LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

20 novembre 2006

Joseph Kabila : la tentation dictatoriale

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Dans sa récente interview accordée au quotidien bruxellois « Le Soir » daté 16 novembre, Joseph Kabila tient des propos inquiétants pour l’avenir de la  jeune démocratie congolaise autant que pour  les droits et libertés. Le numéro un Congolais semble avoir une conception archaïque du pouvoir d’Etat. Pour lui, c’est un simple instrument de répression.

Va-t-on assister aux règlements des comptes et autres assassinats politiques, déguisés en meurtres crapuleux, le lendemain de l’investiture de Joseph Kabila ? Dans un communiqué daté 17 novembre, l’association de défense des droits humains « La Voix des Sans-Voix pour les droits de l’homme » (VSV) annonce « l’enlèvement », mercredi 15 novembre à 13 heures, à Kinshasa, du commandant des surveillants de la permanence du parti Fonus (Forces novatrices pour l’union et la solidarité) par des «hommes en tenue de police ». Le « prévenu » répond au nom de Ngapani, alias « Américain ». Celui-ci a été copieusement passé à tabac avant d’être embarqué, vêtu d’un slip, dans un véhicule de la police « vers une destination inconnue ». « La VSV, souligne ce communiqué, redoute que la descente punitive des hommes armés en tenue de police ne soit le début de règlements des comptes après la proclamation provisoire des résultats du second tour de l’élection présidentielle du 29 octobre 2006 ». Président des Fonus et membres du staff dirigeant du cartel « Union pour la Nation » qui soutient Jean-Pierre Bemba Gombo, Joseph Olenghankoy avait bruyamment dénoncé les zones d’ombres qui jalonnent le parcours personnel du président sortant Joseph Kabila. Il n’était pas le seul. Plusieurs autres acteurs avaient enfoncé le clou. Dans l’interview accordée au « Soir » de Bruxelles, Kabila évoque avec amertume les « attaques » subies par lui-même et sa famille durant la campagne électorale. Point n’est besoin de dire que les origines mystérieuses de Joseph constitue un des éléments essentiels du « contentieux » qui l’oppose non seulement aux Kinois mais aussi aux Congolais de la diaspora. « Le plus difficile pour moi, ce fut la souffrance de ma famille (…). J’ai vu la souffrance de ma mère, de mes sœurs, de mes frères. Moi, je pouvais supporter les critiques. Mais les calomnies, les mensonges, les contrevérités, c’était plus difficile », se lamente-t-il. Notons que dans son édition datée vendredi 17 novembre, le très sérieux quotidien français « Le Monde » publie sur sa première page un article intitulé « Joseph Kabila, le maître de l’ombre ». Sous la plume de son correspondant à Nairobi, Jean-Philippe Rémy, le journal écrit en liminaire : « Pour bon nombre de Congolais, il n’est au mieux qu’une énigme, au pire un hologramme inapte à endosser des habits de président, voire un étranger, un imposteur. Lui se tait. ( …). »

Hybernatus

On le voit, même pour les esprits cartésiens, le successeur de Mzee est loin d’être perçu comme l’homme qu’il dit être. A fortiori les citoyens congolais ? Pour toute réponse, Kabila lance : « Il faut remettre de l’ordre dans le pays ». De quel ordre parle-t-il alors qu’il a été aux commandes de ce pays durant cinq ans ? Est-ce un aveu d’échec ? Parle-t-il de l’ordre au sens fasciste du terme, c’est-à-dire le recours à la violence d’Etat pour museler des adversaires politiques et autres contre-pouvoirs ? Dans cette interview, Kabila feint d’ignorer que le Congo inaugure un ordre politique nouveau fondé sur des valeurs démocratiques. Ce qui implique avant tout la séparation des pouvoirs. « Il faut pouvoir remettre le pays sur les rails, et pouvoir sanctionner les gens », martèle l’homme qui se croit encore comme le grand manipulateur de l’appareil judiciaire censé devenir désormais un vrai Pouvoir à l’instar des Pouvoirs législatif et exécutif. Pire, Joseph considère le Congo comme une garnison où il faille imposer « la rigueur, et surtout la discipline ». De même, il paraît méconnaître qu’un Etat démocratique suppose un nouveau type de rapports, fondé sur le respect mutuel, entre les pouvoirs publics et les citoyens. Ceux-ci jouissent, en effet, des droits et libertés garantis par la Constitution promulguée le 18 février 2006. La liberté individuelle, l’inviolabilité du domicile, le droit de propriété, la liberté des cultes, le droit à la dignité humaine, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté d’association sont autant des prérogatives que le législateur reconnaît aux citoyens. Le « raïs », lui, tel ce personnage du film comique « hybernatus », incarné par l’acteur Louis de Funès,  se croit au Moyen Age. « Nous avons les moyens de sévir, de remettre l’ordre». Sévir contre qui ? Au nom de quel principe ? Va-t-on sévir contre des citoyens qui exercent pacifiquement leurs droits et libertés ? « Je ne donnerai à personne l’occasion de jouer avec la vie, la sécurité de la population.» « Pour redresser le Congo, il faudra être sévère, et les Congolais vont être surpris ». Ah bon ! Un autre passage de l’interview de Joseph Kabila laisse supposer que, dans les semaines et mois à venir, les Congolais vont revivre le cycle de complots imaginaires et autres pseudo-tentatives de coup d’Etat, fomentés par le pouvoir, en vue d’éliminer, à moindre frais, des adversaires politiques et autres personnalités gênantes. Kabila l’a dit : « Je confirme qu’il y a effectivement des projets de déstabilisation de ce pays, à commencer par la capitale, mais nous avons les moyens de les déjouer. (…)». Des phrases qui font froid au dos. Il faut espérer que les autres Pouvoirs auront le courage de stopper cette tentation dictatoriale. A défaut, on peut craindre que la violence engendre la violence…

B.A.W

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