LOSAKO

Le porte-voix de tous ceux qui cherchent vainement dans quel forum de ce monde, ils peuvent se faire entendre.. Oui, je veux donc parler au nom de tous les « laissés pour compte » parce que « je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ».

16 novembre 2006

« Joseph Kabila a réussi son premier coup d’Etat »

kabsVingt-quatre heures après la publication de la déclaration politique de l’Union pour la Nation annonçant la victoire de Jean-Pierre Bemba Gombo à l’élection présidentielle, la Commission électorale « indépendante » a rendu public, mercredi soir, ses « résultats provisoires ». Sans surprise : le vainqueur s’appelle Joseph Kabila (58,5%), Bemba recueille 41,95%. Selon des sources, la capitale congolaise est sous couvre-feu. Jean-Pierre Bemba est privé de toute liberté de mouvement. Sa résidence, où sont retranchés  200 membres de sa garde,  est encerclée par des forces onusiennes et européennes. L’embrasement général n’attend plus qu’une étincelle... 

« Nous tenons la Mission de l’ONU au Congo et  les forces européennes de l’Eufor pour collectivement responsables de l’intégrité physique de Jean-Pierre Bemba ». C’est un cadre du MLC, « en colère », joint au téléphone à Kinshasa qui a prononcé ces mots en fustigeant au passage la « complicité » de la communauté internationale. Notre interlocuteur de prévenir : « Nos représailles seront terribles et insoupçonnées au cas où Bemba aurait le moindre bobo même en glissant sur son propre savon dans sa salle de bain». Un juriste de l’ULB considère les événements qui se déroulent à Kin comme « l’acte premier » d’un coup force. « Joseph Kabila a réussi son premier coup d’Etat », s’est-il exclamé. « Il est clair que Kabila a usé de moyens illégaux pour s’accrocher au pouvoir. Ne craint-il pas que ses adversaires recourent aux mêmes méthodes pour le défénestrer ? » , s’est-il interrogé. Avocat au barreau de Kinshasa, Me Ngondankoy Nkoy ea Loongya, dit craindre un « affrontement armé» entre les bembistes et les kabilistes. Il estime « préoccupant » que les « électeurs omis » aient pu atteindre le chiffre d’un million soit plus ou moins 10% de l’ensemble du corps électoral. « Il faudra, martèle Me Ngondankoy, que Malu Malu publie les noms, les numéros de la  carte d’électeur ainsi que les adresses physiques de ces électeurs litigieux ».  Pour lui, la CEI a géré les listes électorales « dans l’opacité la plus absolue alors que la loi l’oblige à publier les listes électorales». Et de poursuivre : « La déclaration du cardinal Frédéric Etsou n’est pas à prendre à la légère ».

Passage en force

La CEI, appuyée par la « communauté internationale », a donc opté pour un passage en force en annonçant, contre vents et marrée, la « victoire » du président sortant Joseph Kabila. L’annonce a eu lieu dans la soirée de mercredi 15 novembre « dans l’indifférence générale », disent des correspondants. Quelques heures auparavant, Kabila avait  lancé un « appel au calme » aux Congolais. Selon une dépêche de Reuters, le chef de l'Etat sortant a déclaré à cette occasion que la police et l'armée « lui restaient fidèles ». « Je crois que le vice-président Bemba et les membres de son parti ont un rôle à jouer, peut-être pas nécessairement au gouvernement, mais au sein d'autres institutions, parce que l'effort doit consister maintenant à bâtir la nation, à la reconstruire", a-t-il dit. Notons que dans l’entourage de Bemba, on s’attendait quelque peu à la tournure prise par les événements : "Nous n'espérions rien d'autre", a commenté Fidel Babala, directeur de cabinet du vice-président en charge de l’économie et des Finances et directeur de campagne. "Nous avons envoyé une nouvelle lettre de protestation mais il semble que les résultats vont être publiés quoi qu'il arrive". Selon des témoins à Kinshasa,  la situation était plutôt calme mercredi. Le quotidien bruxellois « La Libre Belgique » daté mercredi 15 novembre écrivait que les ressortissants belges « ont reçu la consigne de sécurité, en fin d’après-midi, de quitter immédiatement leur travail, de rentrer chez eux et d’y rester ». Son confrère « Le Soir » laisse supposer qu’une concertation a pu avoir lieu entre le cardinal Frédéric Etsou, l’archevêque de Kinshasa, et les responsables de l’UN. « Des sources ecclésiastiques nous ont expliqué que l’interview du cardinal, confirmant presque mot à mot les accusations proférées par l’UN, aurait dû être diffusée samedi matin, quelques minutes avant le déclenchement des tirs par des hommes en armes dissimulés au milieu des enfants de la rue devant la résidence de Bemba », écrit ce quotidien sous la plume de Colette Braeckman. 

Supputations

La journaliste de se lancer dans des supputations non étayées par des faits en alléguant que « 240.000 sifflets ont été distribués » à la population. Par qui ? Silence radio. Et de poursuivre que des « caches d’armes existent » et que « d’anciens militaires mobutistes, réfugiés à Brazzaville, au Gabon, au Togo sont revenus, bien décidés à jouer leur dernière carte pour tenter de reprendre le pouvoir ». A en croire Braeckman, « (…), le recours à des mercenaires n’est pas exclu ».  Dans une interview accordée à Radio France internationale, diffusée au début de la soirée du lundi 13 novembre, le cardinal Etsou avait mis en doute l’authenticité des résultats partiels publiés par la CEI : « Je suis très inquiet. (…). Les résultats que nous connaissons dans plusieurs coins de la République ne semblent pas correspondre à ceux qui sont publiés. Nous savons que, dans beaucoup de coins du pays,  le président sortant n’a pas obtenu les résultats qu’on essaie de faire publier comme on a fait lors du  premier tour. (…) ». « L’abbé Malu Malu ne peut pas se permettre qu’on falsifie le verdict des urnes. Je dis fermement non à toute manœuvre qui remettrait en cause le libre choix du peuple congolais (…).  Je demande à la communauté internationale de s’abstenir de toute tentative consistant à imposer au peuple congolais celui qu’il n’a pas choisi comme Président (…)». Globalement, le coup de gueule du cardinal est plutôt bien accueillie en dépit des craintes de confrontation. « L’Eglise doit jouer son rôle de contre-pouvoir chaque fois que le pouvoir temporel fait fausse route », estime un prête congolais. « Aujourd’hui, ajoute-t-il, les autres contre-pouvoirs que sont notamment les partis politiques et la presse sont muselés ou corrompus. L’Eglise ne pouvait en aucun regarder sans réagir».

Contre-pouvoir

Un avis que ne partage pas Apollinaire Malu Malu. Il l’a dit à RFI. Selon lui, cette déclaration du cardinal « ne reflète pas la réalité dans la mesure où tout se fait dans la transparence». La président de la CEI a néanmoins reconnu que le nombre de votants dans certaines circonscriptions à l’Equateur, au Katanga et dans le Kivu avait dépassé le 100%. « C’est un phénomène observé dans les fiefs favorables à l’un ou l’autre candidat », a-t-il bredouillé. Cela reviendrait-il à dire que les Congolais sont allés aux urnes sans listes électorales dignes de ce nom ? Mardi 14, Vincent de Paul Lunda Bululu divulguait le contenu de la déclaration politique de l’UN. Dans le point « 1 », les membres du Conseil politique et de la coordination de ce cartel invite « l’opinion nationale et internationale à prendre acte et date (…) que l’Union pour la Nation n’acceptera pas un hold-up électoral visant à voler au peuple congolais sa victoire ».  L’avocat Ngondankoy de poursuivre : « Kabila pourra-t-il réellement gouverner le pays face à cinq provinces qui ne se reconnaissent pas en lui ? C’est triste qu’un religieux puisse se prêter à ce genre de compromission ». Notre interlocuteur se rappelle que c’est Mbusa Nyamwisi qui a introduit Malu Malu dans l’organisation du Dialogue intercongolais avec la « complicité » de l’ambassade de Belgique à Kinshasa. « Malu Malu dirigeait à l’époque une Ong à l’Est. Il dénonçait les violations des droits humains. Il avait rédigé un rapport contre Jean-Pierre Bemba. Il faut, conclut-il, être naïf pour mettre en doute la partialité de la CEI ».         

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