au moins encore trois ans. Et je suis convaincu qu'elle va rester encore plusieurs années parce que tout le monde a conscience que le travail n'est pas terminé, donc je pense qu'il va falloir qu'il y ait, entre la communauté internationale et les Congolais, une sorte de contrat, pas au sens juridique du terme, mais une sorte d'engagement réciproque pour que la communauté internationale et les Congolais se fixent un certain nombre de repères, d'étapes à franchir qui guideront, le moment venu, la décroissance, puis le retrait de la MONUC. Il faut se fixer des rendez-vous, des objectifs et, au fur et à mesure, qu'on les atteint, changer graduellement, progressivement le format de la MONUC. Il faut le faire d'une façon réfléchie et raisonnée, qui corresponde aux besoins objectifs du pays.

Vous voulez dire que la MONUC ne gardera pas sa taille actuelle?

Au milieu de l'année 2007, on fera déjà le point pour voir où on en est sur le plan sécuritaire et voir si on peut commencer à envisager une diminution du nombre des troupes de la MONUC en RDC. Aujourd'hui, déployés sous la bannière des Nations unies, il y a près de 100 000 personnes à travers le monde ; donc les 20 000 environ qui sont déployées au Congo entre militaires, policiers et civils, cela représente pour les Nations unies un cinquième de ses forces et un peu moins du cinquième du budget du maintien de la paix, c'est un effort considérable. Donc, quand la situation se consolidera en RDC, je crois qu'il faudra, à ce moment-là, réduire la MONUC ; mais on ne le fera pas de façon précipitée et irréfléchie, ce serait irresponsable.

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